‹ Correspondance de BossuetChapitre 121 sur 192 · I Petr., IV · texte numérisé non relu

I Petr., IV

3. Gaecus autem si cœco ducatum praestet, ambo in foveam caduul. (Matt., XV, i(\).

3o8 CORRESPONDANCE

0 Dieu, que je serais heureux de donner mon sang pour en écrire des lettres qui apprissent à toute la terre une partie de ce que je sens en moi-môme, si pourtant par là je devais être utile à l'Église et rallumer le zèle de plusieurs évêques, qui, bien loin d'imiter ceux en qui l'on voit par la grâce de Dieu ce qu'on désire dans les grands évêques, n'ont rien moins à cœur que la vérité !

Oserai-je, Messeigneurs, dire tout ce que je pense sur les dogmes spéculatifs de la foi ? On n'a qu'à lire divers auteurs, qu'à consulter divers docteurs sur les matières delà religion; qu'en peut retirer souvent un jeune homme, que de l'incertitude et de l'embarras ? Il croyait savoir les dogmes de la foi avant d'étudier et de consulter, et il les savait en effet ; et, après avoir lu et consulté, il doute peut-être de bien des choses dont il ne devrait pas douter. Il se voit obligé même d'user de toute sa philosophie pour s'assurer de l'existence des choses présupposées à la foi, c'est-à-dire que l'on peut connaître même par la raison. C'est aux évêques de l'Église de Dieu à faire que ceux au moins qui ont l'esprit docile puissent facilement s'instruire des dogmes de la foi et du vrai sens de ces dogmes.

Il m'est quelquefois venu dans l'esprit d'exposer à l'Église une théologie dogmatique, où j'eusse pu expliquer ce qui est de foi divine et proprement dite, et en même temps les diverses opinions que j'aurais cru être contraires à cette foi, et si quelquefois il se fût rencontré quelques difficultés qui m'eussent empêché de décider positivement, j'eusse pu me contenter d'exposer ma science à l'Église. J'aurais pu lui demander, par exemple, si non seulement les canons du concile de Trente, mais encore la doctrine contenue dans les chapitres*, sont règles de foi divine et catholique.

4. Sur chaque matière décidée par le concile de Trente, les canons sont précédés de chapitres contenant une exposition doctrinale. On admet généralement que les enseig^nements de foi catholique sont moins nettement circonscrits dans les chapitres que dans les canons. A. côté de la substance de la définition, les chapitres contiennent des considérants et des arçumeuts, qui ne s'y rattachent que d'une façon accessoire, et qui, sans être proposés à notre croyance,

juin. 1700] DE BOSSUET. 809

J'aurais pu, dans ce livre, me comporter en suppliant sur certaines matières, et prier les évêques de toute l'Église de peser s'il ne serait pas à propos de déclarer que l'on n'encourt jamais î/;so /ac/o l'excommunication, mais seulement après la sentence du juge et sa promulgation, et qu'ainsi un excommunie occulte peut assister à la messe et ne pas éviter le commerce des fidèles, parce qu'il ne serait pas effectivement excommunié, etc. S'il ne serait pas à propos de réduire les irrégularités^ à un très petit nombre, défendant à tous casulstes de les augmenter par leurs conséquences scrupuleuses. S'il ne serait point à propos de faire un petit recueil des canons, qu'un ecclésiastique pût lire en un jour, afin que, sachant par ce moyen ce qu'il doit savoir des canons, il s'occupât à la lecture des Écritures et des Pères, et qu'il eût plus de temps pour vaquer à la prière. J'aurais pu prier les évêques de toute l'Église, dans ce livre, de faire en sorte auprès du Pape, qu'on ne vît plus de division entre les peuples et Rome ; ce qui réussirait, si le Pape, de concert avec les évêques, déclarait bonnement quels sont ses droits et quels sont ceux des évêques ; si le Pape souffrait qu'on décidât s'il est infaillible ou non ; et si, ne l'étant pas, comme peut-être on le déciderait, il n'est point obligé en conscience de consulter les évêques, d'assembler des conciles généraux, où l'on eût une liberté entière de parler et d'agir, et d'examiner les auteurs et écrits. On souhaiterait fort d'apprendre de la bouche de Nosseigneurs les Évêques assemblés ce qu'on doit penser de l'analyse qu'a faite M. Holden ^ ; de la pratique des religieuses, qui reçoivent avec les circonstances que tous savent, des opinions du P. Malebranche sur la puissance de Dieu, sur la grâce, etc., sur la prédestination, etc. Si la

renferment les motifs et les raisons des enseignements (Vacant, Études theologiqu.es sur la constitution du concile du Vatican, in-8, t. I, p. 4 1-44; Dict. de théologie, t. III, col. 667).

5. L'irrégularité est un empêchement posé par le droit canon et rendant inhabile à recevoir les ordres. Ainsi les bâtards, les épileptiques, ceux qui ont versé le sang, etc., sont irréguliers.

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