Joan., XI
de dissiper ces nuages qui les environnent et de rompre ces liens qui les retiennent, par une sage contrainte, qui, ménageant le respect dû au sacrement, n'en hasarde jamais la profanation, mais qui, s'affectionnant au salut de l'homme, le porte à n'en pas négliger les moyens, et le force même à les prendre d'une manière utile pour lui, et respectueuse pour les mystères dont il se sent obligé de s'approcher.
Le succès que la Providence a donné à ce moyen efficace, doit convaincre invinciblement qu'il est selon l'ordre de Dieu. Nous voyons un assez grand nombre de véritables convertis chanter avec nous les louanges du Seigneur, se présenter à la sainte table, non seulement avec révérence, mais encore avec dévotion, et remercier tendrement ceux qui les ont pressés d'entrer dans la salle du festin ^^. Nous avons vu dans Nîmes deux de leurs plus fameux ministres'"^ bénir la
la. Cf. Luc, XIV, 23.
i3. « Il est mort depuis quelque temps deux ministres en cette ville, c(^lèbres autrefois dans le parti ; l'un, nommé Gheiron, homme d'esprit et de g^rande érudition ; l'autre, nommé P..., homme de bien, et savant, qui ont donné en mourant des marques publiques de repentir de leurs erreurs et de la sincérité de leur conversion. La grâce que le Roi vient d'accorder à la famille du dernier, en la laissant jouir de la pension entière dont il jouissait, a réjoui tous ceux qu'il avait édifiés par sa vie et par sa mort » (Fléchier au marquis de Chàteauneuf, 4 juin 1699, Lettres choisies. Paris, 171 5, 2 vol. in-13, p. i33). — Elie Cheiron avait été nommé pasteur à Nîmes le 9 mai iG63; il abjura le 4 octobre i685, à la suite d'une expédition de dragons. Depuis, il exerça la profession d'avocat, et, en 1686, le Roi le fit nommer premier consul de Nîmes. Gheiron recevait du Clergé une pension de quatre cents livres. Il dut mourir en 1697. Q"''"l à Pierre Pauihan, ou Paulian, après avoir été ministre à Aiguçs- Mortes, il était passé en 1671, à l'Eglise de Nîmes, et il fit son abjuration le même jour que Gheiron, entre les mains de l'évèque, Jacques Séguier. Il fut, de 1689 ^ ^696, conseiller au présidial. Il recevait du Clergé une pension, dont une partie passa plus tard à Ysabeau d'Alesty, sa veuve, aussi convertie. Il a écrit un Discours sur l'ancienne discipline de l'tJglise de Nîmes, Lyon, 1688, in-12, et Barbier lui attribue encore les Apparitions anglaises, Lyon, 1696, a vol. in-i3. L'un de ses petits-fils, Aimé Henri Paulian (1722-1801) entra dans la Compagnie de Jésus, puis combattit les philosophes, et on a
main qui les avait enlevés à leurs troupeaux, et publier sur cela jusqu'à la mort l'étendue des miséricordes divines dans le temps qu'ils participaient au corps et au sang de Jésus- (]hrist, et qu'ils étaient près de rendre compte au souverain juge de la sincérité de leur conversion.
Pourquoi donc avoir tant de ménagement, au sujet de la religion, pour un peuple qu'on veut toujours regarder comme catholique? Y a-t-il une occasion essentielle dans la vie où l'on n'exige d'eux qu'ils en fassent profession? Sans cela, les charges interdites, les ordres de succession ôtés, les enfants enlevés, les mariages défendus, et les biens confisqués s'ils ne reçoivent en mourant tous les sacrements de l'Église. On les contraint par tant d'endroits ; pourquoi ne les obliger point à s'accoutumer de faire pendant leur vie des actes qu'on leur rend nécessaires à la mort?
M. de Meaux considérera sans doute qu'un penchant naturel a besoin, pour être redressé, d'un contrepoids violent; qu'une conduite molle et relâchée est sans fruit et sans effet pour des esprits opiniâtres ; qu'il ne faut pas laisser ces errants dormir dans le sein de leur erreur ; que c'est les opiniâtrer davantage que de faire servir leur opiniâtreté même à les mettre à couvert de toute contrainte; et qu'enfin, pour bien juger des moyens qui sont les plus efficaces pour les convertir, la meilleure raison est l'expérience.
3" VÈvêque de Rieux à M. de Basville.
La réponse de M. l'évêque de Meaux* roule sur ce principe, qu'il y a deux sortes de nouveaux convertis errants : les
de lui, outre des ouvrages de physique et de mathématiques estimés de son temps, un Dictionnaire philosophico-théologique, Nîmes, 1770, in-8 ; le Véritable système de la nature, Avignon, 1788, 2 vol. in-12, etc. (Haag, France protestante; Biographie Michaud; Voltaire, édil. Garnier, t. XXI, XLIV, etc.. ; Archives nationales, G^ 226 et 24o).
3« — L'évêque de Rieux (1662-1705) était Antoine François de Beptier, fils de Philippe de Bertier, premier président au Parlement de Toulouse (Ga/ita christiana, t. XIII, col. 197)-