Denis de Sainte-Marthe a Bossuet
Monseigneur, Il a plu à Dieu de verser tant de bénédictions sur les ouvrages de controverse composés par Votre Grandeur qu'il semble qu'elle doive prendre quelque part à tous les livres qu'on écrit sur ces matières, afin qu'ils soient suivis d'un heureux succès. C'est pour cette raison, Monseigneur, que je n'ose publier un traité que j'ai composé sur la confession1, sans
d'abord à Swallow Street, puis, en i6q4, à l'église française de Savoy. Il mourut le 3o septembre 1710. Il avait été, en 1712, élu membre de l'Académie de Berlin. On a de lui un certain nombre d'ouvrages, tels que Two discourses relating to the Divinity of our Saviour, Londres, 1693, in-8 ; The inspiration of the New Testament, Londres, 169/4, Amsterdam, 1695, in-8 ; Sermons sur divers textes, Amsterdam, 1715, !\ vol. in-12, avec une biographie de l'auteur. Voir les frères Haag, la France protestante ; Agnew, Protestant exiles from France, 3e édition, s. 1. 1886, in-8; Sidney Lee, Dictionary of national Biography, t. XXXII.
Lettre 321. — Dédicace du Traité de là Confession, par Dom Denis de Sainte-Marthe. Cet écrivain (i65o-i725) était neveu de Claude de Sainte-Marthe, confesseur des religieuses de Port-Royal, et, comme lui, appartenait à la docte famille descendue de Gaucher de Sainte- Marthe. Ayant fait profession à dix-huit ans chez les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, il enseigna la philosophie et la théologie, puis fut mis, en qualité de prieur, à la tête de plusieurs maisons de son Ordre, à Tours, à Rouen, à Paris et à Saint-Denis. Il fut même, en 1720, élu général de sa Congrégation. Il avait fait appel de la bulle Unigenitus, mais il entra dans l'accommodement opéré en 1720. Il a collaboré à la Gallia christiana et composé différents autres ouvrages, tels que Réponse aux plaintes des protestants touchant la prétendue persécution de France, Paris, 1688, in-12 ; Lettres à M. de Rancé, Paris, 1692-93, in-8; Vie de Cassiodore, Paris, 1694, in-12. Il a donné une éflition de saint Grégoire le Grand (Consulter Niceron, Mémoires, t. V ; Dreux du Radier, Bibliothèque du Poitou ; D. Le Cerf, Bibliothèque des auteurs de la Congrégation de Saint-Maur').
1. Traité de la Confession contre les erreurs des Calvinistes, avec la réfutation du livre de M. Daillé, autrefois ministre à Charenton, contre
go CORRESPONDANCE [mai i685
l'avoir auparavant soumis à votre examen et sans avoir reçu de vous un témoignage qui me fasse connaître que cet ouvrage peut être utile.
Je me suis appliqué principalement à exposer dans ce traité la doctrine de l'Eglise sur le point contesté de la confession, dont j'ai prouvé la nécessité par l'Ecriture sainte, et, pour expliquer l'Ecriture, j'ai eu recours à la tradition continuelle de l'Eglise, aux oracles des conciles et à l'autorité des Pères: à quoi j'ai joint le grand argument de l'impossibilité du changement, qui trouve mieux sa place en cet endroit qu'en aucun autre.
Quoique plusieurs célèbres auteurs aient travaillé sur le même sujet2, je crois néanmoins, Monseigneur, donner ici un ouvrage tout nouveau, soit par le soin que j'ai pris d'éclaircir, de fortifier et de défendre d'une nouvelle manière les passages et les faits qui ont déjà été expliqués, soit parce que je produis un très grand nombre de passages et de faits décisifs qui n'ont jamais été employés et qui n'ont même paru la plupart que depuis peu par les soins des savants occupés si utilement à l'étude et à la recherche de l'antiquité. J'ai trouvé, dans les illustres monuments qu'ils nous ont fournis, une réfutation si précise du livre de la Confession auriculaire composé par le ministre Daillé3, et j'ai reconnu d'ailleurs tant d'erreurs et tant d'infidélités dans cet auteur que j'ai cru
la confession auriculaire, par Dom Denis de Sainte-Marthe, religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, i685, in-8. h'achevé d'imprimer est du 3o mai i685. En tête de la dédicace, on voit une vignette aux armes de Bossuet.
2. Par exemple, René Benoist, Catholique discours de la confession sacramentelle, auquel il est prouvé icelle être de droit divin, Paris, i566, in-8 ; le P. Jean Morin, de l'Oratoire, Commentarius historicus de disciplina in administratione sacramenti Pœnitentiœ, Paris, i65i, in-fol. ; Jac. Boileau, Historia confessionis auricularis ex antiquis Scripturse. Patrum, Ponlificum et conciliorum monumentis cum cura etfide expressa. Paris, i683, in-8.
3. Sur Daillé, voir t. I, p. 446. Son livre est intitulé Disputatio de sacramentali sive auriculari Latinorum confessione disputatio. Genève, 1661, in-4.
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être obligé d'en informer le public, parce que plusieurs personnes de piété et d'érudition ont jugé que l'on pourrait en tirer beaucoup d'utilité.
En effet, Monseigneur, il semble que les protestants ne pourront jeter les yeux sur la foule des preuves que nous rapportons, sans être convaincus que c'est une pure vision de leurs ministres d'attribuer l'institution de la confession au Pape Innocent III dans le treizième siècle. Il leur sera facile de découvrir, en plusieurs endroits de ce traité, quelle est la mauvaise foi de leurs docteurs. Ils y verront au contraire partout la vérité de notre religion triompher de l'erreur par sa simplicité seule, et, s'ils n'en sont convertis, ils en seront au moins confondus.
Les libertins4 qui se trouvent mêlés souvent parmi nous sous le nom de catholiques, et qu'on reconnaît ordinairement par les railleries qu'ils font de la confession comme d'une invention humaine, seront obligés à changer de sentiment et de conduite ; ou si la corruption de leur cœur est un obstacle à leur changement, ils seront au moins contraints de se taire, de peur qu'on ne leur reproche leur aveuglement et leur ignorance sur un point attesté presque par tout ce que l'Eglise a produit de savants et de saints.
Enfin on espère que les véritables fidèles seront affermis dans leur créance et même édifiés, soit delà pureté de la morale de l'ancienne Église, qu'on représente en plusieurs canons, soit de l'attachement inviolable à l'observation de ces canons, qui paraît dans les chrétiens des premiers siècles.
C'est, Monseigneur, le dessein que je me suis proposé dans cet ouvrage, et, pour l'exécuter avec succès, j'ai cru n'y devoir mêler rien de moi, de sorte qu'on y entendra presque toujours parler des auteurs très remarquables par leur antiquité, par leur religion, par leur sincérité, et c'est à eux qu'on doit attribuer tout ce qu'il y a de bon dans cet ouvrage.
Il aurait fallu, Monseigneur, y travailler avec les dispositions que V. G. apporte à tout ce qu'elle compose: des lu-