‹ Correspondance de BossuetChapitre 24 sur 192 · Voir plus haut, p. 87, 45 et · texte numérisé non relu

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Lettre i95i. — L. a. n. s. Archives départementales, à Melun.

66 CORRESPONDANCE [juin 1699

fera diligence ' . Il vous dira le progrès et la fin du petit mal que j'ai eu. C'a été une tumeur dans un lieu très incommode, qu'il a fallu ouvrir avec la lancette. Il en est sorti beaucoup de matière, après quoi j'ai été entièrement soulagé et en état le lendemain d'aller au-devant de M. l'ambassadeur, qui enfin est arrivé de samedi 20^ de ce mois. Je me suis purgé avant-hier, et dans trois jours je pars très certainement, et ne ne vous écrirai plus d'ici, s'il plaît à Dieu.

Je n'ai point reçu de lettre de Paris les deux derniers ordinaires ; je suppose que je trouverai tout à Florence, d'où je vous écrirai la première fois.

M. Poussin vous dira tout le particulier de ce qui se passe ici. Il me presse d'écrire sur le cardinal de Bouillon et la dernière affaire^. Je vous dirai que ce cardinal a tous les sujets du monde de se louer de moi ; mais il est assez malin pour ne le vouloir pas faire : au contraire, il n'aime [pas] les gens à qui il peut avoir quelque obligation. Ce que j'ai cru devoir faire, je l'ai fait par un autre principe que celui d'avoir l'honneur de ses bonnes grâces.

J'ai commencé ce matin à entretenir M. le prince de Monaco. J'en suis très content ; il fera assurément des merveilles ici^ Il est capable de tout, veut être instruit, est noble, magnifique et aime le Roi. Le Pape ne peut plus souffrir le cardinal de Bouillon, et veut voir le prince de Monaco, quoiqu'il n'ait point fait d'entrée.

Je parlerai demain à ce ministre de la grâce que je demande, que je n'aurai point sans son secours.

1. Bouillon avait obtenu du Roi le rappel de Poussin. Malgré ses sujets de plainte contre son secrétaire, il le recommanda à la bienveillance du ministre. Mais, plus tard, il détourna celui-ci de le renvoyer occuper le poste de M. de La Boullaye (Affaires étrang-ères, Rome, t. /joo, f» 181 ; t. 4oi, f°^ iio, 226 et 228; t. 4o2, f»^ 52

et 70-

2. Le différend survenu entre Bouillon et Martinitz, et au sujet duquel l'abbé avait calmé l'irritation du Pape contre le cardinal (Plus haut, p. 87, 45 et 62).

3. Saint-Simon raconte comment les prétentions du prince furent cause de son insuccès à Rome (t. VI, p. 128 et suiv).

juin 1699] DE BOSSUET. 67

Vous pouvez m'écrire à présent à Turin. Je me porte bien, Dieu merci, et vous souhaite une santé parfaite.

Je n'ai que faire de vous recommander M. Poussin.

T952. — A MiLORD Perth.

A Germigny, 29 juin 1699.

Il a fallu à Sa Majesté ' une bonté extrême pour vouloir bien se donner la peine d'écrire la lettre que j'ai osé prendre la liberté de lui demander en faveur de mon neveu. Il n'a pas voulu paraître à la cour de Modène sans s'y montrer sous les marques de la protection de la Reine. Je vous supplie, Milord, d'en faire à Sa Majesté, avec une profonde soumission, mes très humbles remerciements, et de me croire toujours avec un respect sincère,- etc.

1953. — L'Abbé Bossuet a son Oncle.

Rome, ce 39 juin 1699.

Je vous écris un mot par le courrier que M. de Monaco renvoie à la Cour. Je pars sans faute demain*. J'ai pris congé

Lettre 1952. — i. La reine d'Angleterre, Marie Béatrix Éléonore d'Esté (1658-1718), fille d'Alphonse IV, duc de Modène, et nièce de Renault d'Esté, d'abord cardinal, puis duc de Modène en 1696 (Cf. J. D\i\on, Jacques II Stuart, sa famille et les Jacobites à Saint-Germain, Saint-Germain-en-Laye, 1897, in-12).

Lettre 1953. — Une copie préparée par les Bénédictins, au Grand séminaire de Meaux.

I. L'abbé, accompagné de Phelipeaux, quitta Rome seulement le 2 juillet (V. la lettre suivante et le ms. d'Avignon, n" i435, f**® ig5 et 116).

68 CORRESPONDANCE [juin 1699

ce matin de S. S., dont j'ai reçu toutes les marques de bonté imaginables, pour vous et pour moi. Je vous rendrai compte du particulier de cette audience. Il m'a prié de vous assurer, aussi bien que M. de Paris, de son affection, de son estime et de tout ce que vous pouviez désirer. J'ai entendu sa messe ce matin ; il se porte fort bien. J'ai su qu'il avait de la peine à m'accorderla grâce de l'induit, que je lui ai demandée : il a dit qu'il craignait l'exemple. J'ai cru ne devoir pas hasarder un refus, parce que M. de Monaco aurait plus de peine à ramener le Pape après. Le ministre a reçu des ordres de s'employer pour moi dans cette affaire. Je lui ai donné votre lettre, et il m'a comblé de bontés. 11 veut demander cette grâce à S. S. à sa première audience : je lui ai donné toutes les instructions nécessaires. M. le cardinal Pancialici m'a encore donné parole ce matin qu'il ne meserait pas contraire. M. l'ambassadeur lui en parlera d'abord. J'ai lieu de tout espérer des offices de ce ministre, qui eut samedi sa première audience de S. S., conduit par M. le cardinal de Bouillon. On ne peut être plus content qu'est de lui le Pape, qui m'a fait l'honneur de s'étendre beaucoup avec moi sur ce sujet, ce matin.

Je vous dirai les correspondances que j'ai établies ici, qui sont sûres et bonnes et secrètes 2. Comptez à coup sûr que je pars demain. Ma santé est tout à fait bonne ; je suis parfaitement guéri, grâce à Dieu. Je ferai le moins de séjour qu'il me sera possible dans les lieux où je serai obligé de m'arrêter. Vous pourrez m'écrire à Turin dorénavant et l'adresser à l'ambassadeur ou au directeur des postes de France. J'ai une impatience très grande de me voir hors d'ici, et de pouvoir vous rejoindre.

On ne fera ici semblant de rien sur vos assemblées ; on sait tout. On a vu le procès-verbal de Cambrai ; on y reconnaît

3. Par ces correspoudaoces, l'abbé entendait surtout ses relations avec Maille et les autres jansénistes établis à Rome, dans la correspondance desquels il est désigné sous le nom de Polycarpe ou de parent de Fabien.

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bien l'esprit de M. de Cambrai et ses bonnes intentions : cela ne lui fait pas honneur.

Je n'ai pas le temps d'écrire à mon frère, ni de me reconnaître.

1954. T— L'Abbé Bossuet a son Oncle.

Pog^gl-Ronzi, à vingt milles de Florence, vendredi 3® de juillet de 1699.

Je vous écris un mot d'ici avant que d'arriver à Florence, où je serai demain à portes ouvrantes, afm que le courrier de France qui doit partir demain matin de Florence puisse vous porter cette lettre, ne sachant pas si il m'en donnera le temps à Florence.

Nous partîmes hier de Rome en bonne santé. Dieu merci, et sommes arrivés jusques ici en très bon état.

J'attends de recevoir par les mains de M. Dupré vos paquets de trois ordinaires, auxquels je ferai réponse si j'ai le temps.

J'ai laissé à Rome tout tranquille sur ce qui se passe en France dans les assemblées provinciales. On a vu le procèsverbal de Cambrai : ils y voient manifestement le caractère et l'esprit de l'auteur. M. le cardinal Casanate me dit avanthier que l'évêque de Saint-Omer avait fait ce que les cardinaux du Saint Office devaient faire, en faisant expliquer M. de Cambrai plus clairement; et que l'attache de cet archevêque à ses explications faisait bien voir ce qu'il retient en lui-même. On ne parlera de rien. Je vois clairement et suis sûr que la cour de Rome n'osera se remuer sur rien. Elle voudrait bien que toutes les assemblées fussent finies, pour n'en entendre plus parler.

M. de Monaco est bien résolu de ne rien oublier pour m'obtenir mon induit. J'ai appris, un moment avant que de

Lettre i9o4. — L. a. n. s. Archives départementales, à Melun,

70 CORRESPONDANCE [juiUet 1699

partir de Rome, qu'un de mes amis ayant parlé de cette affaire au Pape, comme d'une grâce qu'il pouvait m'accorder, et qu'il paraissait même un peu dur de ne me pas accorder dans les présentes circonstances, le Pape avait paru être en disposition de me l'accorder, et avait demandé mon placet. J'en ai fait avertir M. de Monaco, pour pouvoir profiter delà bonne disposition de S. S., qui a la bonté de témoigner à tout le monde son contentement à mon égard.

1955. — Le Prince de Monaco a Bossuet.

Rome, ce 7 juillet 1699.

J'ai reçu la lettre. Monsieur, dont vous m'avez honoré le 29 du mois de mai : je suis très sensible aux expressions obligeantes que vous me faites de votre amitié, qui m'est infiniment chère, et que je voudrais bien pouvoir mériter par de véritables services.

M. l'abbé Bossuet est parti depuis quelques jours : j'en ai été très fâché. Il m'a laissé un mémoire au sujet de l'induit de son abbaye, pour lequel il avait déjà fait quelque tentative inutile auprès du Pape. Je prendrai mon temps pour faire de nouvelles instances à Sa Sainteté, en conséquence même de ce que m'en a écrit M. le marquis de Torcy de la part du Roi * ; et il ne tiendra pas à mes soins ni à mes sollicitations que vous. Monsieur, et M. votre neveu n'ayez tous deux en cela un entier contentement.

Je n'ai encore été admis qu'une fois à l'audience du Saint Père, j'en aurai bientôt une autre : cependant il m'a déjà parlé très avantageusement de vous, m'ayant dit en propres termes qu'il vous regardait comme un évêque également doué de vertus, de piété et de doctrine. M. le cardinal de Bouillon était présent, et je lui dois la justice de vous dire qu'il fit sur

Lettre 1955. — i. Voir Archives des Affaires étrangères, Rome, t. 392, p. i45.

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cela son devoir de même manière que je fis le mien. Je souhaite avoir de fréquentes occasions de le remplir par d'autres endroits, afin de vous donner des preuves convaincantes delà passion sincère avec laquelle je suis bien certainement, Monsieur, votre très humble serviteur.

Le Prince de Monaco^.

1956. — L'Abbé Bossuet a son Ongle.

Florence, jeudi 9® juillet 1699.

J'arrivai ici le lendemain de ma lettre ci-dessus^, et trouvai le courrier de France parti il y avait un quart d'heure. Je reçus en même temps de la main de M. Dupré les deux paquets que vous lui avez adressés du i'^'" juin, et du 7® et 8" du même mois.

La plus grande joie que je puisse recevoir est d'apprendre que votre santé est bonne, et que votre érésipèle n'a aucune suite. Je ne doute point que le bon air de la campagne et les bains ne vous remettent entièrement. Le repos y doit, ce me semble, contribuer encore plus que tout le reste. J'ai trouvé ici cette cour comme je l'avais laissée, et en particulier M. le Grand duc plus honnête et plus plein de bonté que jamais pour vous et pour moi. Gomme M. l'envoyé de France^ m'a voulu loger cette fois-ci chez lui, et ce qui s'appelle me servir de carrosse, etc., M. le Grand duc s'est contenté de m'envoyer un magnifique présent de toutes sortes de rafraîchissements et de provisions ^ J'ai eu l'honneur de le voir trois fois dans

2. Sur une lettre mal datée dans les éditions, voir t. VI, p. 35o. Lettre 1956. — L. a. n. s., écrite au verso de la lettre du 3 juillet.

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