‹ Correspondance de BossuetChapitre 157 sur 192 · Ps. eu · texte numérisé non relu

Ps. eu

4o6 APPENDICE II.

la contradiction, si son cœur avait été complice de son esprit, plus humble et plus docile que la dernière brebis du troupeau, prévenir le jugement des évêques, se hâter de prononcer contre lui-même une triste, mais salutaire censure, et rassurer l'Église effrayée de la nouveauté de sa doctrine, par la protestation aussi prompte que solennelle d'une soumission sans réserve, d'une obéissance sans bornes, et d'un acquiescement sans ombre de restriction !

Que restait-il après cela, si ce n'est qu'un roi dont le règne victorieux n'a été qu'un long triomphe, encore plus pour la religion que pour lui-même, voulût toujours mériter le litre auguste de protecteur de l'Église et d'évêque extérieur, en joignant les armes visibles de la puissance royale à la force invisible de l'autorité ecclésiastique?

C'est lui qui, après avoir donné aux évêques la sainte consolation de traiter en commun des affaires de la foi, suivant la pureté de l'ancienne discipline, met aujourd'hui le dernier sceau à leurs délibérations, en ordonnant que la constitution du Pape, acceptée par les Églises de son royaume, sera reçue, publiée, exécutée dans ses États.

Nous avons vu avec plaisir les évêques renouveler, en faveur de ce grand prince, ces saintes acclamations, ces vœux si tendres et si touchants que les Pères des conciles généraux ont faits autrefois en faveur des empereurs romains. Qu'il nous soit permis d'emprunter aussi leurs éloquentes expressions, et de dire après eux avec encore plus de vérité : Grâces immortelles au nouveau David, au nouveau Constaiiliu, illustre par ses conquêtes, plus illustre encore par son zèle pour la religion. Vainqueur des ennemis de l'État, il triomphe avec plus de joie de ceux de l'Église. Destructeur de l'hérésie, vengeur de la foi, auteur de la paix, plein de ce double esprit qui forme les grands rois et les grands évêques, roi et prêtre tout ensemble (ce sont les termes du concile de Clialcédoine^): que la Providence, qui lui a donné ce cœur royal

3. Act. VI, dans la collection Mansi, t. VII, col. 178; ou dans Hardouin, Acta concUiornm, Paris, 171 i, in-fol, t. II, p. !\Q0: « Omnes

RÉCEPTION DU BREF. ^oy

et sacerdotal, le conserve longtemps sur la terre pour la gloire de la religion et pour notre bonheur ; que le Dieu qu'il fait régner en sa place, étende le cours de sa vie au delà des bornes de la nature, et que le Roi du ciel protège toujours celui de la terre. Ce sont les vœux des pasteurs, ce sont les prières des Églises, et nous osons dire, Messieurs, que ce sont encore plus, s'il est possible, et vos souhaits et les nôtres.

Ne craindrons-nous point de mêler à des applaudissements si justement mérités les protestations solennelles que le public attend de nous en cette occasion, contre les conséquences que l'on pourrait tirer un jour de l'extérieur et de l'écorce d'une constitution qui ne renferme rien dans sa substance que de saint et de vénérable .^

Mais, sans attester ici avec nos illustres prédécesseurs la foi de ce serment inviolable qui nous a dévoués à la défense des droits sacrés de l'Église et de l'Élat, ne nous suffît-il pas de pouvoir nous rendre ce témoignage à nous-mêmes, que nous marchons avec autant de confiance que de simplicité dans la roule que nos pasteurs nous ont tracée ?

Comme eux, nous adhérons à cette doctrine si pure que le chef de l'Église, le successeur de saint Pierre, le vicaire de Jésus-Christ, le père commun de tous les fidèles, vient de confirmer par sa décision.

Mais, comme eux aussi, et nous devons dire même encore plus qu'eux, nous sommes obligés de conserver religieusement le dépôt précieux de l'ordre public, que le Roi veut bien confier à notre ministère, et de le transmettre à nos successeurs aussi pur, aussi entier, aussi respeclable que nous l'avons reçu de ceux qui nous ont précédés.

Après cela, nous ne nous engagerons point dans de longues dissertations, ni sur la forme générale de la constitution dont nous venons au nom du Roi requérir l'enregistrement, ni sur les clauses particulières qu'elle renferme.

reverendissimi episcopi clamaverunt : Multos annos Imperatorl pio cliristiano; Christus quern colis Ipse teservet... Sacerdoti Imperatori multos annos! »

Nous savons que le pouvoir des évèques et l'autorité attachée à leur caractère, d'être juges des causes qui regardent la Foi, est un droit aussi ancien que la religion, aussi divin que l'institution de l'épiscopal, aussi immuable que la parole de Jésus-Christ même ; que cette doctrine, établie par l'Ecriture, confirmée par le premier usage de l'Eglise naissante, soutenue par l'exemple de ce qui s'est passé d'âge en âge et de génération en génération dans les causes de la foi, transmise jusqu'à nous par les Pères et par les Docteurs de l'Église, enseignée par les plus saints papes, attestée dans tous les siècles par la bouche de ceux qui composent la chaîne indissoluble de la Tradition, et surtout par les témoignages anciens et nouveaux de l'Église de France, n'a pas besoin du secours de notre laible voix pour être regardée comme une de ces vérités capitales que l'on ne peut attaquer sans ébranler l'édifice de l'Église dans ses plus solides fondements.

Que si des esprits peu éclairés avaient besoin de preuves pour être convaincus de cette grande maxime, il suffirait de les renvoyer aux savants actes de ces assemblées provinciales, que la postérité conservera comme un monument glorieux des lumières et de l'érudition de l'Église gallicane. C'est là qu'ils apprendront beaucoup mieux que dans nos paroles quelle multitude de laits, quelle nuée de témoins^ s'élèvent en faveur de l'unité de l'épiscopat.

C'est là qu'ils reconnaîtront que, si la division des royaumes, la distance des lieux, la conjoncture des alTaires, la grandeur du mal, le danger d'en différer le remède, ne permettent pas toujours de suivre l'ancien ordre et les premiers vœux de l'Église en assemblant les évêques, il làut au moins qu'ils examinent séparément ce qu'ils n'ont pu décider en commun, et que leur consentement, exprès ou tacite, imprime à une décision vénérable par elle-même le sacré caractère d'un dogme de la loi ^.

Et soit que les évêques de la province étouffent l'erreur

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