Joan., xiv
86 CORRESPONDANCE [avril i685
Que je suis ravi, mes Filles, que vous goûtiez ce silence où Dieu seul se fait entendre ! Qu'il parle puissamment, quand la créature se tait devant lui et s'occupe du seul nécessaire3! Si vous continuez, vous serez vraiment ma joie, ma consolation et ma couronne au jour de Notre-Seigneur\ Vos prières m'obtiendront la miséricorde dont j'ai tant de besoin, et Dieu ne me jugera pas dans ses rigueurs.
Je vous envoie l'Ordonnance5, que je vous prie de relire et d'observer soigneusement : elle est écrite d'une main qui vous est connue et qui vous est chère 6 . Abandonnez-vous à Dieu ; vous aurez, toutes en général et toutes en particulier, ce que vous avez demandé. Car, au fond, que demandez-vous, sinon la paix dans l'obéissance ? Dieu pourvoira à tout, Dieu fera tout.
Je retournerai demain àMeaux, s'il plaît à Dieu, et jeudi j'irai célébrer la messe chez vous, et y honorer les mystères incompréhensibles delà croix7, source d'éternelle concorde et de paix entre Dieu et les hommes.
Je suis en la charité de Notre-Seigneur, mes chères Filles, votre très affectionné serviteur.
J. Bénigne, é. de Meaux.
3. Le seul nécessaire, la seule chose nécessaire, le salut, la perfection. Cf. : unum est necessarium (Luc, x, 4a). 4- Phiiipp., rv, i.
5. L'ordonnance de visite. Elle se trouve, avec la date du 27 avril i685, dans les OEuvres oratoires, édit. Lebarq, t. VI, p. 226 et suiv.
6. Sans doute celle du vicaire général Pastel, directeur des Ursulines. Cf. lettre du i5 novembre 1682.
7. Le jeudi 3 mai. Ce jour-là, l'Eglise célèbre la fête de l'Invention de la sainte Croix. Bossuet fut empêché, et c'est seulement le lendemain, 4 mai, fête de sainte Monique, qu'il put aller dire la messe chez les Ursulines, et qu'il leur adressa une nouvelle exhortation: elle se trouve dans l'édition Lebarq, t. VI, p. 23 1 et suiv.
mai i685] DE BOSSIET. 87