XII — II
l62 CORRESPONDANCE ifév. 1700
Je prie Dieu qu'il vous illumine pour démêler les artifices de ceux qui ne travaillent, par des chemins détournés, qu'à donner de spécieux prétextes à l'erreur, et que plus il vous élève et continuera à vous élever^ sur le chandelier, plus il vous rende humble et docile à sa vérité. Je suis en lui, mon cher Seigneur, tout à vous et avec le respect que je dois. J. Bénigne, é. de Meaux.
1990 bis. — A Antoine de Noailles.
[37 février 1700].
(( Eorum^ qui aiunt peccatores nonnullos ita deseri a Z)eo(etc. jusquesà lafin)exconclusionibus theolo-
Eorum qui aiunt peccatores nonnullos itti deseri a Deo ut ab interiore illius luce penitus secludanlur et priventur orani motu, non una est opinio ; alii enim errant dura asserunt peccatori plane obcaecata et indurato peccata nihilominus impulari, alii tolerabilius sentiunt dum neg^ant » (Colleclio judiciorum de novis erroribus, t. III, p. 4 12).
5. Allusion à la prochaine promotion de cardinaux, dont Noailles devait faire partie.
Lettre 1990 bis. — Pièce publiée, pour la partie française, par M. Gasté (cf. p. 160); inédite pour la partie latine.
I. Ce qui suit se trouve en une minute avec corrections et sig-nature autographes, aux Archives Nationales, M 82b, n° 19. Nous allons donner le texte de la consultation appréciée et corrigée par Bossuet, afin que l'on puisse comprendre mieux sa pensée.
Excerptum ex conclusionibus tlieologicis de Peccato et gratia (col. i^r ; sect. 8«).
...Très sunt desertionis gradus : primus gratiam uberiorem, secundus minorem aliam, tertius vero omneni omnino exeludit. Peccata gravia loet2" desertionis gradu in hac vita puniuntur : uulla autem puniri desertione surama ita ut Deusopem oranem peccatori subtrahat, niagis videtur Augustiniopinioni congruereetapertedocetautiiorlibri de l'ocotione gentium. Eorum qui aiunt peccatores nonnullos ita deseri a Deo
fév. 1700] DE BOSSU ET. l63
gicis in regio Lud. Magni Collegio propugnatis, die i/i dec. 1699. Appendice VHP.
Quod hujus divisionispriorparseiToris insimulat, sive iheologica lociitione erroneam reputat sanam et orthodoxam ac multis S. S. P.P. atque optima? nolœ theologis probatam, née non Sacris Scripturis dictisque dominicis valde conformem^ sententiam qua^
ut ab interiori illius luce penitus secludjmtur et priventur omni nootu, non iina est opinio. Alii enim errant, dam asserunt peccatori plane obcœcato et obdurato peccata nihilominus imputari ; alii tolerabilius sentiunt dura negant, etc.
Ilarum conclusionura veritas... propugnabitur die lunae i4' decenibris 1699, in Reg^io Ludovlci Magni collegio Societatis Jesu.
Errant qui asserunt peccatori plane obcTcato et obdurato peccata nihilominus imputari. De qua propositione post accuratun» et dluturnum examen ita sentimus : Ilœc propositio, in quantum erroris insimulat theologorum orthodoxe sentientiuni veram sanamque doctrinam, temeraria est, scandalosa, sanctis Patribus injuriosa ; in quantum vero negat a Deo imputari peccata homini plane obcœcato et obdurato, falsa est, temeraria, scandalosa, piarum auriuin offensive, verbo Dei contraria, latam impiis atque perversis hominibus aperiens viam ad effrenem scelerum licentiam et ad excusandas excusationes in peccatis (Psalm. cxl). Haec eadem propositio magno animarum detrimento rénovât doctrinam a pluribus episcopis nostro saeculo proscriptam in celebribus censuris* adversus exitialem libellum editis qui inscribitur vernacule Apologie pour les ca^uistes, etc., quem et Facultas theologica Parisiensis ** damnandum duxit et reipsa damnavit ob perniclosas plerasque propositiones quarum uni aut pluribus non absimijis est hodierna isthaec propositio: Errant qui asserunt, etc., quae insupei* turpem de peccato philosopliico doctrinam ab Aposlolica Sede*** rejectam clanculura fovere, eique per latus patrocinari non obscure videtur. Datum Parisiis, die trigesima prima et ultima Januarii an. R. S. 1700.
BoiLEAu, T. RouLLAND, Lefeuvre, S. Theologiae professor regius, L. DE Targny, Anquetil, J.-B.-J. Favart.
3. Au-dessus de conformem, non effacé, on lit : consentaneam.
* Censurae Episcoporuni GalHae in librum qui inscribitur Apologie pour les casaistes, iG58 et i65g.
** Censura Facultatis Parisiensis, an. i658. Censura Lovaniensis in simili materia, an. 1657.
*** Decretum Alex. Papae VIII, an. 1690.
i64 CORRESPONDANCE [fév. 1700
asserit peccatori plane obcsecato et indurato nihilominus imputari peccata, temeraria est, scandalosa, Patribus ac theologis contumeliosa (ac vim evangelicae praedicationis ^ sive adhortationis et comminationis infringit).
Quod autem eadem divisio * altéra parte supponit, esse aliquos theologos qui eo modo quo ipsi obcaecationem et indurationem explicant, propter eam peccata imputari negent, falsum est ac temerarium. Quatenus vero eadem propositio significat eam sententiam falso theologis quibusdam attributam, tolerabilem esse, sive tolerabiliorem comparatione facta ad alteram sententiam ; non autem certo et aperte falsam ac nemini theologo tolerabilem visam qua scilicet statuatur obcaîcatos et induratos atque a Deo penitus desertos, justoque judicio, sed occulto, sibi ac suis cupiditatibus omnino traditos, peccato non esse obnoxios, aut eis ipsa peccata quantum vis horrenda non imputari ; falsa item est, temeraria, scandalosa, verbo Dei contraria, erronea, impiis atque perversis hominibus viam aperiens ad effrenam peccandi licentiam et ad excusandas excusaliones in peccatis.
Hœc eadem propositio..., etc., comme dans les qualifications des Docteurs.
Eadem insuper. .. etc., comme dans les mêmes qualifications, excepté que je mettrais simplement eique per latas non obscure patrocinatar , plutôt que
3. Au-dessus de ecclesiasticœ , non rayé, on voit : evangelica' . Le copiste a écrit : prœdicatoris au lieu de praedicationis.
4. Ces deux mots : eadem divisio, sont ajoutés de la main de Bossuet au-dessus de autem altéra.
fév. 1700J DE BOSSUET. l65
patrocinari videlur, et j'ajouterais : ncc sufficit pessimi dogmatis aliqaam partem elidere ut in harum conclusionum prima appendice factam, cum illud in totum, et qaavis specie ohtradatar , radicitas amputari atque ah omni theologiœ lamine arceri oporteat.
Necjue propterea intendimas probare alias haram conclusionum partes, ut est illa appendicis V, de invincibiliignorantiajuris naturalis aliœque ejusmodi aut ea quse spectant (appendice quarta) ad imputandos orthodoxis theologis ac scholis errores gravissimos quos damnant.
J'espère, mon cher Seigneur, que vous trouverez comme moi qu'il n'y a rien de plus important, dans la conjoncture présente, où l'on tâche d'établir qu'il faut être ou janséniste ou moliniste, de venger l'Ecole de saint Thomas de l'erreur énorme de faire Dieu auteur du péché et d'ôter absolument au libre arbitre la faculté ad aller am partem contradictionis. Cela me paraît de la dernière importance. Vous savez néanmoins que je soumets mes lumières aux vôtres, et par la connaissance que j'en ai et par la confiance que Dieu assiste ceux qui sont en place et bénit leur application.
La saine doctrine de saint Augustin et de saint Bernard^ est, premièrement, que les péchés oii l'on tombe par nécessité en conséquence de la désertion et en punition des péchés précédents, sont vrais péchés ; secondement, qu'il ne laisse pas
5. S. Aug^ustin., Opus imperf. contra Julianum, lib. I, xciv [P. L., t. XLV, col. II 10]. S. Bernard., Serm. in Canlic, lxxxi, 7 [P. L., t. GLXXXIII, col. 1174J.
ï66 CORRESPONDANCE [fév. 1700
d'être véritable que Dieu ne refuse jamais tout secours absolument en cette vie au pécheur, quelque endurci qu'il soit, et qu'on doit toujours lui dire que Dieu le veut encore sauver et qu'il est lui-même le seul auteur de sa perte. Troisièmement, que ces deux doctrines sont très compatibles, et que c'est mal à propos qu on les oppose. Quatrièmement, que ces deux Pères, et notamment le premier, lorsqu'ils admettent comme véritable que le péché inévitable n'est pas péché, y mettent toujours l'exception du péché qui est tellement péché qu'il est encore peine du péché. Cinquièmement, que, malgré la nécessité de pécher où l'on tombe comme on vient de voir, la liberté de contradiction^ demeure toujours par le libre choix entre les péchés, à peu près comme dans les péchés véniels '. Si vous
6. La liberté de contradiction est la faculté qu'on a d'agir ou de n'agir pas, de faire telle chose ou de ne pas la faire, comme d'écrire ou de ne pas écrire. Elle se distingue de la liberté que les théologiens appellent libertas contrarietatis, qui est le pouvoir d'agir après avoir choisi entre deux partis contraires, comme aimer ou haïr, mentir ou dire la vérifé. Un pécheur peut être tellement affaibli par ses habitudes mauvaises et ses résistances continuelles à la grâce, qu'il se trouve dans une nécessité morale de p»'clier un jour ou l'autre, bien qu'en chaque cas particulier, il reste touiours libre de ne le pas faire, en sorte que si, en telle ou telle occasion, il évite de pécber, sa faiblesse est telle qu'il succombera dans une autre.
7. Le juste ne peut moralement, avec les secours ordinaires de la grâce, éviter tous les péchés véniels ÇConc. Trideniinum, Sess. M, can. i3); il ne le peut sans un privilège spécial de grâce. Cependant il demeure libre dans chacun des péchés qu'il commet. Cette impuissance morale n'affecte pas chacun des actes en particulier, mais l'ensemble, en sorte que, dans cet acte pris en particulier, il peut éviter le péclié, mais, parle fait de la fragilité humaine, ici ou là, il tombera dans une faute vénielle plus ou moins délibérée (S. Thomas, Sam. th., P, 11^*^, q. 109, art. 8; Suarez, Tractatus de gratia, lib. IX, cap. VIII, art. 17 à 33).
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m'ordonnez de vous rapporter les passages de ces deux saints, je crois le pouvoir faire en peu de jours, aidé de vos ordres et de vos prières.
Pour exposer toute ma pensée, je crois qu'il faut faire la censure en latin et la faire en même temps traduire et publier en français\
J'espère que vous serez content du tour que j'aurai à vous proposer sur la thèse de l'attrition.
J. Bénigne, é. de Meaux.
1991. — Pierre de La Broue a Bossuet.
A Mazerettes, ce 10 mars 1700.
Je vous rends mille grâces, Monseigneur, de toutes vos bontés ; et je commence par me réjouir avec vous du mariage de M. votre neveu. Je ne connais pas la demoiselle, mais on me mande que le mérite de la personne répond à tout le reste ' : ainsi il y a mille sujets de vous en féliciter.
J'ai vu la lettre de M. l'évêque d'Alais : elle ne m'a pas surpris, car je connaisses manières; mais j'aurais cru qu'il vous aurait fait plus d'honnêtetés qu'il ne vous en fait. Vous aurez vu, Monseigneur, dans la lettre que j'ai cru devoir écrire à M. l'évêque de Chartres, combien tout ce que
8. L'archevêque était décidé à publier une censure de ce ^enre. Pour détourner le coup, les jésuites donnèrent d'abord une déclaration dont Bossuet dit qu'elle était pire que la thèse même, puisqu'elle tendait à l'excuser, L'évêque de Meaux, le 29 mars, envoya à l'archevêque le projet d'une rétractation édifiante (Ledieu, t. II, p. 2 1 et 28), et ii est probable que c'est conformément à ce projet que le P. Beschefer fit, le 3 avril, une déclaration dont il sera parlé plus loin.
Lettre 1991. — i. L'abbé Millet, qui fut le précepteur de l'abbé Bossuet, revient souvent dans ses lettres sur l'éloge de Mme Bossuet (Ms. de Lyon, 77^1 à 777, passim). Au contraire, Ledieu se scandalise des familiarités de cette jeune femme avec son beau-frère.
l68 CORRESPONDANCE [mars 1700
M. l'évêque d'AIais dit des prétendus engagements qu'il prétend que j'avais pris avec lui, est faux et sans fondement. Il est étonnant que, le lui ayant nié bien formellement, il ose encore l'avancer, et citer des témoins qui ne le disent pas assurément. Mais ce n'est pas de quoi il s'agit : il s'agit si c'est lui faire une injustice, comme il le prétend ; il s'agit s'il s'est cru déshonoré de ce que M. l'évêque de Montpellier - a été député avant lui, et pourquoi il prétend l'être de ce que je songe à être député après M. l'évêque de Montpellier, à qui c'est moi, et non M. l'évêque d'AIais, qui a cédé. Vous pouvez le demander à M. l'évêque de Montpellier, que vous aurez bientôt à Paris. Il ne fut pas seulement parlé de M. l'évêque d'AIais, qui ne fut que fort peu de jours aux derniers États de Narbonne, où la chose se décida il y a environ quinze mois. Avec tout cela. Monseigneur, je vous avoue que cette concurrence avec un homme dont les manières sont si rudes, ne laisse pas de me faire une extrême peine ; et je souhaiterais fort qu'avant d'en venir à une espèce de combat, qui ne me paraît point convenir à deux évêques, on trouvât quelque moyen d'apaiser M. l'évêque d'AIais. Je ne sais si M. de Basville le pourrait faire; mais je crois qu'il faut auparavant laisser user à M. l'évêque d'AIais toute sa poudre. Il sera plus traitable quand il verra qu'il ne lui reste plus guère d'espérance de réussir : car, s'il n'arrive point de changement, je crois que j'aurai les trois quarts des voix. Mais, encore une fois, il me semble que c'est un scandale dans l'Eglise, qu'on voie deux évêques disputer à qui s'éloignera de son évêché ; et je voudrais bien qu'avant le terme des États prochains, les choses fussent réglées entre nous deux. Vous aurez à Paris, et dans l'assemblée même du clergé, deux ou trois de nos prélats^ qui vous diront ce
a. L'évêque de Montpellier était, depuis 1696, Charles-Joachim Colbert de Croissy.
3. Les évêques du Languedoc députés à l'assemblée de 1700 furent celui de Béziers, pour la province de Narbonne, celui de Montauban pour la province de Toulouse, et celui de Cahors pour la province d'Albi.
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qu'ils pensent de la prétention de M. l'évêque d'Alais : ils savent nos usages, et je ne crois pas qu'ils soient suspects à M. l'évêque d'Alais. Le P. Le Valois, à qui M. d'Alais avait écrit comme pour lui demander conseil, me mande ce qu'il lui a répondu, qui me paraît fort sage : je ne sais si M. l'évêque d'Alais s'en laissera toucher. Ce que je puis vous assurer. Monseigneur, c'est que le seul plaisir de vous voir et de passer quelques mois auprès de vous, m'a fait désirer la députation, et que sans cela je l'aurais déjà cédée sans peine à M. l'évêque d'Alais.
Nos nouveaux convertis font un peu mieux : M. Le Gendre*, intendant de Montauban, a donné ordre à un subdélégué qu'il a dans le pays de Foix, d'ordonner de sa part à tous les nouveaux convertis d'assister à la messe, et qu'il ne leur donnait de terme que jusqu'au premier dimanche de carême, auquel il entendait que tout le monde y assistât. Cet ordre a eu un très grand succès, et il y a eu très peu de personnes dans une paroisse très nombreuse qui n'y soient venues. Ils sont encore venus en plus grande Ibule aux sermons que je leur fais tous les dimanches sur la matière de l'Eucharistie, que je traite avec beaucoup d'étendue, et d'une manière familière, avec les livres à la main. Je ne sais si Dieu bénira nos soins ; mais ces commencements sont heureux.
Je suis toujours avec un respect et une reconnaissance infinie, etc.
1992. — Frémonï a Bossuet.
De Rouen, ce 17 mars 1700.
Le sieur Le Normand, ci-devant curé de Mareuil-la-
[\. Sur Le Gendre, voir plus loin, p. 175.
Lettre 1992. — L. a. s. Bibliothèque de sir Thomas Phillips, à Cheltenham. ln«^dite. — Les renseignements font défaut sur le signataire de cette lettre. Il était sans doute apparenté à Thomas Frémont,
irjO CORRESPONDANCE [mars 1700
Ferlé % dans votre diocèse, m'élant venu trouver en cette ville pour se consoler de sa disgrâce et du malheur qu'il a eu de n'avoir pas obéi, Monseigneur, aux premiers ordres et avis de Votre Grandeur, m'a fait voir la consultation des quatre des plus célèbres avocats du Parlement de Paris en matière bcnéliciale, qui sont unanimement d'avis qu'il est toujours en état et en pouvoir de résigner ou permuter sa dite cure, attendu l'appel interjeté de la sentence de votre officiai qui le condamne à s'en démettre dans quatre mois, lequel suspend de droit l'exécution de cette sentence. Plusieurs avocats les plus éclairés de ce parlement sont aussi de même sentiment que ceux de Paris. Fondé sur ces assurances et certitudes de droit, le S' Le Normand a cherché, Monseigneur, dans Paris le plus honnête ecclésiastique que ses amis ont pu lui indiquer par préférence à plusieurs. Ils lui ont donné un bachelier en théologie qui est un ecclésiastique des
qui fig-ure, en 167^, comme procureur au Parlement de Rouen (Bibliothèque Nationale, Tiioisy, ig^, f" 6).
I. Mareuil-la-Ferté, aujourd'hui Mareuil-sur-Ourcq, canton de Betz, département de l'Oise, faisait autrefois partie du diocèse de Meaux. François Olivier Le Normand, curé de cette paroisse, avait, par ses dérèglements, mis Bossuet dans la nécessité de lui demander sa démission ; mais, s'y ét;int refusé, il avait été arrêté, et traduit devant l'officialité, qui le condamna, au mois de novembre i6pq, à sortir du diocèse et à perdre ou permuter dans les quatre mois son bénéfice. De plus, le juge royal de Meaux, qui connut de son affaire pour le cas privilégié, le punit de la confiscation de ses biens et le bannit à perpétuité des bailliages de Meaux et de La Ferté-Milon, par sentence du i4 novembre 1699. Le Procureur général, qui avait réclamé pour l'accusé les galères, fit appel a minima. tandis que le condamné interjetait appel comme de juge incompétent. Le Parlement confirma la sentence du premier juge, sauf en ce qui regardait la confiscation, et il y ajouta le bannissement de la ville, prévôté et vicomte de Paris. L'abbé Le Normand avait été accusé d'avoir, avec la complicité d'une certaine Antoinette Cailla, veuve Claude Lemaire, tenté d'abuser par force de Marguerite Hujart, sa paroisienne. Les gens de Mareuil avaient pris parti pour leur curé; c'est ce qui explique l'indulgence dont il bénéficia en appel (CP. Ledleu, t. II, p. i, et Archives Nationales, X^A ôo^, arrêt du 7 jan^ vier 1700).
mars 1700J DE BOSSUET. 171
plus recommanda blés de Paiis en science, bonne vie, mœurs et mérites, doue d'un esprit doux et pacifique, de toutes les belles qualités qu'on peut désirer, que plusieurs évoques ont désiré avoir dans leur diocèse, avec lequel il a permuté sa dite cure de Mareuil dès le commencement de janvier dernier et envoyé en cour de Rome. C'est ce qui l'oblige. Monseigneur, de supplier très humblement Votre Grandeur, avec tout respect et soumission, d'agréer et trouver bon qu'il ait permuté avec cet honnête ecclésiastique qui l'a tiré du chemin où il était du fâcheux désespoir par ses bons et salutaires conseils pleins de charité et de consolation, [reconnaissant] toutes ses fautes passées, dont il m'a témoigné plusieurs fois être vivement touché et repentant. Il a voulu vous donner, Monseigneur, ce bon ecclésiastique pour curé de Mareuil, afin de réparer par ses bons exemples et conduites le scandale qu'il a causé dans cette paroisse. Il attend de confiance, Monseigneur, dans la bonté de Votre Grandeur, qu'il en espère et attend toute justice-, et moi aussi, en particulier, comme son allié de parenté, qui suis avec un très profond respect,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
Frémont, avocat.
J'adresse celle-ci dans le paquet d'un de mes amis que je prie de faire tenir à Votre Grandeur, qui aura la bonté d'excuser ma liberté.
iggS. — A Pierre de La Broue.
Paris, 19 mars 1700.
J'ai appris. Monseigneur, et c'est de Sa Majesté elle-même, que, dans la ville de Monlauban, tous
2. Le 9 janvier 1701, l'évèque mit fin à cette aflaire en accordant par bonté à l*ancien curé de Mareuil « une pension de trois cents francs pour arrêter ses chicanes » (Ledieu, ibid., p. 170).
Lettre 1993. — Copie authentique au Grand séminaire de Meaux.
172 CORRESPONDANCE [mars 1700
les réunis allaient à la messe, à la réserve de trois ou quatre. Je présume qu'il en est à peu près de même dans la plupart des autres villes de vos quartiers. Je vous supplie de me mander en secret dans quelles dispositions ils sont pour les sacrements, et si cet acte les dispose à les recevoir. Pour moi, j'éprouve le contraire; et ceux qui vont à la messe, à quoi plusieurs sont disposés, et à qui on ne demande autre chose quant à la disposition du cœur, croient s'être acquittés de tout par ce moyen, et ne songent plus à rien du tout ; en sorte qu'on ne trouve pas leur conversion plus avancée. Je crois, au reste, que ceux qui paraissent si contents de cette assistance à la messe, y voient autre chose; et, sans entrer là-dedans, je vous demande pour mon instruction et par rapport à mon expérience, comment vous croyez qu'on peut profiter des exemples que l'on vous donne en vos pays.
J'attends avec impatience votre réponse sur la lettre que je vous ai envoyée, pour en parler encore une fois et encore plus à fond à M. du Maine*. Au reste, je suis à vous avec le respect. Monseigneur, que vous savez.
J. Bénigne, é. de Meaux.
1994. — Pierre de La Broue a Bossuet.
A Toulouse, ce 21 mars i~00.
Nous venons, Monseigneur, de députer M. l'abbé de Catel-