‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 60 sur 308 · A J. PoUGET, CHAPELAIN DE LoRETTE · texte numérisé non relu

A J. PoUGET, CHAPELAIN DE LoRETTE

i685 (juin ou juillet).

Monsieur le Chapelain, je ne sais à quoi attribuer la difficulté que vous faites de venir ici pour être réglé sur quelques prétentions qu'on m'a dit que vous aviez1. En attendant que vous y veniez, je vous

Lettre 333. — Publiée par la Revue Bossuet, a5 octobre igo4, p. 257, d'après le Recueil ou Journal de Raveneau, curé de Saint-Jeanles-Deux-Jumeaux. La date n'y est pas marquée, mais la place occupée par cette lettre dans le Recueil susdit, indique clairement qu'elle fut écrite vers la fin de juin ou au commencement de juillet de l'année i685.

La chapelle de Lorette était un oratoire privé construit (1678) en l'honneur de Notre-Dame par Mme de Franchie reconnaissante d'avoir été guérie d'une paralysie qui durait depuis un an. Elle dépendait du château de M. de Francine, à Monceaux, qui faisait alors partie de la paroisse de Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux. La fête de cette chapelle était l'Assomption ; ce jour-là, le curé de Saiut-Jean y conduisait en procession ses paroissiens et y donnait ou faisait faire un sermon. Les patrons de la chapelle étaient Pierre Francine et Marie-Louise Pidou, son épouse. Pierre Francini, ou Francines, mort le 4 avril 1G86, était maître d'hôtel du Roi et ingénieur pour le mouvement des eaux et ornement des fontaines royales. Il était frère de François Francine de Grandmaison, prévôt de l'Ile et aussi ingénieur des eaux et fontaines royales. Son père était Tomaso Francini, intendant général des fontaines de France, fils lui-même du Florentin Alesandro Francini, ingénieur hydraulique du Roi. De Marie-Louise Pidou son épouse (morte le 29 avril 1708), Pierre Francine avait eu plusieurs enfants, dont l'aîné, Jean-Nicolas, épousa, au mois d'avril i684, la fille du célèbre Lulli, et fut longtemps directeur de l'Opéra (Voir le Mercure de janvier 1734; GuilTrey, Comptes des Bâtiments du Roi, Paris, 18S1-1901, 5 vol. in-4 ; Bibl. Nation., Dossiers bleus). Bossuet eut des affaires à traiter avec Mme Francine {Revue Bossuet, oct. igo4, p- 263).

1. Le chapelain, depuis cette année i685, était Joseph Pouget, lils de Léger Pouget, bourgeois de Paris. Il avait d'abord été aumônier de Mademoiselle, mais s'était défait de sa charge pour servir

juin i685] DE BOSSUET. TOI

dirai que vous devez faire toutes choses, même à la fête de l'Assomption, comme M. le curé de Saint- Jean 2 a accoutumé. Vous savez que c'est à lui de disposer de la prédication dans un lieu qui est de sa

gratuitement dans plusieurs paroisses des diocèses de Paris et de Meaux ; c'est ainsi qu'en i683, il était vicaire à Mauregard. En 1687, il fut nommé par Louis XIV titulaire de la chapelle du château royal de Monceaux.

La chapelle de Lorette fut une occasion de froissements entre le curé et les châtelains ; ceux-ci s'efforçant d'obtenir pour elle plus de privilèges qu'on n'en reconnaît aux oratoires privés, et celui-là cherchant à en faire comme une succursale de son église et à l'utiliser pour la plus grande commodité des habitants de Monceaux éloignés du centre de la paroisse.

L'occasion de cette lettre nous est ainsi rappelée par Raveneau lui-même : « Survint cette année une difficulté avec le chapelain de Laurette, nommé M. Pouget, pour la prédication du jour de l'Assomption dans la dite chapelle. Parce qu'il savait prêcher, il crut qu'il était de son honneur et même de son droit de le faire ce jour-là, et en remplit l'esprit de M. et Mme Francine, contre l'usage et la possession dans laquelle j'étais, depuis la fondation de la chapelle, d'y faire l'office de ce jour-là et d'y prêcher ou d'y faire prêcher. Cela fut cause qu'on remua d'autres affaires et que l'on demanda un règlement général à Mgr de Meaux pour tout ce qui regardait le curé et le chapelain. Il fut proposé en dix articles... A tous ces articles, il n'y fui point répondu par écrit par forme d'ordonnance, parce que, comme Mgr remarqua, l'on ne fait point d'ordonnance que où il y a conteste et action formée avec obstination. Néanmoins, parce que le dit sieur chapelain ne comparut pas, il fut au moins obligé de s'expliquer de bouche et me déclarer ses intentions ; ce qu'il fit... Pour le huitième point (la prédication du jour de V Assomption), qui avait fait le sujet de la dispute, ce droit fut confirmé par une lettre exprès adressée au dit sieur chapelain. »

2. Jean-Baptiste Raveneau, ancien élève du collège duPlessis, bachelier en théologie, fut curé de Saint- Jean-les-Deux-Jumeaux (doyenné de La Ferté-sous-Jouarre), du Ier mars 1676 jusqu'à sa mort, arrivée le 3o janvier 1688. Il a laissé en manuscrit un Recueil de tout ce qui s'est fait dans la paroisse de Saint-J ean-les-Deux-Gémeaux depuis 16 j6, journal précieux, surtout pour les renseignements qu'il fournit sur l'épiscopat de Bossuet. Il avait aussi l'intention de dédier à son évêque une histoire des hérésies, mais cet ouvrage semble être resté à l'état de projet.

102 CORRESPONDANCE [juill. i685

paroisse ; au surplus, quand je vous verrai, je vous en dirai davantage et vous ne serez pas fâché de cette entrevue3.

Je suis votre bien affectionné,

J. Bénigne, é. de Meaux.

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