‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 56 sur 308 · Aux Religieuses de Faremoutiers · texte numérisé non relu

Aux Religieuses de Faremoutiers

A Germigny, Ier juin i685.

Quand Dieu frappe de cette sorte l, mes Filles, il avertit de prendre garde à soi, et de songer non seulement à son salut, mais encore à la perfection. Je puis dire que votre perte m'a fait sentir que j'étais père ; mais ce n'est pas assez de l'être en ressentant votre affliction, il faut l'être encore en vous exhortant à profiter de ces moments précieux. C'est as-

5. Il s'agit sans doute de la visite que devait faire Rossuet de quelque communauté religieuse de sa ville épiscopale. Il avait fait celle des Ursulines en avril i685 et il devait commencer le 3o juin celle de la Visitation (Cf. Revue Bossuet, 25 décembre 1907, p. m). Il est donc probable qu'il veut parler ici de la Congrégation Notre-Dame.

Lettre 329. — Publiée d'abord dans les Lettres et opuscules de M. Bossuet. Paris, 17^8, 2 vol. in-12, t. II, p. 7.

1. Allusion à la mort de Mme d'Huxelles, dont il vient d'être parlé, et non, comme le dit Lâchât, à celle de Mme de Beringhen. Mme d'Huxelles était morte après sept mois de maladie (E. Jovy, Une oraison funèbre inconnue de Bossuet, Vitry-le-François, 1898, in-8).

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sûrement dans les grandes douleurs que Dieu se plaît à travailler dans les cœurs : il y applique, avec la croix de son Fils, les grâces qui raccompagnent2 , et, en nous ôtant les personnes chères, il veut que nous apprenions à réunir nos affections en lui seul.

Je m'en vais offrir à Dieu le saint sacrifice pour la défunte. Je rendrai grâces à ses bontés de lui avoir donné une fin si sainte et si exemplaire, si digne des saintes abbesses qui l'ont précédée, et de la sainteté du monastère de Faremoutiers. J'espère que la gloire s'en relèvera de plus en plus, et que Dieu sauradonner à cette abbaye une abbesse digne de sainte Fare3 . Je ne vous dis point mes vœux ; je les ai exposés ailleurs, et ne cesse de les répandre devant Dieu. Reposez-vous, mes Filles, sous les ailes de sa providence paternelle ; mettez en lui seul votre espérance, et considérez que tout ce qui passe i ne mérite point l'attention de celles qui sont nées pour l'éternité.

Je suis à vous de tout mon cœur en la charité de Notre-Seigneur.

J. Bénigne, é. de Meaux.

2. Le premier éditeur donne à tort: les grâces qui l'accompagnent et nous ôte les personnes chères. Il veut...

3. Sainte Fare était fille de Chanéric, un des seigneurs de la cour de Théodebert, roi d'Austrasie. Elle reçut le voile de Gondoald, évêque de Meaux, et bâtit le monastère de Faremoutiers, dont elle fut abbesse. Elle mourut vers l'an 655. Elle était sœur de saint Faron, évèque de Meaux, et de Changulfe, évèque de Laon. Sa fête se célèbre le 7 décembre. Voir (D. L. Bulteau), Abrégé de l'histoire de l'Ordre de saint Benoît, Paris, i684, 2 vol. in-4, t. I, p. 434; Baillet, Vies des saints, Paris, 1701-1703, in- fol., t. III; D. Toussaints Duplessis, Histoire de l'Eglise de Meaux, Paris, 1781 , 2 vol. in-4, t. I, livre I; la Gallia christiana, t. VIII, col. 1701.

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