‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 62 sur 308 · A l'Abbé Nicaise · texte numérisé non relu

A l'Abbé Nicaise

A Germigny, le 1 1 juillet i685.

Je serai obligé, Monsieur, d'être à Paris dans la semaine prochaine. Si vous voulez mander au sieur Anisson ' qu'il m'y vienne trouver, ou quelqu'un

les différents travaux relatifs à Fénelon, et surtout Delplanque, Fénelon et la doctrine de l'amour pur, Lille, 1907, in-8, p. 149-170).

8. Bossuet a écrit : juin, évidemment par distraction, puisque la lettre de l'évêque de Sarlat, qu'il annonce au prince, était du i4 juin (Elle se trouve a Chantilly, même tome, f° 36o).

Lettre 335. — L. s. Collection René Kerviler. Publiée pour la première fois, et d'après une copie de M. Floquet, par M. Gasté, dans la Revue Bossuet. du 25 avril 1900. Cet éditeur la suppose adressée à Huet ; c'est à tort, on le verra par le contenu. En effet, Huet avait encore moins de facilités que Bossuet pour se procurer les livres imprimés à l'étranger; de plus, la lettre du 5 septembre i685, certainement écrite à Huet, suppose qu'il n'avait pas lu celle-ci. Au contraire, tout indique que le destinataire de la présente lettre était l'abbé Nicaise. En effet, cet ecclésiastique habitait Dijon, d'où les communications étaient plus faciles avec Genève, et où l'évêque de Grenoble soutenait alors le procès dont il est ici parlé. La lettre est écrite par un secrétaire ; la souscription et la signature, ainsi que quelques mots ajoutés en interligne, sont de la main de Bossuet.

1. Les Anisson, famille célèbre d'imprimeurs et libraires lyonnais. Laurent Anisson, l'éditeur de la fameuse Bibliotheca veterum Patrum (Lyon, 1677 et suiv) 3o vol. in-fol.). Il avait laissé deux fils, Jean et Jacques Anisson. Jean, l'aîné (1644-1721), épousa Jeanne Rigaud, qui mourut en 1694. H imprima le Glossarium ad scriplores médise et infimœ grœcitalis de du Cange (Lugduni, apud Anissonios, Joan. Posnel et Claud. Rigaud, 1688, in-fol.), dont Jacob Spon et le P. de

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qui soit instruit de ses intérêts, avec qui j'aviserai de ce que je pourrais faire pour son service, je vous assure qu'il recevra des marques de la considération que je fais de tout ce qui m'est recommandé de votre part.

Je souhaite de tout mon cœur à Monseigneur de Grenoble un jugement favorable dans une cause qu'il a entreprise par zèle pour la discipline 2. Les

Colonia furent les correcteurs. Il vint ensuite s'établir à Paris, où il fut directeur de l'Imprimerie royale, de 1691 à 1707, époque où il céda sa place à son beau-frère Claude Rigaud. C'est chez lui que furent, à partir de 1691, publiés presque tous les ouvrages de Bossuet (Voir J. Pernetti, les Lyonnais dignes de mémoire, Lyon, 1757, 2 vol. in-12, t. II, p. 80 et suiv.). C'est de Jean Anisson que parle notre lettre, et l'affaire à laquelle il est fait allusion est le brevet d'établissement à Paris, qu'il sollicitait en faisant appuyer sa demande par Bossuet, les Bénédictins de Saint-Maur, etc. Les refus du lieutenant de police, M. de La Reynie, rendirent inutiles, cette première fois, les plus puissants patronages. A la mort de Sébastien Mabre-Cramoisy, directeur de l'imprimerie royale, survenue en 1687, Anisson fit une seconde tentative, mais il échoua encore devant l'opposition des libraires parisiens. Mais, en 1691, la veuve du défunt s'étant retirée, une ordonnance du i5 janvier appela Jean Anisson à prendre sa succession, avec cette clause flatteuse, « qu'il consacre les droits et jouisse des privilèges de l'échevinage de son père et de la bourgeoisie de ladite ville de Lyon ». (Voir dans les Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés et les savants Lyonnais de J.-B. Vanel, Paris i8g4, in-8 le chapitre v, Une maison de librairie lyonnaise et la Bibliothèque du Roi, p. ii5-i6o).

2. Etienne Le Camus avait, par une ordonnance de visite du 5 avril i684, voulu astreindre à la clôture les dominicaines de Moutfleury-les-Grenoble. Cesreligieuses, soutenues par le P. Laurent Vallier, provincial des dominicains, en avaient appelé comme d'abus, et l'affaire avait été renvoyée au Parlement de Bourgogne. Au cours de ce procès, différents factums furent publiés. Ceux de l'évèque sont contenus dans le Recueil des factums, mémoires et autres pièces du procès d'entre M. Vévêque de Grenoble et les Dames prieure et religieuses du monastère royal de Montjleury, Dijon, i685, in-4 (Bibl. Nationale, 4° Fm3 1398). Voir Mgr Bellet, Histoire du cardinal Le Camus, Paris, 1886, in-8 ; Recueil historique et chronologique... depuis la fondation du royal monastère de Montjleury, Ms. iii4 de la Bibliothèque de Gre-

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juges ne se feront pas beaucoup d'honneur de traverser les pieux desseins d'un si saint prélat ; et s'ils ne faisaient pas leur devoir, il ne serait pas impossible que Monsieur de Grenoble trouvât du secours ailleurs3.

L'auteur qui doit composer la critique de la Critique du P. Simon4, dont on vous a écrit de Ge-

noble; H. de Maillefaud, Recherches historiques sur le monastère royal ou chapitre noble de Montjleury, Grenoble, 1857, in-8 ; P. Maurice Masson, Mme de Tendu, Paris, 1909, in-18.

3. Ailleurs, c'est-à-dire au Conseil du Roi. Le Parlement de Dijon, par son arrêt du 3o juillet i685, donna gain de cause à l'évêque. Celui-ci raconte à son confrère de Luçon les démarches tentées auprès des juges par ses adversaires et qui avaient inspiré des craintes à ses amis, comme on le voit par ces lignes de Bossuet. « Vous avez exigé de moi, Monseigneur, que je vous rendisse compte du succès du procès que j'avais à Dijon au sujet de l'appel comme d'abus, interjeté par les religieuses de Montfieury et le provincial des Jacobins, de mon ordonnance de clôture. J'ai gagné ce procès, et on a déclaré qu'elles n'étaient pas recevables en leur appel comme d'abus. Dieu a protégé visiblement son Eglise en cette occasion. On avait des lettres de recommandation de M. le Dauphin, de Monsieur, de M. le Prince, de M. le Duc, qui avait sollicité lui-même les juges pendant les États. M. Detalaest (de Talart?) était venu ici solliciter. M. de Saint-Vallier, qui avait dix ou douze parents conseillers de ce Parlement, y a sollicité avec une très grande ardeur et avait mis tout Dijon en campagne. On avait fait même entrer deux conseillers d'honneur, qui, dans les règles, n'y devaient point entrer: l'un était parent de M. de Saint-Vallier, l'autre domestique de Monsieur, qui avait écrit en leur faveur. Cela n'a pas empêché que je n'aie gagné mon procès et j'en ai la principale obligation à M. le Premier président, qui a soutenu l'intérêt de l'Eglise, sans s'ébranler par toutes ces puissantes recommandations... » (Lettre de Dijon, 3 août i685, éd. Ingold, Paris, 1892, in-8, p. 449).

[\. Bossuet appelle ainsi un ouvrage qu'on lui avait désigné sans en indiquer le titre exact et qu'il ignorait n'être pas autre que les Sentimens de quelques théologiens de Hollande sur l'Histoire critique du Vieux Testament, composée par le P. Richard Simon, de. l'Oratoire, Amsterdam, i685, in-12 (Voir lettre du 21 sept. i685). L'auteur était, comme le croyait Bossuet, le célèbre orientaliste et critique Jean

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nève, est apparemment un nommé Leclerc, qu'on soupçonne d'être un peu socinien. J'ai peur que celui qui a écrit la lettre dont vous m'avez envoyé l'extrait n'en tienne aussi. C'est la coutume de ces Messieurs de vouloir qu'on tienne les dogmes pour assez indifférents et de compter pour rien ce qui a été décidé dans l'Eglise chrétienne depuis quatorze et quinze cents ans. C'est faire fort peu d'honneur à J.-C. et à son Eglise, et à tout le christianisme en général. De la manière dont votre homme écrit, je crois que, si vous vous donnez la peine de le faire un peu adroitement expliquer, vous ne le trouverez pas éloigné de ce que je dis. Tous ceux de sa sorte blâment fort Monsieur Jurieu. Mais, en condamnant avec justice ses emportements, ils demandent une espèce de modération qui aille à l'indifférence.

Il est tombé entre mes mains un livre qui est de ce caractère. Il est intitulé : Sentimens de quelques théologiens de Hollande sur l'Histoire critique du P. Simon, à Amsterdam, chez Henri Desbordes, i685. Vous me feriez plaisir de vous informer si ce livre est connu à Genève et s'il y aurait moyen de m'en faire avoir deux exemplaires. Je vous prie aussi de me

Le Clerc (1657-1786), qu'on a accusé de socinianisme. D'une famille originaire de Beauvais, établie en Suisse, il était né à Genève et s'était fixé en Hollande en i683, quittant sa patrie pour échapper aux ennuis que n'aurait pas manqué de lui créer, dans cette ville vouée au calvinisme rigide, le penchant qu'il avait à l'arminianisme. Il a composé de nombreux ouvrages (Voir Niceron, t. XL, p. 294-362) ; aujourd'hui encore, on consulte avec fruit sa Bibliothèque choisie (Amsterdam, 1703-1713, 27 volumes in-12). R. Simon a publié une Réponse au livre intitulé Sentiments de quelques théologiens de Hollande, par le Prieur de Bolleville, Rotterdam, 1686, in-4-

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faire la même grâce, quand la critique de la Critique paraîtra, et de me mander en même temps ce que ces livres vous auront coûté.

Vous pouvez croire que je n'ai pas dessein d appuyer la Critique du P. Simon, que j'ai fait supprimer en France lorsqu'elle y a été imprimée. Mais comme ceux qui l'attaquent, tombent dans des sentiments encore plus injurieux à la Sainte Ecriture que lui, j'ai dessein de faire travailler quelque habile homme sur ce sujet-là, et vous contribuerez à cette bonne œuvre en me procurant le moyen d'avoir ces livres du côté de Genève, où ils peuvent aisément venir de Hollande, ou par quelque autre voie que ce soit. Si vous ne trouvez pas ce moyen bon, je vous prie de me le faire savoir, afin que je m'en pourvoie d'un autre côté.

Je vous renouvelle les assurances d'une fidèle amitié et je suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble serviteur.

J. Bénigne, é. de Meaux.

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