Baronius, Annales ecclesiastici, ad an. 43 1 , § 1 3g
l3o CORRESPONDANCE [sept. t685
d'une mort si précieuse aux yeux de Dieu, il lui fait un récit4 très ample de l'aventure dont il s'agit, parce que cet ami lui avait témoigné qu'il voulait composer un poème à la louange de saint Paulin, et qu'Uranius jugea que cette action pouvait lui en fournir un sujet admirable5. En effet, il serait difficile de trouver un sujet plus beau, et, si mon ouvrage ne réussit pas, je ne m'en prendrai point à la matière que j'ai choisie.
Cent cinquante ans après ou environ, saint Grégoire le Grand 6 rapporte dans ses Dialogues cette même aventure de saint Paulin presque dans les mêmes termes de la lettre d'Uranius, en sorte qu'il semble n'avoir fait autre chose que de la copier ; mais il dit en même temps qu'il l'avait apprise des anciens de son temps, auxquels, ajoute-t-il, il ne pouvait pas refuser sa créance. En effet, ces anciens la tenaient de leurs pères, qui avaient pu en être eux-mêmes les témoins. Il me semble qu'il n'est guères permis de rejeter des choses aussi authentiquement attestées et par des écrits et par des traditions, et qu'une licence semblable est d'une conséquence très périlleuse.
Si saint Paulin avait été un homme obscur, qui eût passé sa vie dans les déserts de la Thébaïde et durant ces siècles d'ignorance où il s'est trouvé des gens qui ont cru rendre service à la religion par de pieux mensonges, on pourrait croire que, par un zèle indiscret et mal éclairé, on aurait feint cette aventure pour donner un modèle merveilleux d'une charité consommée ; mais qu'on ait pu insérer une fausseté semblable dans la vie d'un homme qui a attiré sur lui les yeux et l'ad-
l\. Uranii presbyleri epistola de obitu sancti Paulini ad Pacatum, publiée d'abord par le P. Chifflet, reproduite dans Migne (P. L. LUI, col. 85g-866).
5. Ce n'est pas Uranius qui rapporte ce fait, mais le Pape saint Grégoire, 170 ans après la mort du saint. Les détails de ce récit sont inadmissibles, puisqu'ils contredisent les faits les plus certains. Mais « rien ne s'oppose à ce qu'il repose sur un fait véritable, modifié par l'imagination populaire » (A. Baudrillart, Saint Paulin, 2eédit., Paris, 1905, in-18, p. 167-169).