Editeurs : publiquement, pour mettre
4. « M. de Madot, si vivement exposé à la colère du cardinal de Bouillon, ne resta que deux ou trois jours à Rome pour y terminer ses afTaires. Il se rendit de là à Florence, auprès du Grand duc, qui, à la recommandation de Mi\I. Bossuet, de Janson et de Noailles, lui avait donné de l'emploi dans ses troupes. Le cardinal de Bouillon écrivit au Grand duc pour l'engag^er à lui retirer sa faveur et à le cong^édler de ses Etats. Mais ce prince, ne croyant pas devoir sacrifier ce gentilhomme, répondit au cardinal qu'il avait retenu M. de Madot à son service sur le bon témoignage que M. de Meaux et M. de Paris, en qui il avait une entière confiance, lui en avalent rendu, et qu'il ne voyait aucune raison pour ne pas tenir la parole qu'il leur avait donnée. C'est ce que ce prince fit connaître à l'évêque de Meaux par une lettre du 22 mal 1699, tlans laquelle il lui disait que M. de Madot pouvait l'assurer lui-même des bons sentiments qu'il avait pour sa personne en considération du prélat. Ce prince ne se borna pas à ces premiers bienfaits, et, lorsque l'abbé Bossuet, revenant en France, passa à Florence, M. le Grand duc nomma M. de Madot capitaine de deux cents carabiniers avec des appointements convenables. Il voulut que cet abbé donnât lui-même à ce gentilhomme la nouvelle de cette grâce singulière, pour lui faire comprendre qu'il l'obtenait à la recommandation de l'évêque de Meaux. » (Note de Deforis.) Cf. l'Appendice, p. 388.
26 CORRESPONDAiNGE [mai 1699
M. le cardinal, et qui auraient fait mal passer le temps aux gens de l'ambassadeur. Ce qui fut un peu fâcheux, et qui doit avoir déplu à M. le cardinal, c'est que quelques Français s'avisèrent de courir avant les carrosses, l'épée nue, jusque dans Rome même. Le fait a paru un peu violent, et le procédé trop public. On s'attendait aujourd'hui à une bataille réelle, à l'occasion du cortège qui devait accompagner l'ambassadeur de Florence à Monte Gavallo *.
L'ambassadeur de l'Empereur armait publiquement; on ne s'endormait pas chez M. le cardinal, qui avait près de mille hommes sous les armes. Mais, une heure avant le départ, l'ambassadeur de Florence a jugé à propos de prétexter une indisposition, et a contremandé tous ses équipages. Il doit aller demain sans cortège à l'audience de S. S. : cela s'est fait de concert avec le Pape ; et on est persuadé que l'ambassadeur de l'Empereur n'est pas fâché d'être sorti de cet embarras. M. le cardinal de Bouillon en doit être bien aise aussi. L'ambassadeur de l'Empereur, qui est haï ici extrêmement, courait grand risque. Vous voyez donc que ces deux ministres sont extrêmement animés l'un contre l'autre, et j'en sais bien la raison : depuis trois mois, leurs dispositions sont changées; mais cela serait trop long à expliquer^.
[\. Montecaviillo, palais situé sur la place Navone ; les papes y résidaient habituellement.
5. « Le dimanche, 2/4 mai, le cardinal de Bouillon donna à Rome une nouvelle scène. Le marquis de Vitelli, ambassadeur extraordinaire du Grand duc, fit son entrée publique ; le cardinal, dont les carrosses avaient été insultés deux fois par ceux du comte Martinitr, ambassadeur de l'Empereur, dans les entrées des cardinaux Cornaro et Grimani, envoya ce jour-là beaucoup de g^ens armés pour agir en cas de contestation. Dans les entrées publiques, il n'y a pas de rangs marqués ;les cochers les plus hardis et les plus adroits passent les premiers. Le cocher du carrosse de l'ambassadeur, s'étant aperçu du grand nombre de gens armés, jugea à propos de se retirer dès Ponte- Molo (Vancien Pontc-Milvio) pour ne rien risquer; ce qui n'empêcha pas les gens du cardinal d'accompagner le carrosse de leur maître l'épée à la main. On blâma Fort le cardinal ; car l'ambassadeur lui avait fait des excuses des insultes passées, et ils avaient tous deux vécu depuis dans une grande intelligence. Le mardi suivant, jour
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Cette aiîairc est prise ici très diversement. La manière avec laquelle les choses ont été conduites a eu ses contradicteurs et ses critiques en très grand nombre*^. La seule haine qu'on porte à l'ambassadeur de l'Empereur pourra calmer les esprits sur le procédé du cardinal de Bouillon.
Je compte toujours partir vers le 8 du mois prochain, c'està-dire dans quinze jours, et je vais agir pour mon induit, sans plus attendre M. de Monaco.
On sait ici l'affaire des bénédictins avec les jésuites; mais elle ne fait aucun bruit, et on sera très favorable aux premiers.
Je n'entamerai point l'affaire de Sfondrate. Je sais, il y a longtemps, ce qui retient M. l'archevêque de Paris sur cela. Il croit par ses ménagements devenir cardinal. Le cardinal Albani se sert de ce moyen pour amortir son zèle, et croit par là pouvoir tout faire impunément pour le cardinal de Bouillon et M. de Cambrai.
Je verrai S. S. incessamment. Je dis ce qu'il convient sur la nécessité de défendre les écrits de M. de Cambrai explicatifs de son livre. Il faut toujours agir en France à cet égard de la manière la plus avantageuse, et parler sur la doctrine plus fortement que jamais : tout sera approuvé ici.
Au reste, le curé de Seurre est arrêté. Le Saint Office ne s'est pas fié aux diligences que pouvait faire le cardinal de
destiné à l'audience publique du marquis de Vilelli, le cardinal de Bouillon fit armer cinq à six cents hommes dans son palais. Ce héros s'en était allé dès le lundi à Frescati, pour n'être spectateur de la bataille que de quatre lieues; et il avait confié cette entreprise à Certes, qui était d'humeur à se tenir caché dans le palais pendant qu'on combattrait. Le Pape, averti de cet armement, le regarda comme un attentat à sa souveraineté, qui exposait Rome au pillage; il en fut outré de douleur, et envoya dire au marquis de Vitelli de ne pas venir à l'audience. Le vendredi 3o, le cardinal, de retour de Frescati, fit demander audience au Pape, qui la refusa et dit qu'il attendait l'arrivée du prince de Monaco » (Phelipeaux, Relation. t. II, p. 285).
6. Mais elle obtint l'approbation de Louis XIV (Lettre du i5 juin, Affaires étrangères, Rome, t. SgS, f° 3i6).
28 CORRESPONDANCE [mai 1699
Bouillon. Il a dépêché sur son chemin, et ce malheureux a été arrêté à Florence; il doit être conduit ici incessamment' ; on le dit même déjà arrivé. On prétend qu'il y a aussi des fetnmes arrêtées, qui lui tenaient bonne compagnie à Rome, et qu'il avait emmenées de France. Je ne sais que dire du cardinal de Bouillon sur tout cela. Il est assez probable qu'il aime mieux que ces malheureux soient arrêtés ici que s'ils l'avaient été en France : car, le secret des informations du Saint Office étant impénétrable, on ne saura rien de toutes les erreurs où le fanatisme de leurs maximes les a précipités.
Fabroni et sa cabale ont fait le P. Gabrielli, l'un des examinateurs les plus zélés pour M. de Cambrai, général de son ordre ^.
On traverse tant qu'on peut notre procureur général des augustins^.
Le cardinal Casanate et les autres cardinaux que j'ai vus trouvent très bon ce qu'on fait en France pour l'acceptation de leur décret : ils sont fort contents qu'on ait donné le nom de constitution à leur bref.
Je me porte bien, Dieu merci, et ne respire qu'après le moment où je partirai d'ici, et surtout après celui où je vous reverrai.
1933. — A Alphonse de Valbelle.
A Versailles, 28 mai 1699.
Je reçus ici hier au soir, Monseigneur, vos deux letlres^ de Cambrai du 25. Je me suis trouvé à portée d'en rendre compte à S. M., qui en a été