‹ Correspondance de BossuetChapitre 45 sur 192 · I. Cf. t. II, p · texte numérisé non relu

I. Cf. t. II, p

janv. 1700] DE BOSSUET. T25

11 faut donc, Monsieur, tenir pour certain que nous n'admettons aucune nouvelle révélation, et que c'est la foi expresse du concile de Trente, que toute vérité révélée de Dieu est venue de main en main jusqu'à nous ; ce qui aussi a donné lieu à cette expression qui règne dans tout ce concile, que le dogme qu'il établit a toujours été entendu comme il l'expose : Sicut Ecclesia catholica semper inlellexil.

Selon cette règle, on doit tenir pour assuré que les conciles œcuméniques, lorsqu'ils décident quelque vérité, ne proposent point de nouveaux dogmes, mais ne font que déclarer ceux qui ont toujours été crus, et les expliquer seulement en termes plus clairs et plus précis.

Quant à la demande que vous me faites, s'il faut, avec Grégoire de Valence, réduire la certitude de la décision à ce que prononce le Pape, ou avec ou sans le concile, elle me paraît assez inutile. On sait ce qu'a écrit sur ce sujet le cardinal du Perron^, dont l'autorité est de beaucoup supérieure à celle de ce célèbre jésuite : et, pour ne point rapporter des autorités particulières, on voit en cette matière ce qu'enseigne et ce que pratique, même de nos jours, et encore tout récemment, l'Eglise de France ^

Nous donnerons donc pour règle infaillible, et certainement reconnue par les catholiques, des vérités de foi, le consentement unanime et perpétuel de toute l'Eglise, soit assemblée en concile, soit dis-

a. Voir t. XI, p. 362.

3. Dans les assemblées provinciales tenues en 1699 pour la réception du bref de condamnation des Maximes des saints.

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persée par toute la terre, et toujours enseignée par le même Esprit*. Si c'est là, pour me servir de vos expressions, ce qui est le plus agréable aux protestants, bien éloignés de les détourner de cette doctrine, nous ne craignons point de la garantir, comme incontestablement saine et orthodoxe.

Mais alors, continuez- vous, il sera difficile de justifier F antiquité de bien des sentiments qu'on veut faire passer pour être de foi dans l'Eglise romaine d'aujourdhui.

Non, Monsieur, j'ose vous répondre avec confiance que cela n'est pas si difficile que vous pensez, pourvu qu'on éloigne de cet examen l'esprit de contention, en se réduisant aux faits certains.

Vous en pouvez faire l'essai dans l'exemple que vous alléguez, et qui est aussi le plus fort qu'on puisse alléguer, de la canonicité des livres que les protestants tiennent pour apocryphes, laquelle passe aujourd'hui pour être de foi dans votre communion contre ce qui était cru par des personnes d'autorité dans r ancienne Église. Mais, Monsieur, vous allez voir clairement, si je ne me trompe, cette question résolue par des faits entièrement incontestables.

I. Le premier est que ces livres, dont on dispute, ou dont autrefois on a disputé, ne sont pas des livres nouveaux ou nouvellement trouvés, auxquels on ait donné de l'autorité. La seconde lettre de saint Pierre, celle aux Hébreux, l'Apocalypse, et les autres livres qui ont été contestés, ont toujours été connus dans l'Eglise, et intitulés du nom des apcMres à qui encore

k. Edit. : le même Saint-Esprit.

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aujourd'hui on les attribue. Si quelques-uns leur ont disputé ce titre, on n'a pas nié pour cela l'existence de ces livres, et qu'ils ne portassent cette intitulation, ou partout, ou dans la plupart des lieux où on les lisait, ou du moins dans les plus célèbres.

II. J'en dis autant des livres de l'Ancien Testament. La Sagesse, l'Ecclésiastique, les Machabées et les autres, ne sont pas des livres nouveaux : ce ne sont pas les chrétiens qui les ont composés ; ils ont précédé la naissance de Jésus-Christ, et nos pères, les ayant trouvés parmi les Juifs, les ont pris de leurs mains pour l'usage et pour l'édification de l'Eglise.

III. Ce n'est point non plus par de nouvelles révélations ou par de nouveaux miracles qu'on les a reçus dans le canon. Tous ces moyens sont suspects ou particuliers, et par conséquent insuffisants à fonder une tradition et un témoignage de la foi. Le concile de Trente, qui les a rangés dans le canon, les y a trouvés il y a près de douze cents ans, et dès le quatrième siècle, le plus savant sans contestation de toute l'Eglise.

IV. Personne n'ignore le canon xlvii du concile III de Garthage", qui constamment est de ce siècle-là, et où les mêmes livres, sans en excepter aucun, reçus dans le concile de Trente, sont reconnus comme livres (( qu'on lit dans l'Eglise sous le nom de divines Ecritures et d'Ecritures canoniques :

5. En 897. Cf. Mansi, Collectio. t. III, p. 891 ; H. Denzi^er, Enchiridion symboloram, dejinitlonum, etc., edit. décima, 1908, p. 42, cite le texte des Statuta concilil hipponensis, reproduit dans le canon XLVII du concile de Carthag^e.

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sub nomine divinarum Scripturarum, etc., canonicœ Scripturœ, etc.

V. C'est un fait qui n'est pas moins constant, que les mêmes livres sont mis au rang des saintes Ecritures, avec le Pentateuque, avec l'Evangile, avec tous les autres les plus canoniques, dans la réponse du Pape Innocent P"^ à la consultation du saint évêque Exupère de Toulouse (cap. 7), en l'an ^o5 de Notre-Seigneur^ Le décret du concile romain, tenu par le pape saint Gélase, fait le même dénombrement au V* siècle, qui est^ le dernier canon de l'Eglise romaine sur ce sujet, sans que ses décrets aient jamais varié. Tout l'Occident^ l'a suivie, et le concile de Trente n'a fait que marcher sur ses pas.

VI. Il y a des Eglises que, dès le temps de saint Augustin, on a regardées comme plus savantes et plus exactes que toutes les autres, doctiores ac diligentiores Ecclesiœ {Dedocir. chr., lib. II, n'' 22). On ne peut dénier ces titres à l'Eglise d'Afrique, ni à l'Eglise romaine, qui avait outre cela la principauté ou la primauté de la chaire apostolique, comme parle saint Augustin : In qua semper apostolicœ cathedrse vigait principatus^ , et dans laquelle on convenait, dès le temps de saint Irénée, que la tradition des apôtres s'était toujours conservée avec plus de soin.

YII. Saint Augustin a pris séance dans ce concile ;

6. Epist. ad Exuperium, 20 febr. 4o5. Cf. Denziger, Enchiridion,

7. Éclil. : et c'est là... sans que ces décrets. — Ex Epist. XLU, an. 495. Cf. Denzig^er, p. 71.

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