Cf. t. IX, p
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l'Église. Crai«i;nait-on en ce temps-là de profaner le mystère, ou de n'eu pas donner une assez grande idée? Les ariens réunis par la crainte des lois, et outrant à l'Église parce qu'ils y étaient contraints, avaient-ils dans les commencements une foi bien vive de la divinité de Jésus-Christ ? Cependant non seulement ils y étaient soufferts, mais on les obligeait d'y aller, parce qu'ils étaient en grand nombre, que plusieurs d'entre eux se déterminaient à croire par l'instruction. Ils entraient à l'Église encore hérétiques dans le cœur : le temps, le soin des pasteurs, la vue de nos mystères, la grâce qui y est attachée les détrompait peu à peu. La foi venait insensiblement : faible dans les premiers temps, elle se fortifiait dans la suite ; et la bonne nourriture prenant pour ainsi dire la place de la mauvaise, les conversions devenaient parfaites et sincères.
C'est, Monsieur, ce qui arrive encore aujourd'hui dans ce que nous appelons nouveaux convertis. Si on ne leur demande rien, ils demeurent abandonnés à eux-mêmes, dans une espèce de langueur, sans culte, sans religion ; et l'ouvrage du Roi ne consisterait à leur égard qu'en ce qu'il leur aurait ôté celle qu'ils professaient.
Quand on les presse d'une manière modérée, bien moins sévère que celle qui est portée par les lois des empereurs, et qui se termine après tout au précepte de saint Paul : Insta, increpa, obsecra'', nous voyons qu'ils se réveillent de ce sommeil léthargique ; que, venant à l'église, ils se détrompent des fausses idées qu'ils ont prises dès leur naissance. Ils comprennent ce que c'est que la messe, en la voyant dire ; en lisant eux-mêmes ce qui s'y dit, ils sont surpris de n'y trouver que des prières admirables, dont ils sont très édifiés ; et j'en ai vu plusieurs bien convertis, qui m'ont avoué qu'ils n'auraient jamais été détrompés, s'ils n'avaient pas pris sur eux d'y aller dans les commencements, même avec répugnance.
7, Le texte biblique complet porte : insta opportune, importune ; argue, obsecra, increpa (II Timoih., iv, 3).
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Il y aurait d'ailleurs une espèce d'impossibilité de les instruire, s'ils ne se rassemblaient. Comment un seul curé pourrait-il en détail instruire deux ou trois mille nouveaux convertis qui sont dans sa paroisse? Si on les rassemble hors le temps de la messe, rien ne fait un plus méchant effet : ils se fortifient, par cet éloignement, dans les fausses idées qu'ils ont du mystère ; et ils se croient en droit de demeurer toujours dans leurs erreurs, quand ils n'ont pas fait ce premier pas pour en sortir.
11 me semble que tout doit céder à l'expérience. On voit que, sans lorce, sans violence, et par la seule application qu'on se donne à presser, à exhorter, à faire voir la nécessité qu'il y a de suivre les engagements qui ont été pris par l'abjuration, en exilant seulement dix ou douze personnes dans tout le Languedoc, qui y donnaient un très mauvais exemple et qui faisaient gloire de le donner, presque toutes les églises sont maintenant remplies. N'est-il pas plus avantageux d'v voir le troupeau rassemblé, que d'avoir à courir après toutes les brebis égarées ? Il est certain qu'un grand nombre revient de bonne foi, et que l'on voit un fruit très évident de la parole de Dieu.
Plusieurs, à la vérité, vont encore à l'église sans foi; mais plusieurs y acquièrent de la foi tous les jours : ceux qui l'ont faible sentent qu'elle se fortifie, et marchent insensiblement au point de perfection ; elle vient aux uns plus tôt, et aux autres plus tard; mais enfin nous en voyons les progrès. On compte toujours, dans les lieux où l'on travaille avec application, quelque conquête nouvelle et assurée ; et nous n'entendons dire autre chose à des gens bien revenus, si ce n'est qu'ils bénissent la main qui les a fait entrer à l'église avec quelque espèce de contrainte, parce que, sans cela, ils n'auraient jamais pris la résolution d'y venir. Plusieurs attendent le moment qu'on leur parle avec fermelé, et ils se déterminent dès qu'on leur a parlé ; ils le disent ainsi euxmêmes.
Je dois ajouter, Monsieur, qu'il y a un nombre très grand
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de nouveaux convertis, qui sont fatigués do vivre sans religion. Le peu de résistance qu'on trouve en eux d'aller h l'église et à la messe vient de ce principe ; mais ils sont encore arrêtés par une fausse honte, par le mauvais exemple de quelque esprit malin. Quand on rompt ces liens, ils en sont ravis ; et rien ne leur fait plus de plaisir que de voir imprimer un mouvement générai qui les entraîne, et qui les porte où ils iraient d'eux-mêmes, s'ils n'étaient retenus par les préjugés, qui ont fait de tout temps tant de peine aux hérétiques.
Si je ne m'arrêtais en cet endroit, je répéterais ou plutôt j'affaiblirais ce que ces savants prélats, dont je vous envoie les écrits, vous représentent. Je me contenterai de vous dire que, s'il y a quelque inconvénient de ne pas donner une grande idée du mystère à ceux qui n'en sont pas persuadés, cela est bien récompensé p ir le nombre de conversions sincères qui se font tous les jours, et qui ont commencé par un mouvement de contrainte. Le respect et la vénéraiion pour le mystère ne manquera pas de venir, lorsqu'ils seront assez heureux pour goûter l'instruction, et qu'ils commenceront à vouloir connaître de bonne foi notre religion telle qu'elle est : cependant l'habitude se forme, et l'habitude aide beaucoup les hommes pour suivre les exercices de la religion.
Mais, comme je n'ai rien plus à cœur que de ne point excéder les bornes du véritable zèle, que je dois avoir pour remplir mes fonctions, et que je ne puis mieux trouver cette juste mesure que dans vos lumières, je serai ravi d'en pouvoir profiter, et qu'elles règlent ma conduite. Mais permettez-moi de vous supplier encore une fois déconsidérer un peu l'état de cette province, la situation présente des affaires de la religion, que je viens de vous expliquer. Jugez, par toutes ces circonstances plutôt que par des principes séparés du lait dont il s'agit, si l'on doit avoir de la peine à se résoudre de faire venir les nouveaux convertis à la messe, quand on sait par une expérience certaine qu'il n'y a qu'à parler pour être obéi ; et si le scrupule d'y déterminer quelques personnes
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sans foi, doit l'emporter sur le fruit certain de voir naître cette même foi dans les cœurs de plusieurs*.
Au surplus, nous ne voyons personne qui nous dise : Je vais à la messe, je n'y crois point. C'est un langage qui nous est inconnu ; et, si j'entendais parler ainsi, j'empêcherais celui qui tiendrait ce discours d'aller à l'église. Il faut donc pénétrer dans leurs cœurs, et interpréter à mal les exercices extérieurs qu'ils pratiquent? N'est-ce pas pousser la chose trop loin? L'Église, étant une aussi bonne mère, doit-elle faire cette espèce d'inquisition ? Ils ne se présentent pas, dit-on, à la communion ; il est essentiel de faire ses pâques tous les ans. Mais plusieurs les font ; les autres s'y préparent : il y en a eu cette année beaucoup plus qui s'y sont présentés, que les années précédentes. Quand ils y viendront tous, l'ouvrage sera dans sa perfection. Il faut travailler pour l'y mettre, et croire qu'il n'y sera qu'avec du temps et beaucoup de peine; mais l'objet du travail mérite bien qu'on en prenne, et qu'on ne se rebute pas aisément. Il me semble qu'il n'est rien si important par rapport à la religion que de unir, s'il est possible, cette grande entreprise ; et je puis dire encore, par rapport à l'État et à la politique.
11 n'est question dans tout ceci que de savoir si l'on peut obliger les nouveaux convertis d'aller à la messe : car, pour la participation des sacrements, il ne peut y avoir deux avis, et l'on ne peut pas douter que ce ne soit très mal fait de les y admettre, quand ils n'ont pas les dispositions nécessaires ; ce qui dépend uniquement de la connaissance que les supérieurs ecclésiastiques en doivent prendre, en examinant en détail la foi de ceux qui sont commis à leurs soins.
Je suis avec respect. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Lamoignon de Basville.
A Montpellier, le 21 septembre 1700.
8. Plusieurs, un g;rand nombre (académie ; Richelet). « Je doute qu'il doive continuer d'écrire, s'il préCèredu moins sa propre satisfaction à l'utilité de plusieurs » (La Bruyère, préface des Caractères).
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3027. A M"" GOKNUAU.
A Paris, 2 octobre 1700.
Il ne tint pas à moi, ma Fille, que vous ne fussiez avertie que je pourrais aller hier vous voir. Aujourd'hui, je suis occupé tout le jour ; demain, je ne puis assurer aucun moment : je ferai ce que je pourrai l'après-dînée pour vous aller voir, mais je ne puis vous l'assurer. Je dois aller bientôt à Pompoime", et assurément j'irai à Torcy*. En attendant, vous n'avez rien à craindre pour votre salut dans l'aflaire que vous savez, et votre conscience est déchargée entièrement. Vivez en repos, ma Fille, puisque personne ne vous peut dire que vous soyez tenue à davantage que ce que vous avez fait. Agissez toujours ainsi au nom du cher et céleste Epoux, qui vous remet au jardin clos", où vous lui avez donné votre foi.
Je n'abandonnerai point Torcy tant que vous y
a) Les mss. : d P*** ; édit. : à Paris.
Lettre 2021. — Cent cinquante-sixième dans Lâchât comme dans Ledieu, qui l'a copiée tout entière; cent cinquante-cinquième dans Na el Ma ; cent cinquante-quatrième dans Ne ; cent cinquante et unième dans Nd. Date fournie par Mme Gornuau: « A. Paris, dimanche matin 1700; c'était les derniers jours du mois de septembre. » Date dans Ledieu : A Paris, 2 octobre 1700 (Le dernierdlmancUe de septembre 1700 était le a6 de ce mois; le 2 octobre était un samedi); le ms. T : 1699. Entête, Mme Gornuau a mis un sommaire : « Sur ce que cette personne, étant à Paris, était sortie lorsque ce prélat lui fit l'honneur de la venir voir, et sur le retour de Mme son abbesse et elle dans sa maison. »
I. Torcy est voisin de Pomponne. Ges deux localités font partie du canton de Lagny. Le Journal de Ledieu ne porte pas trace de ce voyage à Pomponne.
a. Gant, canti»., iv, 12.
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serez. Notre-Seigneur soit avec vous à jamais. Soyezlui fidèle épouse, il vous sera un bon et parfait époux. Allez en son nom au lieu où il vous a attirée, et où il a reçu votre foi. Regardez-le en votre supérieure : attachez- vous à lui obéir plus que jamais et à la soulager dans les choses qu'elle voudra vous confier, allant même au devant de ses désirs, en sincérité et simplicité, sans empressement. Notre-Seigneur soit avec vous.