‹ Correspondance de BossuetChapitre 22 sur 192 · G'est-i\-dire : c'est qu'ils veulent juger · texte numérisé non relu

G'est-i\-dire : c'est qu'ils veulent juger

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après le jugement du Pape, ce qui est une marque de supériorité. Je lui demandai si les évêques, dans les conciles généraux, n'étaient pas de vrais juges, quoique les papes eussent jugé ; à quoi on ne saurait répondre que du verbiage. Il m'avoua à la fin que le tout pouvait passer, et était fait avec grande adresse, mais qu'il savait qu'on voulait s'alarmer làdessus, mais qu'il l'empêcherait de tout son possible. Je l'en ai supplié, et il m'a paru très bien disposé.

Il faut avouer que, dans cette cour, duras est hic sermo . Mais il faut qu'il[s] le passe[nt], par la raison qu'on ne peut rien faire contre la vérité, et qu'ils craignent le clergé de France.

Cette circonstance ne m'est pas trop favorable pour la grâce que je demande.

Je vis samedi le Pape, qui m'accabla d'honnêtetés, et vous aussi, mais qui me parut très dur sur le fait de mon induit. Il m'a dit qu'il y penserait et repenserait. Franchement je crains bien de ne le pouvoir emporter sans M. de Monaco ; ce sera ma dernière ressource. Je prendrai dans deux jours congé de S. S., et verrai ce qui en est et ce qu'on en peut attendre*.

Enfin le Pape donna audience jeudi, au sortir du Saint Office, à M. le cardinal de Bouillon, dont j'ai été très aise. Je sais, et du Pape et de Mgr Aquaviva, que M. le cardinal de Bouillon lui parla un peu durement. Il m'a paru que S. S. avait été très peu contente de cette Éminence ; mais elle a bien voulu faire ce pas par amitié qu'il a pour le Roi, dont M. le cardinal de Bouillon est l'ambassadeur. Quant à sa personne, on ne peut pas, je vous assure, en être plus mal satisfait.

On m'a averti que M. le cardinal de Bouillon avait écrit en Cour que j'avais traversé son audience : il serait bien ingrat et bien méchant, si cela était. Je suis sur que j'ai agi tout au contraire, et ai pris la liberté de témoigner au Pape qu'il ne pouvait rien faire de plus agréable au Roi que de recevoir son ministre. M. lecardinal de Bouillon m'a fait l'honneur de me

8. M. de Monaco lui-même ne put obtenir la faveur si dt^sirre.

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remercier des pas qu'il sait que j'ai faits là-dessus. Je puis vous assurer que ce qui a le plus déterminé le Pape à accorder l'audience, a été de voir que tous les Français, même ceux que iM. le cardinal de Bouillon n'aimait pas, étaient tous réunis à lui faire avoir audience^, et tâchaient de lui faire séparer le ministre d'avec le cardinal.

J'attends d'avoir vos lettres de Florence*^, et vous écrirai sûrement de Florence le premier ordinaire.

On attend ici avec curiosité le procès-verbal de Reims et de Cambrai.

Je tiendrai M. Phelipeaux gai et gaillard **.

Voilà une nouvelle vengeance*^ de Mgr Giori. Il n'oublie aucun bon otfice auprès do S. S. pour ma grâce ; mais je puis vous assurer, et je crois m'y connaître, qu'elle est moins bien disposée pour moi à présent qu'il y a huit jours. Je ne fais et ne ferai semblant de rien.

Je tire sur M. Soin^^ par cet ordinaire une lettre de change de 338 livres pour l'espamglionzine ** rouge et noir que vous avez demandé. J'en envoie le mémoire et le compte. La lettre de change est adressée à M. Soin, si je ne me trompe, à huit jours de vue, premier et second argent reçu par le sieur Bonhomme.

J'ai été obligé, pour payer ici ce que je devais et pour les frais de mon voyage, de tirer sur mon frère près de quinze mille livres depuis quatre mois, et je ne sais si cela suffira.

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