Act., I
tlon que les premiers doivent être contraints au vrai culte, suppose qu'ils sont rel'usants aussi bien que les diiïiciles: de sorte que la différence entre les dociles et les difficiles consiste en la vivacité du refus, différence bien trompeuse, puisque l'on voit très souvent que, par un miracle de la grâce semblable à celui de la conversion de saint Paul, que l'on voit, dis-je, que ceux qui se sont élevés avec le plus d'obstination, et qui ont déclamé avec le plus d'ardeur contre la foi de lÉglise, sont des vases d'élection dans le trésor de la Providence, et que plusieurs qui se montrent dociles à recevoir l'instruction et a venir à la messe couvrent, par rr bel extérieur, une indifférence de religion pire que l'obstination des autres : de sorte que tous ceux qu'on appelle nouveaux convertis, qui ne font pas leur devoir, devant être tous corrigés ou châtiés par des peines convenables, et les présomptions générales pour en faire le discernement étant incertaines ou équivoques, on ne voit pas sur quoi on peut fonder la diversité de conduite ; et qu'au contraire, n'y ayant aucun de ces prétendus nouveaux convertis qui n'ait fait abjuration de l'hérésie, il faut que la loi du Souverain soit la même pour tous, et que l'application en soit réservée aux magistrats départis dans les provinces, avec pouvoir de la modérer suivant les hypothèses ^ ; et au surplus réserver les épreuves de la sincérité aux pasteurs, qui jugeront de la bonté de l'arbre par les fruits, avant de les admettre aux sacrements. Je dis aux sacrements en général, parce que, par exemple, je ne tiens pas que celui qui ne témoigne pas un désir sincère d'avoir la vie en soi, par la réception du corps et du sang de Jésus-Christ, soit capable de la résurrection spirituelle par l'absolution sacramentale, et de recevoir les sacrements que nous appelons des vivants. Ainsi je blâme de toute ma force qu'on expose à des refus sacrilèges l'offre de la sainte communion.
Enfin, comme les peines des deux sortes de nouveaux convertis qui ne font pas leur devoir de catholiques doivent être
3» Hypothèses, cas particuliers.
44o APPENDICE IV.
médicinales, et qu'il est nécessaire de le leur faire entendre, afin qu'ils ne conçoivent pas d'aversion contre l'Église et le Roi, comment séparer dans l'esprit la vue que les uns et les autres concevront, que le moyen de les faire cesser, c'est d'aller aux instructions et à la messe? et comment, et pourquoi ne les y pas recevoir lorsqu'ils s'y présenteront, quand on se doutera bien qu'ils ne sont pas convertis sincèrement? Ut incipiant esse quod decreverant finijere ^.
4** Mémoire de VEvêque de Montauban sur les moyens de ramener les nouveaux convertis.
Avant que d'entrer dans la discussion de la difficulté qui est proposée, il est nécessaire de connaître le caractère, l'état et les dispositions des nouveaux convertis, puisque cette connaissance doit être le principal motif d'une décision juste et solide,
La plupart d'entre eux sont dans un état absolu d'indiffé-
4. L'idée, mais non l'expression, se présente plusieurs fois dans saint Aujjnstin. Gh'. Epist. xciii, i6; cv, 5; clxxxv, 3o [P. L., t. XXXIII, col. 329, 398, 806].
4» — Ce mémoire fut rédigé en i6g8, à la suite d'une lettre écrite au nom du Roi par l'arehevêque de Paris à un certain nombre de prélats dont on voulait prendre l'avis sur la manière de procéder à l'égard des protestants et des nouveaux catholiques. Il fait partie du recueil publié par M. Jean Lemoine (Mémoires des éoêques de France, Paris, 1902, in-8). Une copie en fut remise à Bossuet par l'évèque de Montauban, après l'assemblée du clergé de 1700 (Lettre du 12 novembre 1700, p. 363). Nous l'avons consultée au Séminaire de Meaux : elle présente avec le texte donné par M. J. Lemoine quelques légères différences, que nous signalerons. — L'évèque de Montauban, auleur de ce mémoire, était Henri de Nesmond, cousin germain (et non neveu) de François de Nesmond, évèque de Bayeux (t. II, p 237), qui lui céda en 1O82 son abbaye de Chézy-sur-Marne, au diocèse de Soissons. Il était né h Bordeaux, le 27 janvier i65a. de Henri de Nesmond, président au parlement de Guyenne, et de Marie de Tarneau. Après avoir obtenu le septième rang à la licence de 1682, il prit le bonnet de docteur la même année. Il s'adonna à la prédication et se fit remarquer par l'abondance et la douceur do son éloquence. Nommé en 1687 évèque de Montauban, il fut transféré à AIbi en 1703, puis à Toulouse en 17 19, et partout il laissa 1p souvenir de son zèle et de sa charité. Il prit part à plusieurs assem-
SUR LES NOUVEAUX CONVERTIS. /J/ii
rence et de tiédeur : ils demeureront éloignés de l'Église catholique, si on les laisse libres ; ils se réuniront, si on les presse. C'est le caractère des tièdes et des indolents : ils prennent toujours le parti le plus commode, et les inspirations étrangères les déterminent d'ordinaire. Plusieurs nouveaux convertis sont de cette espèce. Comme ils vivent depuis longtemps sans instruction, sans culte, sans prédication et sans aucun exercice de religion, ils ont presque oublié la religion même. Tous sont dans une ignorance grossière des premiers éléments de la foi : ce n'est point une exagération, c'est une vérité ; et ils sont venus au point de ne rien savoir et de ne rien croire.
La foi de ces " nouveaux convertis dépendra des événements : ils se réuniront à l'Église et ils en rempliront les devoirs, si on leur dit que le Roi le veut. C'est toujours beaucoup que de les unir avec nous par les liens extérieurs de la religion : ils seront au moins instruits et catéchisés; et, comme disait saint Augustin ' pour lesdonatistes, peut-être que la grâce de l'unité sera pour eux une source de bénédictions, et produira dans leurs cœurs le désir d'une conversion solide et sincère.
11 y a une autre classe de nouveaux convertis, qui sont bons catholiques dans le cœur, et qui n'osent en faire une profession publique, par la crainte des reproches de leurs parents.
J. Lemoine : a) des.
blées du clerj^^é et présida même celle de 1726. Il mourut le 27 mai 1727. 11 étfiit entré en 17 10 à l'Académie française, où il occupa le fauteuil de Fléchier. Dans ses Œuvres (Paris, 178^, in-12), on a recueilli différentes harangues adressées au Roi, et une longrue lettre pastomle, du i5 juillet 1699, aux nouveaux catholiques de Montauban (Saint-Simon, t. XXI; Gallia chrisliana, t. I et XIII; Salvan, Histoire générale de l'Église de Toulouse, Toulouse, 1 856- 186 1, in-8, t. IV; l'abbé Tricoire, Maillou et ses possesseurs depuis le XV^ siècle, Angoulème, iQoS, in-8; Babinet de Rencogne, les Origines de la maison de Nesmond, Angoulème, 1869, in-8; Fl. Vindry, les Parlementaires français au XVI'^ siècle, t. H, Parlement de Bordeaux. Paris, 1910, gr. in-8; Etat civil de Bordeaux, paroisse Saint-André, GG., p. 382).
I. Epist. cLxxxv, ad Bonifac, i3 [P. L., t. XXXIII, col. 798].
Ml2 APPENDICE IV.
Le nombre de ces catholiques secrets est plus grand que l'on ne pense. Plusieurs m'ont avoué qu'ils sentent le besoin de leurs consciences : ils connaissent qu'il est presque impossible de faire son salut sans un culte, et ils seraient ravis que l'on les y contraignît. On a beau les exhorter, ils ne sont point assez forts pour se mettre au-dessus du respect humain. Quelques-uns d'entre eux vont à la messe en secret: c'est une moisson toute prête pour l'Église, s'il plaît au Roi de donner'' un ordre général qui oblige tous les nouveaux convertis à aller à la messe.
Enfin il y a une dernière classe d'obstinés et d'opiniâtres, qui se feront un mérite de leur résistance et une vertu de leur faux zèle*". C'est à la piété du Roi et à la prudence de ceux qui exécutent ses ordres dans les provinces, à prendre les moyens les plus propres à les réduire. On doit même être persuadé qu'entre ces obstinés'', il y en a peu qui résistent ou aux seules menaces ou aux bienfaits.
Il est à propos de remarquer qu'il y a une très grande opposition entre les anciens catholiques et les nouveaux. On l'éprouve dans les villes mi-parties, comme Montauban : ce sont comme deux peuples différents, qui ne sont liés ni de mœurs, ni de négoce, ni de maria^^es, ni même de société civile. Cette différence, qui est nuisible à la religion et à l'État, et qui produit presque toujours la haine entre les partis, tomberait insensiblement d'elle-même, si on les unissait dans les pratiques et dans l'exercice d'un même culte.
Il ne s'agit point de délibérer si on doit obliger les nouveaux convertis à communier. L'Évangile, saint Paul et les lois de l'Église ordonnent de ne donner les sacrements qu'à ceux qui tâchent de s'en rendre dignes. Plus leur foi ou leurs mœurs sont suspectes, plus les pasteurs doivent observer de précautions prudentes ou de délais salutaires, avant que de les y admettre. 11 faut que les nouveaux convertis les désirent et les demandent longtemps, et on ne peut trop s'assurer de
J. Leinoine : l>) au I\oi donner. — c) de leur :èle. — d) les obslinês.
leurs dispositions pour les recevoir à la participation de nos mystères.
Il ne peut y avoir aucun inconvénient à les obliger d'aller aux instructions, sous quelque peine contre les contrevenants. Si on n'envoie les enfants aux écoles, et les adultes à nos catéchismes-, par quelque loi pénale, on ne pourra jamais avancer l'œuvre de la religion. Ils ne croiront point, et ne seront point instruits s'ils n'écoulent ; et ils n'écouteront pas s'ils n'y sont contraints : on ne doit point espérer qu'ils y aillent d'eux-mêmes. L'instruction ne gêne point leur liberté ; et l'on sait qu'à Rome, on oblige les Juifs d'entendre les catéchistes que l'on leur donne pour les convertir.
Toute la difficulté se réduit donc à savoir si l'on obligera les nouveaux convertis d'aller à la messe. Il semble que l'on ne peut sur cela prendre un meilleur parti que de suivre les maximes et la conduite dont 1 Église d'Afrique s'est servie à l'égard des donatistes. On sait que c'était une Eglise très savante, remplie de l'esprit de Dieu, surtout du temps de saint Augustin, et très exacte pour la discipline ecclésiastique. Personne n'ignore quel a été le schisme des donatistes, et dans sa naissance et dans son progrès : on en peut voir les circonstances dans saint Augustin et dans Optât 3; et Henri Valois en a fait une relation très curieuse, à la fin de ses notes sur l'Histoire d'Eusèbe de Césarée*.
Il suffît de remarquer que les donatistes furent très puissants dans l'Afrique ; qu'ils y avaient des villes, des provinces, des églises et des évoques ; qu'ils y érigèrent autel contre autel, et que le schisme devint si considérable, qu'il
2. Deforis avait d'abord imprimé: catécliismes; puis il a donné: catécliistes, dans son errata. Sa nouvelle leçon n'est justifiée ni par les manuscrits ni par le sens.
3. Optât. Milev., De schismaie Donatistarum, dans Migne, t. XI, et dans le Corpus scriptor. eccles. latin, de Vienne, t. XXVI j S. Augustin., De unico baptisinate ; Contra Fulgentium donatistam ; De unitate Ecclesix ; Contra Cresconium ; Breviarium collationis tertiœ ; Epist. XGII, ad Vincentium Rogatistam; etc.
(\. Ej<Jc6''ou toj na;i<p'!Xo'j 'ExxXTjaiacrci/T] laiopîa, grec-latin, Paris, lôôg, in-foi., p. 289 à 3o4.
n'était pas encore tout à fait éteint dans le vi® siècle, comme on le voit dans les Lettres du pape saint Grégoire^. Les évêques catholiques ne négligèrent ni exhortations, ni prières, ni conférences amiables et pacifiques, pour ramener les donaiistes. Plusieurs, qu'on avait mis à la place des prélats schismaliques chassés de leurs sièges, offrirent de les leur rendre, s'ils voulaient renoncer à leurs erreurs et revenir à l'unité. Mais toutes les voies de paix furent inutiles, et l'Église d'Afrique fut enfin contrainte d'avoir recours aux puissances séculières et à l'autorité des empereurs.
Plusieurs conciles furent assemblés pour ce sujet : celui qui fut convoqué à Carthage, l'an 4o4, envoya à l'empereur Honorius*^ deux députés appelés Évode et Théasius, avec une instruction qui portait qu'il serait très humblement supplié de renouveler les lois pénales que son père Théodose avait établies dans l'Empire pour obliger les donatistes à se réunir à l'Église catholique, afin qu'ils fussent convertis par la crainte, puisqu'ils ne le pouvaient être par le motif de leur salut. Ce sont les termes de l'instruction ; et c'est ainsi que l'Église s'est toujours adressée aux empereurs par voie de recours, quand elle a vu que la parole et l'instruction, qui sont les moyens les plus doux et les plus naturels quand ils peuvent suffire, devenaient inutiles par l'opiniâtreté des hérétiques.
11 est nécessaire de remarquer que les donatistes refusaient d'entrer dans l'unité de l'Église, par les mêmes maximes dont se servent aujourd'hui les nouveaux convertis pour se défendre d'aller à la messe. Il y a de la différence dans les dogmes et dans les erreurs de ces deux partis; mais ce n'est qu'une même chose dans les principes et dans les conséquences. Les donatistes disaient qu'en conscience ils ne pouvaient vivre dans la société et dans la communion de l'Église catholique : qu'elle n'était plus l'Épouse de Jésus-Christ, puisqu'elle ne rebaptisait point ceux qui revenaient de l'hérésie; que le