‹ Correspondance de BossuetChapitre 25 sur 192 · Du Pré · texte numérisé non relu

Du Pré

3. Le Grand duc avait, depuis plusieurs années, fait venir de France, afin de lui donner la surintendance de ses jardins et de ses vergers, un carme déchaussé, Jean Gobillard, en religion Fr. Emmanuel de Saint-Fiacre, né à Mauregard, au diocèse de Meaux, qui mourut à Florence le 11 octobre 170^ (^Necrologiam Carmelitarum discalceatorum provinciœ Parisiensis, Paris, 1718, in-ia, p. 100).

72 CORRESPONDANCE [juillet 1699

les quatre jours que j'ai été ici, plus d'une heure chaque fois. Il [in']a paru, comme à tout le monde, que ce prince avait quelque plaisir à m'entretenir. Il m'a paru content de moi. Nous avons parlé de bien des choses, dont je vous rendrai compte quand je vous verrai, et vous jugerez de la confiance qu'il a bien voulu avoir en moi, et qu'il compte sur vous comme sur un ami. Les expressions et les sentiments qu'il a sur votre sujet sont au delà de tout ce que je puis vous dire.

Le premier jour que j'eus l'honneur de le voir, il me dit qu'il m'attendait pour voir avec moi ce qu'il pourrait faire pour M. de Madot; et puis me dit qu'il lui avait destiné le commandement d'une compagnie de carabiniers à cheval, de deux cents maîtres*, qui est tout ce qu'il a de meilleur, de plus honoiable et de plus utile en même temps. Vous croyez bien comme j'ai été sensible à ces marques essentielles de bonté. M. de Madot est plus que content : il vous marquera en détail et plus au long ce que c'est que cet emploi. S. A. S. m'a promis de vous envoyer les portraits de lui et de sa maison, que vous souhaitez ; et la demande que je lui en ai faite, lui a été très agréable. Vous lui ferez assurément plaisir de lui écrire en remerciement des bontés dont il m'a de nouveau honoré, de ce qu'il a fait pour M. de Madot à votre seule considération, et des portraits qu'il m'a promis pour orner votre salon de Germigny.

J'ai vu M. le cardinal de Médicis ^ à sa campagne, et ici

4. Maître, soldat à cheval. « Les compagnies de cavalerie sont ordinairement de cinquante maîtres. » (Richelet).

« En arrivant à Florence, M. le Grand duc ayant vu M. l'abbé Bossuet, déclara M, Madot capitaine de sa compag^nie de grenadiers à cheval, à San Sepolchro. Il commande à deux cents grenadiers et h un capitaine qui a une semblable compagnie. Il a de bons appointements. M, le Grand duc n'attendait que l'arrivée de M. l'abbé pour faire cette déclaration « (Phelipeaux à Bertet, de Turin, 8 août 1699, Ms. d'Avignon, 1^35, f" 116). En 1701, Madot fut fait colonel de la cavalerie du Grand duc avec un traitement de deux mille écus (^Ibid., f« 228).

5 François de Médicis, frère du Grand duc, était né en 1660, et avait été créé cardinal en 1686. Voyant ses neveux sans enfants, il

juillet 1699] DE BOSSUET. 78

deux fois M. le Grand prince*^ et Mme la Grande princesse, qui m'ont parfaitement bien reçu. Mme la Grande princesse m'a mené voir, dans la chambre où elle couche, les portraits des princes ses neveux et de Mme la duchesse de Bourgogne^. Elle m'a paru très sensible à l'attention à lui faire plaisir que l'on a eue là-dessus.

Vous aurez vu par mes précédentes l'esprit de la cour de Rome sur M. de Cambrai et sur tout ce qui se passe en France : je n'ai rien appris de nouveau. Je puis vous dire qu'autant mes amis, et en particulier Mme la princesse des Ursins, ont été fâchés de me voir partir, autant M. le cardinal de Bouillon en a été ravi : c'est une épine à son pied de moins. Il m'a dit un adieu très tendre, m'a embrassé, et m'a dit de vous dire que rien ne pouvait empêcher qu'il ne vous honorât et ne vous aimât toute sa vie.

M. l'ambassadeur m'a paru vouloir faire des merveilles pour mon induit. J'espère plus que jamais l'obtenir par son moyen. M. le Grand duc fera aussi agir sous main.

Je vous envoie une lettre de M. le nonce, que j'ai reçue à Rome, par laquelle vous verrez par lui-même les ordres qu'il a reçus du Pape par M. le cardinal Spada sur mon chapitre, et que tout ce que je vous ai mandé là-dessus est bien vrai^. Ne perdez pas cette lettre, je vous en prie.

Vous avez raison de toujours supposer que la cour de Rome est contente de la réception de son décret en France. Ils n'oseront jamais, ou je suis bien trompé, faire paraître làdessus aucun mécontentement.

rendit son chapeau entre les mains du Pape le 19 juin 1709, pour épouser, le i4 juillet suivant, Eléonore de Gonzague, fille de Vincent, duc de Guastalla ; mais il mourut lui-même sans postérité le 3 février 171 1 (Voir Saint-Simon, t. XIII, p. 352; t. XVIII, p. lo/i).

6. Le Grand prince était Ferdinand, le fils aîné du Grand duc. Il avait épousé en 1688 Yolande Béatrix de Bavière, sœur de la Dauphine, et tante du duc de Bourgogne et de ses frères.

7. On se rappelle que ces portraits avaient été faits par les soins de Bossuet(torae VII, p. 4^0, et t. VIII, p. 119, 12^, 2H3, etc.).

8. Le Pape avait donné l'ordre de lémoigner qu'il était satisfait de la conduite de l'abbé à Rome. Cf. p. 42.

7^ GORRESPONDAINGE [juillet 1699

On n'a point parlé dans le bref de S. S. à M. de Cambrai, de la première lettre, où il parle de innocentiam, etc., par deux raisons : l'une, pour ne pas témoigner l'approuver en rien ; et l'autre, parce qu'il n'adressait pas son mandement par cette lettre. On a parlé de la seconde, par laquelle il adressait sa soumission, et qu'on n'a jamais pu voir ici.

Je pars dans une heure pour Bologne. Je marcherai toute la nuit par le clair de lune; j'y demeurerai tout samedi, et en repartirai dimanche 12^ pour Modène. J'ai reçu la lettre de Mme la Princesse. Je repartirai de Modène le i4 pour Venise, où je ferai peu de séjour, pour me pouvoir rendre avant le 20®, si je puis, à Turin, voulant y trouver M. le duc de Savoie, qui doit aller aux eaux vers les Grisons à la fin de juillet^.

Je vous donnerai de mes nouvelles des lieux où je passerai. Je n'écris ni à MM. de Paris, Reims, ni à M. le cardinal de Janson. Je vous prie d'y suppléer pour moi.

Je me porte bien jusques ici. La chaleur est grande; mais je marcherai la nuit, le plus qu'il me sera possible. Je tiens et tiendrai M. le grand vicaire gai et gaillard, s'il plaît à Dieu. Je vous prie de bien remercier M. Dupré,dont je vous envoie une lettre. On ne peut pas me recevoir et me traiter mieux qu'il fait.

Les papalins ont été très maltraités à Venise**^.

1957. — A l'Abbé Bossuet.

A Paris, 12 juillet 1699.

J'ai reçu vos lettres de Rome, du 27 au 29, [par*]

9. L'abbé et son compagnon arrivèrent à Turin seulement le 7 août (Ms, d'Avignon, f" Ii6).

10. Le 20 juin, on proposa au sénat de Venise d'exclure des principaux emplois les nobles ayant des parents pourvus de dignités ou de charges à la cour de Rome. Cette mesure fut approuvée et même aggravée par le Grand conseil (Voir la Gazette de France, 18 et 25 juillet, et 8 août 1699).

Lettre 1951. — L. a. n. s. Grand séminaire de Meaux.

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