‹ Correspondance de BossuetChapitre 30 sur 192 · A M™' CORNUAU · texte numérisé non relu

A M™' CORNUAU

A Meaux, ce jeudi matin, 1699.

Il y a, ma Fille, de la charité à retirer la personne dont vous me parlez de son entêtement: vous lui pouvez montrer 3e que vous trouverez à propos. Elle paraît bonne fille, mais très aisée à surprendre, et qui doit beaucoup craindre l'illusion'.

Cette sorte d'oraison y est fort exposée, à cause qu'on y aime la singularité, et qu'on se met au nombre de ceux qui trouvent bas et vulgaire tout ce qui n'est pas raffiné : mauvais caractère, qui fait des superbes d'autant plus dangereusement trompés, qu'ils s'imaginent être humbles, en croyant que Dieu agit seulement, sans qu'ils fassent rien; ce n'est pas là l'oraison ni la piété que Jésus-Christ nous a enseignée. La simplicité en est la marque ; la voie commune et battue de la charité en est l'âme ; Jésus- Christ en est le soutien. Cette personne m'est fort suspecte de ce côté-là. Il y a bien de la différence

Lettre 1966. — Cent cinquante-deuxième dans Lâchât comme dans Ledieu ; cent cinquante et unième dans Na et Ma ; cent cinquantième dans Ne; cent quarantième de Nd. La date est donnée par Mme Cornuau ; Ledieu indique seulement l'année: 1699. Le mois est incertain.

I. Il s'ag^it d'une personne qui voulait rester passive dans l'oraison, attendant l'action de Dieu. Les qulétistes ont fort abusé de l'état passif. On peut voir, à ce sujet, les erreurs où est tombée Mme Guyon, et dont Fénelon ne s'est pas complètement préservé dans VExamen des principales questions agitées pendant les conférences d'Issy (ch. v), ouvrag'e inédit de l'arclievêque de Cambrai publié dans la Revue des Facultés catholiques de l'Ouest. Anj^ers, avril 1917, p. 474- Cf. Bossuet, Instruction sur les Etats d'oraison, 1. VIII, ch. xxvi et suiv., où l'évêque de Meaux, à l'aide de sainte Jeanne de Chantai, explique très bien jusqu'où peut aller la diminution de l'activité dans l'oraison.

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entre s'exciter doucement et tranquillement, et demeurer immobile et sans action, en attendant que Dieu nous excite. Exhortez cette bonne fille à lire mon traité sur les Etats d'Oraison : elle y trouvera la spiritualité de l'Ecriture et des saints. Surtout il faut agir et s'encourager soi-même, et ne pas contracter une habitude d'orgueilleuse et présomptueuse paresse, qui mène à la langueur, et par la langueur à la mort.

Vous avez raison, ma Fille, de dire que je ne me souviens plus, ou presque plus de tout ce que je vous ai écrit pour votre instruction. Quand ce que Dieu donne pour les âmes a eu son effet, il n'est plus besoin de le rappeler "* avec effort, et il suffit que le fond demeure.

Prenez garde, ma Fille, que je n'approuve que les captivités et les impuissances que peut imposer l'Epoux céleste. Gardez-vous bien de vous en faire à vous-même; allez néanmoins sans scrupule, et préférez ce qui est plus simple à ce qui l'est moins.

Notre-Seigneur soit avec vous''.

1967. — A M™* DE Beringhen.

A Gerniigny, 12 octobre 1699.

Votre lettre m'a trouvé, Madame, prêt à monter à cheval, c'est-à-dire en carrosse, pour aller coucher

a) Ne, V : répéter. — 6) Ledieu a transcrit toute cette lettre, à l 'exception de l 'avant-dernier alinéa.

Lettre 1961. — L. a. s. British Muséum, fonds Egerton 33. Pu-

oct. 1699] DE BOSSUET. g3

à Jouarre après un an et demi d'absence ^ L'abbé et le président^ sont à Paris, où ils apprendront avec joie l'honneur de votre souvenir.

Vous pouvez^ faire entrer Mme de La Martelière\et faire confesser M. l'abbé Priou ^ lorsque vous le trouverez à propos pour celles qui le désirent. J'espère

bliée par M. J. F. Nourrisson, Histoire et philosophie, Paris, 1860, in-18, p. 76.

I. Cette absence prolongée avait eu pour cause la part prise par Bossuet à la querelle du quiétisme.

3. Deux neveux de M. de Meaux, l'abbé Bossuet et son cousin germain Bénigne Ghasot, président à mortier au Parlement de iMetz.

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