‹ Correspondance de BossuetChapitre 7 sur 192 · Matt,, xxvii · texte numérisé non relu

Matt,, xxvii

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demeureront chargés du reproche d'être des calomniateurs.

Dieu détournera ce malheur. On ne dira rien ici: on attendra dans la ferme espérance que Rome, assistée d'en haut, ne se démentira pas et n'affaiblira pas son propre ouvrage.

Quant à la manière dont nous avons procédé pour l'acceptation du bref, on trouve dans saint Antonin *, parlant des décrets apostoliques, qu'ils ont été acceptata, examinata et approbata; ce qui est plus que nous n'avons voulu dire.

On trouve dans le même auteur, qui n'est pas suspect à Rome, sur le motu proprio, que c'était le terme dont on se servait lorsque le Pape parlait comme docteur particulier. Cette formule est très nouvelle : jamais elle n'a été usitée en cas pareil, et néanmoins nous recevons par respect un décret 011 cette clause se trouve.

Tenez pour certain que le bref d'Alexandre VII, sur la traduction du Missel, n'a jamais été appuyé de ce qui s'appelle lettres patentes ^ ni porté au Parlement.

Au surplus, il suffit de voir l'intitulation au nom

/|. Sur saint Antoniii, voir notre tome II, p. 3i2. Les mots cités ici se trouvent dans sa Summa theologica, p. IV, tit. XII, cap. iv, de errore Fraticellorum, § 28, dans l'édition de Vérone, 1740, t. IV, p. 676. Bossuet s'est souvenu de ces paroles de saint Antonin, dans sa Defensio declarationis cleri GaUlcani, Appendice, l. II, cap. iv.

5. Les lettres patentes, données le 4 avril 1661 pour l'exécution du bref et adressées à l'assemblée du Clergé, n'ont pas été enregistrées au Parlement. Le Roi y déclara lui-même qu'il n'a rien de contraire aux libertés de l'Église gallicane. Le Clergé de France renonça à poursuivre l'affaire et Voisin lra<luisit sans être inquiété l'office de la semaine sainte (Affaires étrangères, Rome, t. 1^3, f° 28 ; cf. notre

t. XI, p. 343).

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du Pape et sa décision, faite avec la pleine autorité de son conseil, confirmée par le jugement des Eglises particulières, pour reconnaître que de droit on y doit toute obéissance. Voilà les maximes dont la France ne se départira jamais.

J'espère demain entretenir ici M. le nonce.

Mme des Ursins mande des merveilles de vous.

S'il ne tient qu'à attendre un peu pour voir M. l'ambassadeur, je suis d'avis que vous l'attendiez. Je suis bien aise, à cela près, que vous vous disposiez à partir le 8 de juin. J'embrasse M. Phelipeaux. Il me tarde bien de vous voir tous les deux.

Je viens d'écrire à Mme la Princesse, pour lui demander des lettres pour la cour de Modène ; et j'espère que Mme de Hanovre d'elle-même voudra bien se souvenir un peu de moi et des bontés dont m'honorait Mme la princesse Palatine \ sa mère.

igSi. — A M"*' DE Beringhen.

A Versailles, 26 mai 1699.

Je vous prie, Madame, de faire examiner votre

6. Voir t. XI, p. 329. Anne de Gonzague de Glèves, dont Bossuet prononça l'oraison funèbre, avait eu trois filles, dont l'une avait épousé M. le Prince, et dont une autre, Bénédicte Henriette Philippe, était, depuis le 27 décembre 167 1, veuve de Jean-Frédéric de Brunswick, duc de Hanovre. Celle-ci se trouvait en 1699 à la cour de Modène, dont le duc avait épousé sa fille aînée et où s'était fait, le i5 janvier, le mariage de sa troisième fille, Wilhelmine Amélie de Hanovre, avec Joseph, roi des Romains. La duchesse de Hanovre mourut à Asnières le 12 août 1780.

Lettre 1931. — L. a. s. Archives de Saint-Sulpice. Publiée dans l'édition de Versailles, t. XLHI, Sup., p. 5o.

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novice par M. Culembouig\ en qui vous et moi nous nous fions.

Je ne refuserai point le dimissoire^ qu'on demande pour le sieur Gabriel Drouet, qui doit entrer à l'Institution ^

Je me repose, Madame, selon vos souhaits, pour me mettre le plus tôt qu'il sera possible en état de visiter la plus noble partie du troupeau*.

J. Bémgne, é. de Meaux.

Suscription : A Madame, Madame l'Abbesse de Faremoutiers, à Faremoutiers.

1. Antoine Ciilemboiirg, ou de Culembourg^, était l'un des confesseurs de l'abbaye de Faremoutiers. Il quitta quelque temps cette m;»ison, mais il y revint et fut ensuite nommé cbanolne par Mme de Beringhen, le 28 avril 1715. Il mourut à Faremoutiers le i5 février 1735, à soixante-dix-neuf ans (Bibl. Nationale, fr. iiSôg).

On ne sait à quelle famille il appartenait. Sans doute il était petitfils de N. de Culembourg, marchand de vins privilégié suivant la Cour, et de Glaire Jacquiau, décédée à Paris le i3 mai 1698, à quatrevingt-six ans, et dont une fille. Claire de Culembourg, épousa Louis Gamart, secrétaire du Roi (Bibliothèque Nationale, Dossiers bleus).

2. Diinissoire, permission donnée par l'évêque à un ecclésiastique de recevoir les Ordres ou de prendre du service dans un diocèse étranger.

3. L'Institution, noviciat de l'Oratoire, situé au faubourg Saint- Jacques (c'est aujourd'hui l'hospice des Enfants-Assistés, rue Denfert- Rochereau, 74)- Gabriel Drouet, fils de Michel (al. Gabriel) Drouet, médecin, et de Marie Augustine Pinondel, né le 26 mai 1680 et baptisé le lendemain à Saint-Nicolas de Rebais. Après ses humanités et sa philosophie faites à Provins, il entra le 28 septembre 1699 au noviciat de l'Oratoire (Bibl. Nat., f. fr. 8622); ordonné prêtre le 9 avril 1707, il fut nommé curé de Saint-Mars, près de La Ferté- Gaucber, et il y mourut le i5 janvier 1729. H eut une sœur, Jeanne Drouet de Saint-Alexis (1683-17/46), religieuse chez les chanoinesses de La Ferlé-Gaucher (Etat civil de Rebais; Archives de Seine-et-Marne, H 878).

^4. Les religieuses de Faremoutiers.

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1982. — L'Abbé Bossuet a son Oncle.

A Rome, ce 26 mai 1699.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de in'ccrire du 4miii, par le courrier ordinaire, et le lendemain vos paquets du 29 avril, par M. Madot, qui est enfin arrivé, après avoir été obligé de rester huit jours en chemin, malade : il est arrivé en bonne santé. Vous croyez bien que j'ai été ravi de le revoir et d'apprendre de vive voix la confirmation et les détails de ce que je savais déjà, et la véritable disposition de la Cour à l'égard de M. de Cambrai, de M. le cardinal de Bouillon et de tout le reste. Je suis très aise que vous soyez content de ce gentilhomme ; pour lui, il est plus que satisfait de vous et de son voyage, qui a déplu, aussi bien que son retour, si fortement à M. le cardinal de Bouillon, que je ne doute pas que vous ne soyez surpris de la vivacité, pour ne pas dire violence qu'il a témoignée à ce sujet*. Je vais vous en faire tout le détail, auquel vous croyez bien que j'ai eu quelque part.

M. de Madot arriva donc ici vendredi, vers le midi : il descendit chez moi, où je le trouvai au retour de quelques visites que j'avais été obligé de faire. Après dîné, je le conduisis très incognito à la Trinité-du-Mont, chez le P. Roslet, évitant toutes les rues de passage et surtout le palais de M. le cardinal de Bouillon. Ce n'était pas par crainte, comme vous le jugez bien, de quelque insulte, mais par ménagement et par égard pour la colère et l'indignation qu'il avait plu à M. le cardinal de Bouillon de témoigner très légèrement contre ce gentilhomme, et ne voulant pas que cette Éminence crût qu'on cherchait à le narguer. De la Trinité-du-Mont, je le

Lettre 1932. — i- Les g^rlefs du cardinal contre Madot et l'abbé Bossuet sont exposés dans ses dépêches du 22 et du 26 mai (Rome, t. 4oi, f^*^ 12/1 et ilik' CF. Revue Bossuet, octobre 1908, p. 226 et suiv.).

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conduisis vers la nuit chez Mme la princesse des Ursins, où je le laissai. J'eus encore cet égard et, si vous voulez, ce respect pour M. le cardinal de Bouillon, de ne le pas loger chez moi. Il est vrai néanmoins que, désirant pourvoir à sa sûreté, je l'avais logé vis-à-vis de chez moi, où il était tout comme avec moi. M. le cardinal de Bouillon sut vers les deux heures de nuit, c'est-à-dire vers les dix heures de France, que M. de Madot était arrivé. Sa tête s'échauffa si fort à cette nouvelle, qu'il n'eut pas un moment de repos jusqu'à ce qu'on eût cherché par tout Rome M. Poussin, son secrétaire, à qui il ordonna en présence de M. le duc de Barwick et de plusieurs autres, de me venir dire de sa part ce que vous verrez écrit dans le billet que je vous envoie. M. Poussin ayant ordre de me trouver, et de ne pas me laisser coucher sans me faire savoir les intentions et les conseils de son Éminence, visita inutilement plusieurs maisons où il ne me trouva pas. Enfin, il parla chez moi à M. Phelipeaux, et lui dicta le billet ci-inclus^, écrit de la main de M. Phelipeaux, excepté les mots soulignés, qui sont de la main du sieur Poussin.

Je reçus donc, avant que de me coucher, ce billet qui, je vous assure, ne m'empêcha pas de dormir, d'autant plus que, le criminel de lèse-altesse n'étant pas logé chez moi, M. le cardinal n'avait pas, ce me semble, le moindre petit prétexte de se fâcher contre moi. J'allai dès le lendemain, samedi, de très bonne heure, chez M. le cardinal de Bouillon, pour m'expliquer avec lui sur ce sujet, et pour lui rendre compte de ma conduite, qui ne pouvait être, ce me semble, plus modé-

2. Voici la teneur du billet en question : « Monsieur Poussin est passé ici pour vous dire, Monsieur, de la part de M. le cardinal de Bouillon, que, comme il se pouvait faire que des gens attachés à lui pourraient se porter sans son ordre à quelque extrémité à l'égard de M. de Madot, qu'on lui a dit loger chez vous, il vous conseillait de l'en faire sortir en vingt-quatre heures : ce que je vous écris, afin que vous sachiez, avant de vous coucher, ce que M. Poussin m'a dit par ordre de M. le cardinal. Je l'ai assuré qu'il ne logeait point chez vous. »

Ce 23 mai au soir. PuELiPEiiux.

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rée, ni plus pleine d'égards et de considération pour lui. M. le cardinal voulut me parler d'abord légèrement et un pied en l'air; mais, sur ce que je pris la liberté de lui demander une demi-heure de conversation sérieuse, il eut la bonté de me l'accorder ; et je pris cette occasion, que je désirais il y a longtemps, pour entrer avec lui dans des explications convenables sur toute ma conduite à son égard, par rapport à l'affaire de M. de Cambrai. Je l'assurai en termes pleins de respect et d'égards, que je n'avais rien fait, rien dit, ni rien écrit que je ne fusse prêt de soutenir et de lui déclarer à lui-même, s'il le voulait bien; qu'ayant toujours agi dans cette affaire la tête levée et en vue du service du Roi, des évêques et de la vérité, j'aurais été le plus coupable et le dernier des hommes, si je n'avais pas averti en France et ici des pièges qu'on voulait tendre pour embrouiller la décision de cette affaire, et si j'avais manqué d'être attentif à toutes les démarches qu'on faisait pour empêcher le jugement dans une cause où il y allait de tout pour la religion, où l'honneur et la réputation des évêques, du Roi même, étaient intéressés; qui enfm a remporté la victoire, qui suit tôt ou tard la vérité. Je lui dis que j'étais prêt à le satisfaire sur tous les points, s'il jugeait à propos d'entrer avec moi dans les détails nécessaires. Je vous proteste que je m'en serais bien tiré, et lui fort mal ; aussi ne crut-il pas devoir accepter mes offres, et se bornat-il à répondre qu'il avait fait son devoir sur tout, et que, s'il était à recommencer, il agirait de même, ne se repentant point de ce qu'il avait fait; qu'il voyait bien qu'il se trouvait dans des circonstances fâcheuses, et qu'on était prévenu faussement contre lui, mais qu'il était au-dessus de tout, etc.

Je vins ensuite à ce qui regarde M. de Madot, et je lui représentai ce que vous pouvez savoir, lui protestant de la part de M. de Madot que tout ce dont on l'accusait à l'égard de son courrier, était un tissu de faussetés. M. le cardinal de Bouillon me parut très irrité contre M. de Madot, ne voulant en aucune manière écouter ses justifications, et lui faisant l'honneur de se déclarer son ennemi. Sur ce qui me touchait, il n'eut pas un mot à répondre à mes raisons, et ne put im-

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prouver la conduite que j'avais tenue à son égard; et j'ose dire qu'il fut content de la manière dont je m'expliquai avec lui là-dessus. Il fut si satisfait, qu'il le témoigna le soir même à M. le duc de Barwick, disant qu'on ne pouvait mieux lui parler que je l'avais fait. Je ne laissai pourtant pas de l'assurer que je ne pouvais ni ne devais abandonner M. de Madot, qui s'était bien voulu sacrifier pour me rendre service, et auquel vous et M. de Paris vous intéressiez; ce qu'il m'a paru ne pas trouver mauvais. Il est vrai que je lui exposai mes raisons avec tontes les mesures imaginables. 11 n'avait pas encore reçu votre lettre qui a passé par les mains de M. de Torcy et dont vous m'avez envoyé la copie. Je lui en ai dit la substance, lui déclarant que vous me la rapportiez dans votre lettre. Sur M. Madot, il m'ajouta qu'il avait su qu'on voulait engager M. le Grand duc à le prendre à son service ; mais qu'il venait de faire déclarer à l'agent de ce prince qu'il ne doutait pas qu'il ne le chassât de ses États à sa considération, et qu il le poursuivrait partout où il se retirerait. Cela me parut un peu violent, et tout le monde en juge de même. Que veut-il donc que devienne ce pauvre malheureux gentilhomme, qui ne peut demeurer en France, qu'il ne saurait souffrir à Rome, et qu'il prétend empêcher d'entrer au service d'un prince ami de la France? Où se réfugiera-t-il, lui qu'il sait n'avoir jamais voulu s'engager au service d'aucune puissance qui pût être ennemie du Roi? Mais j'espère que les bons offices de cette Éminence ne nuiront pas à M. de Madot, auprès d'un prince aussi pieux et aussi généreux que M. le Grand duc. Sûrement il prélérera de remplir les engagements qu'il a pris avec M. de Paris, avec vous, avec M. d'Estrées et M. de Janson, plutôt que de satisfaire la haine de M. le cardinal de Bouillon, qui est poussée aussi loin qu'elle le peut être. M. le cardinal de Bouillon a encore trouvé très mauvais qu'à l'entrée de l'ambassadeur du Grand duc, qui se fit avanthier, dimanche, M. de Madot ait été dans un carrosse de cet ambassadeur ; il a fait de cette action une affaire d'État. Enfin, incapable de garder aucune mesure, son ressentiment a éclaté avec une force qui passe tout ce qu'on peut dire. Mal-

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gré tant de mauvais procédés, M. de Madot s'est toujours conduit avec sagesse et circonspection. Il est resté à Rome uniquement^ pour mettre ordre à ses affaires'', jusqu'à ce soir, qu'il vient de partir pour Florence; et M. le cardinal de Bouillon a évaporé en l'air son injuste colère.

Dans la conversation que j'eus avec cette Éminence, elle me dit qu'en tout autre temps on aurait puni exemplairement en France M. de Madot, mais qu'il voyait bien qu'il serait au contraire peut-être récompensé. Il ne dissimule guère le mécontentement qu'il a du Roi. M. de Madot vous rendra compte de tout, aussi bien qu'à M. de Paris.

Vous apprendrez par les nouvelles publiques l'éclatante affaire qu'a eue, à l'entrée de l'ambassadeur de Florence, M. le cardinal de Bouillon avec l'ambassadeur de l'Empereur. Le carrosse que cet ambassadeur avait envoyé à cette entrée a été obligé de céder à celui de M. le cardinal, et les gens de l'ambassadeur firent sagement ; car il y avait, le long de la route, des hommes armés pour soutenir le carrosse de

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