‹ Correspondance de BossuetChapitre 108 sur 192 · Cf. édit. de Vérone, 17^0, t. III, p. io · texte numérisé non relu

Cf. édit. de Vérone, 17^0, t. III, p. io

82. Defensorium, part, II, cap. xxiii, dans les Œuvres de Tostat, Venise, iSgô, in-fol., t. XII, t» 26 vo.

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tin, disant, dans son Commentaire sur le Prologas galeatae, que l'Église reçoit ces livres, exclus par les Hébreux, pour authentiques et compris au nombre des saintes Écritures. Mais il s'explique lui-même sur saint Matthieu (quest. 2) : Il y a, dit-il, d'autres livres que VÉglise ne met pas dans le canon, et ne leur ajoute pas autant de foi qu'aux autres : Aon recipientes non judicat inobedientes aut infidèles ^^ ', elle ignore s'ils sont inspirés ; et puis il nomme expressément à ce propos la Sagesse, l'Ecclésiastique, les Machabées, Judith et Tobie, disant : Qaod probaiio ex illis sumpta sit aliqualiter ejficax. Et (quest. 3) parlant des apocryphes, dont il n'est pas certain qu'ils ont été écrits par des auteurs inspirés, ii dit qu'il sujjîl qu'il ny a rien qui soit manifestement faux ou suspect ; qu ainsi VEglise ne les met pas dans son canon et ne force personne à les croire ; cependant elle les lit, etc. ; et puis il dit expressément au même endroit, qu'il n'est pas assun que les cinq livres susdits soient inspirés : De auclorihus horum non constat Ecclesiœ an Spiritu sancto dictante scripserint ; non tamen reperit in illis aliquid falsum aut valde suspecium de falsitate^^.

CXXII. Enfin, dans le seizième siècle, immédiatement avant la Réformation, dans la préface de la Bible du cardinal Ximenès*^, dédiée à Léon X, il est dit que les livres du Vieux Testament, qu'on n'a qu'en grec, sont hors du canon, et sont plutôt reçus pour l'édification du peuple que pour établir des dogmes.

GXXIII. Et le cardinal Cajétan *% écrivant après la Réformation commencée, mais avant le concile de Trente, dit, à la

83. Comm. in I Reg. in Prolog, gai., quaest. xxvn et xxviii, dans les Opéra omnia, Venise, 1728, in-fol., t. XI, p. 19.

84. In Evangel. Matt., praefat., quaest. 11 et m, dans les Opéra, t. IX, f ' 2 r° et v° (La dernière citation n'est pas littérale).

85. Biblia sacra, hebraice, chaldaice, graece et latine, nunc primum impressa de mandato et sumptibas Fr. Simenii de Cisneros, Alcala, i5i4-i5i7, 6 vol. in-fol., t. II, Prologas ad lectorem.

86. Thomas de Vio, connu sous le nom de cardinal Cajétan, ne doit pas être confondu avec Cajétan, qui fut légat en France au temps de la Ligue (Cf. t. II, p. a).

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fin de son Commentaire sur TEcclésiaste de Salomon, public à Rome en i534 : C'csl ainsi que finit /'Ecclésiaste avec les livres de Salomon et de la Sagesse. Mais quant aux autres livres, à qui on donne ce nom, qui vocantur Libri sapientiales,/}Uisgfuc saint Jérôme les met hors du canon qui a rautorité de la foi, nous les omettrons, et nous nous hâterons d'aller aux oracles des prophètes.

GXXIV. Après ce détail de l'autorité de tant de grands hommes de tous les siècles, qui ont parlé formellement comme l'ancienne Église et comme les protestants ^% on ne saurait douter, ce semble, que l'Église a toujours fait une grande différence entre des livres canoniques ou immédiatement divins, et entre d'autres compris dans la Bible, mais qui ne sont qu'ecclésiastiques : de sorte que la condamnation de ce dogme, que le concile de Trente a publiée, est une des plus visibles et des plus étranges nouveautés qu'on ait jamais introduites dans l'Église ^^.

87. Voir Gaussen, Le Canon des Saintes Écritures au double point de vue de la science et de la foi, Lausanne, 1860, 2 vol. in-8j Ed. Reuss, Histoire du Canon des Écritures saintes dans l'Église chrétienne, Strasbourg-, i863, in-8; Sain. Davidson, The Canon of tlie Bible, its formation, history and fluctuations, Londres, 1877, io-8; Kœnig, Essai sur la formation du canon de l'Ancien Testament, Paris, 189/i, in-8.

88. Voici ce qu'après les études plus approfondies, poursuivies au XIX® siècle et de nos jours, sur le canon des Ecritures, les exégètes catholiques répondent â ces assertions de Leibniz. Par l'usage que les apôtres ont fait de la Bible des Septante, le canon des Juifs d'Alexandrie a passé avec elle dnns l'Eglise chrétienne et y a joui d'une paisible possession jusqu'à la fin du m® siècle. Les Pères apostoliques citent les deutérocaniques comme les autres livres sans faire entre les uns et les autres la moindre différence, comme le reconnaît un exégète protestant, Ed. Reuss {op. cit., p. 99). Les exemplaires des Septante et des versions dont ils se servent n'en marquent du reste aucune.

C'est au IV® siècle et au commencement du v®, que s'élèvent, et tout d'abord en Orient, des hésitations et des doutes sur les livres deutérocanoniques. La distinction alcrs introduite entre les livres sacrés provient, soit du choix qui anciennement était fait de lectures plus appropriées aux dispositions des néophytes, soit des exigences de la polémique avec les Juifs (cf. Athanase, Lettre festivale, 29 [P. G.,

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Il est temps, Monseigneur, que je revienne à vous, et

t. XXVI, col. 1176] et Origène, In Num. hom. xxvii, i, et Epist. ad A fric, 3 et i3, P. G., t. XII, col. 780, et t. XI, col. 53, 80). On ne pouvait se servir contre les Juifs que des livres reçus par eux comme inspirés. Or, à cette époque, sous l'influence rabbinique, ils écartaient les Septante, à cause des avantages qu'en tiraient les chrétiens, et ils ne reconnaissaient d'autorité qu'au texte hébraïque. De là est venue dans l'Egalise chrétienne la distinction entre les livres qui pouvaient servir à établir la foi et ceux qui étaient réservés à l'édification des fidèles.

En Occident, à la même époque, les doutes n'apparaissent que chez les auteurs qni ont eu des relations avec l'Orient. Chez les autres et dans un grand nombre d'Eglises, la tradition ecclésiastique ne subit aucune interruption : on reconnaît tous les livres sacrés que les anciens Pères et les apôtres avaient reçus. Ceux-là même qui, en théorie, font une distinction entre les livres de la Bible, n'en tiennent pas compte dans les discussions entre chrétiens, soit qu'ils ne croient pas leurs difficultés théoriques suffisantes pour leur faire abandonner l'usag-e traditionnel, soit qu'ils estiment que, ne s'adressant pas à des Juifs, mais à des fidèles, il n'y a pas lieu d'en faire état. Celui qui contribua le plus à propager en Occident la distinction entre les deux sortes de Livrss saints fut saint Jérôme. Il y fut amené par ses rapports avec les Juifs et par son attachement à la Bible hébraïque, qu'il avait traduite en latin. Son autorité entraîna un grand nombre de Pères et d'écrivains ecclésiastiques.

Du V® au XI® siècle, tandis que les savants se font l'écho des anciens doutes, la pratique ecclésiastique conserve les livres contestés, tandis qu'en Orient, ces livres reprennent faveur, si bien que les Grecs euxmêmes les reçoivent dans leur canon.

Du XII® au xvi« siècle, les Orientaux finissent généralement par les adopter. En Occident, au contraire, sous l'influence de saint Jérôme, on continue à émettre des doutes sur leur canonicité et on les place en un rang inférieur. Mais le nombre des opposants diminue; plusieurs même, comme Tostat, ont des opinions flottantes. Chose digne de remarque, tous les manuscrits de la Bible exécutés au moyen âge continuent à mélanger sans distinction les deutérocanoniques aux autres livres. Malgré les doutes émis par quelques docteurs, l'Église continue alors à les lire, à les citer aussi bien que les livres du canon palestinien, et avec les mêmes formules. Le concile de Trente n'a fait que sanctionner la pratique commune (Cf. Dictionnaire de la Bible de Vigoureux, t. II, col. i43-i62, et Dict. de Théologie de Vacant, t. II, Canon chrétien de l'Ancien Testament, col. i574-i582; Sanders, Études sur saint Jérôme, Bruxelles, 1903, in-8, p. 196-247)-

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même que je finisse ; car voire seconde lettre n'a rien qui nous doive arrêter, excepté ce que j'ai touché au commencement de ma première réponse. Au reste, j'y trouve presque tout assez conforme au sens des protestants ; car je n'insiste point sur quelques choses incidentes ; et il suffit de remarquer que ce que vous dites si bien de l'autorité et de la doctrine constante de l'Église catholique, est entièrement favorable aux protestants et absolument contraire à des novateurs aussi grands que ceux qui étaient de la faction si désapprouvée en France, qui nous a produit les anathèmes inexcusables de Trente.

Je ne doute point que la postérité au moins n'ouvre les yeux là-dessus, et j'ai meilleure opinion de l'Eglise catholique et de l'assistance du Saint-Esprit, que de pouvoir croire qu'un concile de si mauvais aloi soit jamais reçu pour œcuménique par l'Église universelle. Ce serait faire une trop grande brèche à l'autorité de l'Église et du christianisme même, et ceux qui aiment sincèrement son véritable intérêt s'y doivent opposer. C'est ce que la France a fait autrefois avec un zèle digne de louange, dont elle ne devrait pas se relâcher, maintenant qu'elle a été enrichie de tant de nouvelles lumières, parmi lesquelles on vous voit tant briller.

En tout cas, je suis persuadé que vous et tout ce qu'il y a de personnes éclairées dans votre parti, qui ne sauraient encore surmonter les préventions où ils sont engagés, rendront assez de justice aux protestants pour reconnaître qu'il ne leur est pas moins impossible d'effacer l'impression de tant de raisons invincibles qu'ils croient avoir contre un concile dont la matière et la forme paraissent également insoutenables. Il n'y a que la force, ou bien une indifférence peu éloignée d'une irréligion déclarée, qui ne se fait que trop remarquer dans le monde, qui puisse le faire triompher. J'espère que Dieu préservera son Église d'un si grand mal ; et je le prie de vous conserver longtemps, et de vous donner les pensées qu'il faut avoir pour contribuer à sa gloire autant que les talents extraordinaires qu'il vous a confiés vous don-

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nent moyen de le faire. Et je suis avec zèle, Monseigneur,

votre très humble et très obéissant serviteur.

Leibmz.

20o3. — A Leibniz.

A Versailles, i" juin 170O.

Monsieur, Votre lettre du 3o avril m'a tiré de peine sur les deux miennes, en m apprenant non seulement que vous les avez reçues, mais encore que vous avez pris la peine d'y répondre, et que je puis espérer bientôt cette réponse. Il ne servirait de rien de la prévenir ; et encore que, dès à présent, je pusse peutêtre vous expliquer l'équivoque du mot de canonique, qui, à la fin, se tournera contre vous, il vaut mieux attendre que vous ayez traité à fond ce que vous n'avez dit encore qu'en passant. Mais je ne puis tarder à vous expliquer l'endroit de ma lettre sur lequel Monseigneur le duc veut être éclairci. J'ai donc dit que l'on tenterait vainement des pacifications sur les controverses en présupposant qu'il fallût changer quelque chose dans aucun des jugements portés par l'Eglise. Car, comme nos successeurs croiront * avoir le même droit de changer ce que nous ferions, que nous aurions eu de changer ce que nos ancêtres auraiient fait, il arriverait nécessairement qu'en pensant fermer une plaie, nous en rouvririons une plus grande. Ainsi la reli-

Lettre 2003. — L. s. ; de la main d'un copiste, avec corrections autographes. Hanovre, Papiers de Leibniz, fo386. Imprimée d'abord dans les Œuvres posthumes, 1. 1, p. 5o8. Minute, collection H. de Rothschild,

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