‹ Correspondance de BossuetChapitre 10 sur 192 · Correspondance de Fénelon, t. X, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Fénelon, t. X, p

Lettre i934. — L. a. s. Communiquée par M. N. Charavay. Inédite.

3o CORRESPONDANCE [juin 1699

avec celle du 27, le procès- verbal de votre assemblée \ Vous y avez dignement parlé et avec la plus grande modération et les plus douces insinuations qui soient possibles, sans qu'on se puisse plaindre que vous ayez tiré des explications très utiles, et mené la délibération à la fin que vous vous étiez proposée, à la pluralité des voix^. Le parfait concert entre vous et Mgr de Tournay a produit un ouvrage de cette importance, et ce qu'a dit ce dernier prélat sur l'acceptation était nécessaire pour soutenir les droits de l'Eglise de France. Je m'en allai ce matin au levé dans le dessein de raconter au Roi ce qui s'était passé, si je n'avais trouvé M. l'archevêque de Paris dans la même volonté, outre que j'ai su aussi que S. M. avait reçu le procèsverbal. Il vous fera assurément beaucoup d'honneur, et bien assurément vous n'avez rien dit qui ne soit à propos, utile et digne de grande louange. Vous savez mes respects anciens et sincères.

J. Bénigjne, é. de Meaux.

1935. — A l'Abbé Bossuet.

A Paris, i*"»" juin 1699.

Selon l'ordre de votre lettre du 6, j'adresse ce

1. Proces-verbal de l'assemblée provinciale des évèques de la province de Camhray, tenue par les ordres du Roy à Cambray, au palais archiépiscopal en l'année i6gg. Du vingt-quatrième May 1699, 24 p. in-4. Il a été reproduit dans les Œuvres de Fénelon, t. IX, p. 182 à 2o4-

2. Cf. Saint-Simon, t. VI, p. 169, et la lettre précédente, note 3. Lettre 1935. — Copie des Bénédictins, au Gntnd séminaire de

Meaux.

juin 1699] DE BOSSUET. 3l

paquet à M. Dupré, à Florence, et je lui écris pour le supplier de l'avoir agréable.

Nous attendons avec impatience le bref à M. de Cambrai, et nous croyons que ceux qui le dresseront auront égard à l'utilité de l'Eglise et à la dignité du Saint Siège, plus qu'à quelque petite complaisance qui ne ferait qu'enorgueillir un esprit superbe, et donner des forces à un parti tombé.

On est ici fort content du procès-verbal de l'assemblée de Reims, que je vous envoie. Mais j'aimerais encore mieux vous pouvoir envoyer celui de Cambrai, où M. de Saint-Omer ayant proposé, comme Paris et Reims, la suppression de tous les livres faits en défense de celui des Maximes, M. de Cambrai s'y est opposé de toute sa force par de méchantes raisons, et s'est vu contraint de prononcer à la pluralité des voix, en énonçant que c'était contre son avis, que le Roi serait supplié de supprimer tous ses livres. On voit, parle peu de crédit qu'il a eu dans sa province, combien peu il trouvera de complaisance dans les autres. Assurément il n'a et n'aura pas pour lui un seul évêque. M. d'Arras a voulu en quelque sorte éluder l'acceptation, par des sentiments opposés à ceux de tout le reste des évêques ; mais enfin elle a passé dans le fond ; et voilà déjà quatre provinces, c'est-à-dire celle de Toulouse \ qui a commencé, et

I. On lit dans la Correspondance de Fénelon, t. X, p. Sg^, que la province de Toulouse ne demanda point la suppression des écrits apologétiques de Fénelon, qu'il en fut de même des provinces de Narbonne, de Sens, de Vienne, d'Albi, d'Auch et d'Arles, et que celle de Rouen se borna, sans nommer Fénelon, à supplier le Roi (( d'ordonner la suppression de tous livres qui pourraient établir la doctrine

32 CORRESPONDANCE [juin 1699

celles de Paris, de Reims et de Cambrai, uniformes.

M. de Saint-Omer et M. de Tournay ont fait expliquer M. de Cambrai sur sa soumission plus qu'il n'avait fait encore ; et quoiqu'on l'eût pu pousser davantage, on a mieux aimé, pour le bien de la paix, à lafm demeurer content. Il continue à se renfermer et à travailler, on ne sait à quoi. Pour moi, je pars vendredi pour mon diocèse. J'y passerai les fêtes avec l'octave du Saint Sacrement.

Quoi qu'on fasse, nous ne dirons rien sur ce qu'écrit M. de Cambrai de son innocence, des outrages qu'il prétend avoir reçus et de ses explications. C'est lui qui nous agace de gaieté de cœur; mais nous voulons être les plus sages, et le traiter avec toute sorte d'honnêteté et de douceur. On m'assure que, sur \e probra, qui dans le fond attaque plus le bref que nous, puisque nous n'avons rien dit de son livre que ce que le Saint Siège en a décidé, il a dit qu'il m'avait en vue, lorsqu'il écrivait ce mot, parce que je l'ai nommé le Mont an de la Priscille. Mais je me suis assez expliqué. Ni Eusèbe de Césarée et les auteurs qu'il cite, ni saint Epiphane, ni saint Jérôme, ni saint Augustin, ni Philastrius, n'accusent Montan d'autre commerce avec les fausses prophétesses, que de celui d'une fausse spiritualité ^ Au surplus, je

censurée ». En somme, dix provinces seulement, sur dix-sept, donnèrent sur ce point satisfaction à Bossuet. La suppression désirée fut prononcée par la déclaration royale du i4 août.

a. Cf. Remarques sur la Réponse à la Relation, art. XI, ^ x. — M. Crouslé (Fénelon et Bossuet, t. II, p. 553 et 554) reconnaît que l'évêque de Meaux « se justifie en vain, quoique en termes fort décents ». En fait, même restreinte à la doctrine, comme le contexte semble le demander, l'assimilation à un hérétique tel que Montan ne

juin 1699] DE BOSSUET. 33

lui ai fait faire des honnêtetés depuis la censure, auxquelles il n'a pas répondu un seul mot\ D'autres personnes ont voulu s'entremettre entre ses amis et moi ; j'ai répondu très honnêtement, comme je ferai toujours.

Le P. de La Fer té * a été relégué à Blois, avec délaissait pas d'être injurieuse. Mais, pour le public d'alors, Montan n'était pas seulement le propagateur d'un prophétisme fanatique, dont parlent les écrivains les plus anciens; c'était encore le débauché que saint Cyrille de Jérusalem (Catech. XVI, 8) appelle « l'homme le plus méprisable, adonné à toute sorte d'impureté et de dérè^jlement w, et encore, si ce Père s'abstient d'en dire davantage, c'est pour ne pas offenser la pudeur des femmes de son auditoire. Quant aux auteurs visés ici par Bossuet, saint Augustin (£pis<. GGXXXVII, et de Agone christiano, cap. 28) ne parle de Montan qu'en passant ; il en est de même de Philastrius (^Adversus hxreses, cap. xiix); saint Jérôme {Epist. GXXXII) dit de lui : « Montanus immundi spiritus praedicalor multas Ecclesias per Priscam et Maximillara, nobiles et opulentas feminas, primum auro corrupit, deinde haeresi polluit ». Eusèbe (i/ts^ eccles., lib. V, cap. xvi) et saint Epiphane (^Adversus hœreses, xlviii) disent sa doctrine inspirée par le diable, mais n'incriminent pas ses mœurs. Les auteurs cités par Eusèbe sont Apollinaire de Hiérapolis, un certain Apollonius et un anonyme qui écrivait treize ans seulement après la mort de Maxirailla, l'une des prophétesses de Montan. Ces auteurs contemporains des origines du montanisme n'accusent point la conduite du faux prophète, et ne le traitent pas encore d'hérétique (Sur le montanisme, voir Bonwetsch, Die Geschichte des Montanismus, Erlangen, 1881, in-8 ; E. Renan, Marc Aurele, p. 2i3 et suiv. ; Mgr Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, t. I, chap. xv ; de Labriolle, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuse, t. XI. Sur le sens donné par les contemporains à la comparaison de Fénelon et de Mme Guyon avec Montan et Priscille, voir la lettre d'Antoine Bossuet citée, p. i5).

Page 1