Nicolas Payen a Bossuet
Monseigneur, On ne saurait mander les bonnes nouvelles avec assez de diligence. Je viens de faire fermer le temple de La Fertésous-Jouarre ' ; la porte en est murée : c'en est fait, puisset-on ne la rouvrir jamais ! Il est vrai que cette cérémonie ne s'est pas faite sans répandre beaucoup de larmes. Les filles de Sion 2 n'en ont pas versé plus abondamment. Je ne crois pas même que le jour, prédit par Daniel 3, de l'abomination de la désolation ait quelque chose de plus touchant4. Le ministre et les anciens 3 ont oublié leur ancienne fermeté pour s'abandonner à la douleur : toute leur force n'a pu résister à un coup si sensible. Cependant j'avais bien tâché de les y mieux préparer en leur représentant que le Roi faisait à leur égard ce que le Bon Pasteur venait de faire dans l'Evangile6 pour
Lettre 326. — Publiée d'abord par M. A. Gasté, Deux lettres et documents nouveaux, Caen, 1890, in-8, p. i5, d'après le ms. 121 de la Bibliothèque municipale de Meaux.
1. Voir la lettre du 11 Février 1 685. Dans l'intervalle, Seignelay avait stimulé le zèle de l'Intendant, M. de Menars, en lui écrivant le 16 avril : « J'attends l'avis que vous devez m'[env]oyer au sujet de l'exercice de la R. P. R. à La Ferté-sous-Jouarre. Il est nécessaire que vous terminiez cette affaire le plus promptement qu'il se pourra. » (Archives Nationales, 0'20,, f° 196.)
2. Filix Sion, c'est-à-dire les habitants de Jérusalem. Allusion à ce qui se lit dans Jérémie (Thren., 1, 18) et dans l'Evangile (Luc, xxiii, 28).