I. Innocent XII mourut trois jours après, le 27 septembre
Réception du bref condamnant Fénelon.
1° Déclaration du Roi qui ordonne iexécution de la constitution de N. S. P. le Pape en forme de bref du 12 mars i6gg, portant condamnation d\in Hure intitu'é . Explication des maximes des saints sur la vie intérieure, composé par M. Varchevêque de Cambrai. Donnée à Versailles le 4 août 1699. Registrée en Parlement*.
Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Les plaintes qui s'élevèrent, en l'année 1697, en dilTérents endroits de notre royaume et particulièrement en notre bonne ville de Paris, au sujet du livre intitulé: Explication des maximes des saints sur la vie intérieure, composé par le sieur de Salignac Fénelon, archevêque de Cambrai, l'ayant engagé de porter d'abord au Saint Siège cette affaire^ qui était née dans le royaume et de soumettre au jugement de Notre Saint Père le Pape la doctrine qu'il y avait expliquée, Sa Sainteté aurait fait examiner ce livre avec toute l'exactitude que méritent les choses qui regardent la foi ; et après y avoir travaillé Ellemême durant un très long temps avec beaucoup de zèle et d'application, Elle l'aurait condamné par sa constitution donnée en forme de bref le 1 2 mars dernier, et aurait ordonné en même temps au sieur Delphini, son nonce, de Nous en présenter de sa part un exemplaire, et de Nous demander notre protection pour la faire exécuter. Nous l'avons reçue avec le respect que Nous avons pour le Saint Siège et pour la
1" — I. Paris, 1699, in-4.
2, Voir t. XI, p. 453.
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personne de Notre Saint Père le Pape, et Nous avons estimé à propos (l'en envoyer des copies à tous les archevêques de notre royaume, avec ordre d'assembler les évêques leurs suffragants, afin qu'ils pussent accepter cette constitution dans les formes ordinaires, et que, joignant ainsi leurs sulTrages à l'autorité du jugement de Notre Saint Père le Pape, le concours de ces puissances pût étoufler entièrement des nouveautés qui blessaient la pureté de la foi, et dont on pouvait abuser pour la corruption de la morale chrétienne. Ces assemblées ont eu le succès que Nous en avions espéré, et Nous avons vu avec beaucoup de plaisir par les procèsverbaux qui Nous ont été présentés, que les prélats de notre royaume, et même ledit sieur archevêque de Cambrai, reconnaissant dans la constilution de Notre Saint Père le Pape la doctri.ie apostolique, l'ont reçue avec le respect et la soumission qui est due au chef qu'il a plu à Dieu de donner sur la terre à son Église et Nous ont supplié en même temps de faire expédier nos lettres patentes pour la faire publier et exécuter dans notre royaume. Et comme Nous ne Nous servons jamais avec une plus grande satisfaction de la puissance qu'il a plu à Dieu de Nous donner que lorsque Nous l'employons pour maintenir la pureté de la foi comme un roi très chrétien, redevable à la bonté divine d'une si longue suite de grâces et de prospérités, est obligé de le faire. A ces CAUSES, Nous avons dit, déclaré et ordonné, disons, déclarons et ordonnons par ces présentes signées de notre main, voulons et Nous plaît que ladite constitution de Notre Saint Père le Pape en forme de bref, attachée sous le contre-scel de notre chancellerie, acceptée par les archevêques et évêques de notre royaume, y soit reçue et publiée, pour y être exécutée, gardée et observée selon sa forme et teneur; exhortons à cette fin et néanmoins enjoignons à tous les archevêques et évêques, conformément aux résolutions qu'ils ont prises eux-mêmes de la faire lire et publier incessamment dans toutes les églises de leurs diocèses, enregistrer dans les grelTes de leurs olTicialités, et de donner tous les ordres qu'ils estimeront les plus efficaces pour la faire exécuter ponctuellement. Ordon-
nons en outre que ledit livre, ensemble que tous les écrits qui ont été faits, imprimés et publiés pour la défense des propositions qui y sont contenues et qui ont été condamnées, seront supprimés; défendons à toutes sortes de personnes, à peine de punition exemplaire, de les débiter, imprimer et même de les retenir. Enjoisjnons à ceux qui en ont de les rapporter aux greffes des justices dans le ressort desquelles ils demeurent, ou en ceux des ofTicialités, pour y être supprimés, et à tous nos officiers et autres auxquels la police appartient, de faire toutes les diligences et perquisitions nécessaires pour l'exéculion de cette présente disposition. Défendons pareillement à toutes sortes de personnes de composer, imprimer et débiter à l'avenir aucuns écrits, lettres ou autres ouvrages, sous quelque titre et en quelque forme que ce puisse être, pour soutenir, favoriser et renouveler lesdites propositions condamnées, à peine d'être procédé contre eux comme perturbateurs du repos public. Si donnons en mandement à nos amés et féaux les gens tenant notre cour de Parlement que, s'il leur appert que, dans ladite constitution en forme de bref, il n'y ait rien de contraire aux saints décrets, constitutions canoniques, aux droits et prééminences de notre couronne et aux libertés de l'Église gallicane, ils aient à faire lire, publier et enregistrer nos présentes lettres, ensemble ladite constilution, et le contenu en icelles garder et faire garder et observer par tous nos sujets dans l'étendue du ressort de notre dite cour, et en ce qui dépend de l'autorité que Nous lui donnons. Enjoignons en outre à notre dite cour et à tous nos autres officiers, chacun endroit soi, de donner auxdits arcbevêques et évêques et à leurs officiaux le secours et aide du bras séculier lorsqu'ils en seront requis dans les cas de droit, pour l'exécution de ladite constitution. GAK tel est notre plaisir. En témoin de quoi Nous avons fait mettre notre sccl à ces présentes. Donné à Versailles le quatrième jour du mois d'août, l'an de grâce mil six cent quatre-vingtdix-neuf et de notre règne le cinquante-septième. Signé : LOUIS, Et plus bas. Par le Roi, Phelypeaux, Et scellé du ffrand sceau de cire iaune.
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2° Lettre de cachet adressée au Parlement^ .
De par le Roi, etc.
Nos amés et féaux, Nous vous envoyons nos lettres patentes pour l'exécution de la constitution de notre s^ Père le Pape au sujet de la condamnation du livre intitulé les Maximes des saints composé par l'archevêque de Cambrai, à l'enregistrement desquelles nous vous mandons de procéder ; si, n'y faites faute. Car tel est notre plaisir. Donné à Versailles le sixième jour d'août 1699.
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Phelypeaux.
80 Réquisitoire de Daguesseau pour Venre(jistrement du brej condamnant le livre des Maximes des saints (i4 août 1699).
Ce jf^ur, les Grand' chambre et Tournelle assemblées, les gens du Roi sont entrés, et M^ François Henri d'Aguesseau; avocat diidit seigneur Roi, portant la parole, ont dit :
Messieurs, Nous apportons à la Cour des lettres patentes par lesquelles
2° — I. Archives Nationales, X*B 8885. — La même lettre fut adressée au parlement de Provence (Affaires étrangères, Rome, t 396, p. i3^).
3° — Imprimé d'abord dans VArrétde la cour de Parlement... au sujet de la condamnation du livre intitulé Explication des Maximes des saints sur la Vie intérieure..., du i4 août i6gg, Paris, 1699, in-4 j puis à la suite d'une édition du Traité de l'autorité des rois touchant l'administration de l'Église, par Talon, Ams1erd;im, 1700, in-8 (Daguesseau attribue cette édition au ministre Jurieu).
Au moment où il préparait ce discours, Daguesseau demanda à Bossuet un entrelien. Celte entrevue confidentielle eut lieu vers la fin de juillet, au cloître des Chartreux. « On a vu, dit Ledieu, le fruit de cette conversation dans le plaidoyer de M. d'Aguesseau, que M. de Meaux ne cesse de louer. Il en a longtemps vanté la saine et exacte doctrine sur le centre d'unité, qui est le Pape, la supériorité du Concile, l'autorité des évoques de droit divin et le saint concours des Eglises pour faire une décision infaillible, et il disait que c'était précisément la doctrine de l'assemblée de Paris. Il louait l'éloquence, les tours, l'insinuation, la douceur du plaidoyer, qu'il disait être un ouvrage digne du zèle d'un évêque et d'un théologien plutôt
/lO/i APPENDICE II.
il a plu au Roi d'ordonner l'enregistrement et la publication de la constitution de notre saint Père le Pape, qui condamne le livre intitulé : Explication des maximes des saints sur la vie intérieure, composé par Messire François de Salignac de Fénelon, archevêque de Cambrai; et nous nous estimons heureux de pouvoir vous annoncer en même temps la conclusion de cette grande affaire, qui, après avoir tenu toute l'Église en suspens pendant plus de deux années, lui a donné autant de joie et de consolation dans sa fm, qu'elle lui avait causé de douleur et d'inquiétude dans son commencement.
Ce saint, ce glorieux ouvrage, dont le succès intéressait également la religion et l'Etat, le sacerdoce et l'Empire, est le fruit précieux de leur parfaite intelligence. Jamais les deux puissances suprêmes que Dieu a établies pour gouverner les hommes n'ont concouru avec tant de zèle, disons même avec tant de bonheur, à la fin qui leur est commune, c'est-àdire à la gloire de celui qui prononce ses oracles par la bouche de l'Église, et qui les fait exécuter par l'autorité des rois.
Des ténèbres, d'autant plus dangereuses qu'elles empruntaient l'apparence et l'éclat de la plus vive lumière, commençaient à couvrir la face de l'Église. Les esprits les plus élevés, les âmes les plus célestes, Irompées par les fausses lueurs d'une spiritualité éblouissante, étaient celles qui couraient avec le plus d'ardeur après l'ombre d'une perfection imaginaire ; et si Dieu n'avait abrégé ces jours d'illusion et d'éga-
que d'un magistrat séculier... Une seule chose qu'il n'approuvait pas était que l'auteur parlât comme de deux puissances, en parlant de celle du Pape et de celle des évèques, qui ne sont qu'une seule et même puissance, sans compter quelques affectations dans le style, qui ne méritent pas d'être relevées. Quand, dans la suite, on a dit que l\ome se trouvait choquée de ce plaidoyer et qu'elle pensait à en Faire justice : « Il ne le faut pas craindre, dit M. de Meaux, après la satisFaction qu'ils ont marquée du procès-verbal de Paris, puisque c'est la même doctrine ; c'est la commune doctrine de France, et les Romains savent bien qu'ils ne nous la Feront pas abandonner En effet, tous ces bruits sont tombés, et la déclaration, avec l'arrêt et le plaidoyer, tout est demeuré sans aucune atteinte, dans Rome même » (Ledieu, dans la Revue Bossuet du a5 juillet 1909, p. 48).
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rement, les élus même, s'il est possible, et s'il nous est permis de le dire après rÉcrilure, auraient été en danger d'être séduits*.
La vérité s'est fait entendre par la voix du Pape et par celle des évêques : elle a appelé la lumière, et la lumière est sortie du sein des ténèbres. Il n'a fallu qu'une parole pour dissiper les nuages de l'erreur; et le remède a été si prompt et si cfFicace, qu'il a elTacé jusqu'au souvenir du mal dont nous étions menacés.
Un des plus saints pasteurs que Dieu, dans sa miséricorde, ait jamais donnés à son Église, un pape digne par son éminenle piété d'être né dans ces siècles beureux où le Ciel mettait au nombre de ses sainis tous ceux que Rome avait élcNés au rang de ses pontifes, est celui que la Providence a cboisi pour faire ce discernement si nécessaire, mais si difficile, entre la vraie et la fausse spiritualité. La gloire en était due à un pontificat si pur, si désintéressé, si pacifique ; il semble que Dieu, dont les yeux sont toujours ouverts sur les besoins de son Église, ait prolongé les jours de noire saint pontife, qu'il ait ranimé sa vieillesse comme celle de l'aigle (pour parler encore le langage de l'Écriture^), et qu'il lui ait inspiré une nouvelle ardeur à l'extrémité de sa course, pour le mettre en état d'être non seulement l'auteur, mais le consommateur de ce grand ouvrage.
L'Église gallicane, représentée par les assemblées des évêques de ses métropoles, a joint son suffrage à celui du Saint Siège : animée par l'exemple et par les doctes écrits de ces illustres prélats qui se sont déclarés si bautement les zélés défenseurs de la saine doctrine, elle a rendu un témoignage éclatant de la pureté de sa foi. La vérité n'a jamais remporté une victoire si célèbre ni si complète sur l'erreur; aucune voix discordante n'a troublé ce saint concert, cette heureuse harmonie des oracles de l'Église. Et quelle a été sa joie, lorsqu'elle a vu celui de ses pasteurs dont elle aurait pu craindre