‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 75 sur 308 · Charles Perrault a Bossuet · texte numérisé non relu

Charles Perrault a Bossuet

Monseigneur, S'il y a quelque chose dans l'ouvrage que je vous envoie,

6. Theocloret., Eranistes [P. G, t. LXXXIII, col. 27 et sq.] ; Gelasii De duabus naturis in Christo advenus Eutychen et Nestorium (cette lettre du pape Gélase n'est pas dans la Patrologie de Migne, mais a été publiée par Mgr Thiel, Epistolœ romanorum pontijicum genuinœ, Braunsberg, 1868, in-4. Cf. P. Batiffol, op. cit., p. 286-292 et 327-332).

7. Sans doute, une crise d'asthme, dont les douleurs s'augmentaient avec l'âge. Il avait alors 76 ans. Il mourut le 17 mai 1690.

8. Cette adresse est de la main de Ledieu, secrétaire de Bossuet. Lettre 346. — Épître dédicatoire de Saint Paulin, évêque de Noie,

avec une épitre chrétienne sur la Pénitence et une ode aux nouveaux convertis, par M. Perrault, de l'Académie française, Paris, 1686, in-8. La dédicace est précédée d'une vignette de Sébastien Le Clerc, aux armes de Bossuet. L'achevé d'imprimer est du 20 novembre i685. — Charles Perrault (1628-1703) est surtout connu aujourd'hui par ses démêlés avec Boileau. Il fut premier commis de la surintendance des bâtiments du Roi, contribua à la fondation de l'Académie des Inscriptions, dont il fut membre comme de l'Académie française. Le poème de Saint Paulin fut suivi d'un autre poème, sur le Siècle de Louis le Grand (1687), 011 les auteurs anciens sont rabaissés ainsi que dans le Parallèle des anciens et des modernes (Paris, 1688-1698, 4 vol. in-12).

128 CORRESPONDANCE [sept. i685

qui soit du goût de tout le monde et qui mérite une approbation générale, c'est assurément la pensée que j'ai eue de vous le dédier. Il passera tout d'une voix que j'ai en cela rencontré heureusement et que la vie d'un grand évêque, en qui l'esprit, l'éloquence et le savoir au souverain degré, ont été joints à une piété et à un zèle incomparables, ne pouvait jamais être mieux adressée. On en conviendra encore plus unanimement quand on saura que cet ouvrage vous doit sa naissance et que vous en êtes la première cause. En effet, Monseigneur, ce sont les louanges qu'il vous plut de donner à mon Épître en vers sur la Pénitence et le désir que vous témoignâtes en la lisant de voir la poésie française s'occuper sur des sujets semblables, qui m'ont porté à l'entreprendre, dans la pensée que mon exemple pourrait peut-être exciter les maîtres de l'art à consacrer leurs veilles à ces sortes d'ouvrages et vous donner ainsi une pleine et entière satisfaction. Quoi qu'il en soit, Monseigneur, je vous conjure de le recevoir favorablement et de vouloir bien lui donner quelques moments de ce précieux loisir qui vous délasse quelquefois dans l'aimable solitude de Germigny de vos grandes et importantes occupations.

J'ai encore, Monseigneur, une grâce à vous demander, mais comme à celui dont j'ai l'honneur d'être confrère ' ; c'est d'agréer que je vous propose quelques objections de mes amis

Ch. Perrault a encore donné les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle (Paris, 1696-1701, 2 vol. in-fol.); des contes de fées : Contes de ma mère l'Oie, ou Histoires du temps passé, Paris, 1697, in-12. M. P. Bonnefon a publié: Ch. Perrault, Mémoires de ma vie, Paris, 1909, in-8. (Voir Sainte-Beuve, Lundis, t. V, et Nouveaux lundis, t. I; H. Rigault, Histoire de la querelle des anciens et des modernes, Paris, i85g, in-8; Paul Bonnefon, articles de la Revue d'Histoire littéraire, années 1900 et 1901, 190^ à 1906, de la Gazette des Beaux-Arts, 1908, t. II; de la Quinzaine, 16 octobre 1901, et de L'amateur d'autographes, octobre 1909).

Sur saint Paulin, voir t. I, page 385, note 6. Peu de temps après le poème de Perrault, parut la Vie de saint Paulin, sénateur et cousul romain et depuis humble serviteur de Jésus-Christ et enfin évêque de Ao/e, Paris, 1686, in-4-

1. Perrault, comme Bossuet, était membre de l'Académie française.

sept. i685] DE BOSSUET. 129

sur le dessein de ce poème et sur le détail de son exécution, avec les réponses que je leur ai faites, afin que, suivant vos justes et souveraines décisions, je sache ce que j'en dois croire, soit pour me redresser si j'ai failli, soit pour me conBrmer dans mes sentiments, s'il se trouve que je ne me sois pas trompé.

On m'a objecté que l'endroit de l'histoire de saint Paulin, où il est dit qu'il se rendit esclave en Afrique pour racheter le fils d'une veuve2, n'est point estimé véritable par les savants, et qu'ainsi je l'ai mal choisi pour être le sujet d'un poème chrétien, lequel peut bien être de pure invention dans quelques-unes de ses circonstances, mais non pas dans la substance de l'action, qui doit être crue vraie pour toucher fortement le cœur et aller ainsi à la fin que le poète doit s'être proposée. On a ajouté que, quand même cette aventure serait reçue de tout le monde, le sujet ne laisserait pas d'être défectueux, parce qu'il manque de vraisemblance, n'étant point croyable qu'un saint évèque, célèbre par son attachement aux fonctions de son ministère, abandonne la conduite de son Église et se fasse captif pour faire recouvrer la liberté à un jeune homme. On dit enfin que, quand l'histoire serait vraie et vraisemblable tout ensemble, elle serait encore mal choisie, parce qu'elle ne peut être proposée comme un exemple à imiter.

J'ai répondu qu'on accusait à tort de fausseté cet endroit admirable de la vie de saint Paulin, puisque de toutes les choses extraordinaires et surprenantes, mais que nous croyons vraies sur le témoignage des auteurs qui en ont écrit ou sur la foi de la tradition, il y en a peu qui porte plus de marques de vérité que celle-là. Elle est écrite par Uranius, auteur irréprochable, qui non seulement vivait du temps de saint Paulin, mais qui était prêtre de son diocèse et qui fut présent à sa mort3. Dans la même lettre, où il raconte à Pacat, son ami, excellent poète de ce temps-là, toutes les circonstances

2. Voir Laçrange, Saint Paulin de Noie, Paris, 1877, in-8, p. 626 et suiv.

Page 1