‹ Correspondance de BossuetChapitre 72 sur 192 · Cf. t. VII, p. 35oet 35i · texte numérisé non relu

Cf. t. VII, p. 35oet 35i

11. [Il indique la xvi^ proposition condamnée par le bref d'Innocent Xli contre le livre des Maximes.]

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qaane âme (de cet état), l'auteur aurait dû dire : ordinairement \

15. D. La M, de Chantai voulait quo ces âmes se contentassent, quand elles ne sentaient plus d'atirait, de dire de temps en temps quelque parole d'abandon et de confiance, et de demeurer en révérence devant Dieu.

R. Je ne blâmerai jamais cela.

16. D. Je comprends bien. Monseigneur, que, sans les oraisons extraordinaires, on peut parvenir à une grande pureté d'amour, et que la purification des péchés n'est point attachée à ces oraisons.

R. Cela est certain.

17. D. Mais cet é(3urement des puissances de l'âme, qui est si bien expliqué au cinquième livre des États d'oraison, pourrait-il se faire sans la contemplation?

R. C'est dans la contemplation que se fait cet épurement : c'est là proprement l'acte de contemplation, cet acte pur, simple et direct ; mais, sans la contemplation, on peut avoir une très grande charité, en quoi consiste la vraie perfection.

18. D. Je n'entends pas bien pourquoi la proposition xiii {(Vlssy) joint à la vie la plus parfaite l'oraison la plus parfaite, parce qu'en expliquant cet article, vous marquez que l'intention de celte proposition est de montrer aux quiétisles, qui s'imaginent être les seuls qui connaissent la simplicité, la manière dont tous les actes se réduisent à l'unité dans la charité.

R. L'oraison et la vie la plus parfaite peuvent être séparées, supposé que l'oraison la plus parfaite soit l'oraison passive. La fin de cette xni^ proposition n'a pas été de marquer que ces deux choses sont inséparables, ni de distinguer les parfaits des imparfaits

la. Voir pourtant Fénelon, Maximes, article XXIII, p. 17G.

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par la réunion des vertus dans la charité, puisque tous les actes méritoires dans les justes doivent être commandés par la charité ; mais les parfaits sont plus fidèles que les autres à rapporter à la charité les actes des vertus inférieures. C'est la vertu universelle, qui comprend sous soi tous les objets des autres vertus, pour s'en servir à s'exciter et à se perfectionner elle-même ; mais les parfaits, quoique plus rarement que les imparfaits, font quelquefois des actes de vertu qu'ils ne rapportent pas à la charité, et qui ne sont pas commandés par elle.

19^ D. Il est dit, p. 4i3 [livre X, article xv], qu'une âme continuellement passive ne pourra pécher, même véniellement.

R. Cela est vrai.

2Q D. Mais ne pourrait-elle pas résister à cet attrait?

R. Dès qu'elle y résisterait, elle ne serait plus passive.

21 D. Ou si Dieu agit avec une pleine autorité, comment cet état est-il méritoire? La sainte Vierge, qu'on suppose dans cet état, est pourtant parvenue à un si haut degré de mérite.

R. Cet état n'est pas méritoire, lorsqu'on n'y a pas lusage de son libre arbitre; mais quelquefois on y agit avec liberté. L'état de la sainte Vierge était méritoire, et au-dessus de tout ce qu'on en peut dire.

22. D- Je sais, Monseigneur, que vous dites en quelque endroit que le libre arbitre agit dans la passiveté ; qu'il y a certaines actions tranquilles que l'âme y exerce ; que cela

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suffit pour y mériter ; que la liberté se conserve même quelquefois dans les extases et les ravissements. R. Tout cela est vrai.

23^ D. Ainsi ma difricultc, c'est qu'il est dit, p. 4i3 de votre livre, comme je viens de le marquer, qu'une âme toujours passive ne pourrait déchoir de la grâce.

R. Quand on pèche, on cesse d'être passif; ce n'est plus alors Dieu qui meut l'âme.

24. D. L'article viii (d'Issy) dit que l'Oraison dominicale est l'oraison journalière de toute âme fidèle. Cela se doit-il entendre à la rigueur? Il est rapporté de la M. de l'Incarnation, carmélite, qu'elle ne pouvait dire un Pater de suite *^, et il me semble que cela se dit encore de quelques autres.

R. Il est vrai ; mais elle avait intention de le dire, elle en disait le principal. Quelqu'un qui manquerait quelquefois de dire le Pater, parce qu'il serait occupé d'autres bonnes choses, et parce qu'il n'y penserait point, ne pécherait pas; mais il n'en serait pas de même de celui qui ne voudrait pas le dire.

25. D. 11 est rapporté dans la Vie de la Mère de Chantal^^ qu'à la messe, pour préparation et action de grâce de la communion, elle demeurait dans la simple union à Dieu.

R. Je ne blâme point tout cela.

26. D- Elle dit*^ qu'ayant voulu, dans le temps de la communion, faire des actes plus distincts. Dieu l'en avait reprise. Je crois donc, Monseigneur, que ce que vous blâmez est un certain laisser- faire Dieu, qui exclut par état la propre excitation.

R. Oui.

i3. Dans sa Vie, par André Duval, p. 663 (Voir notre t. VII, p. 3ao).

i4 Par Maupas du Tour, p. 294.

i5. Ibid.

ig^ CORRESPONDANCE [mai 1700

27. D. Je crois de même que ce que vous désapprouviez par rapport à la contrition, c'est de ne vouloir jamais s'y exci^ ter ; mais que vous n'exigeriez pas toujours d'une personne, qui, loin de faire profession de haïr le péché en la manière que Dieu le hait, sans douleur, sait au contraire qu'on doit s'en affliger, et s'en afflige ; qui va, dans la résolution de ne le plus commettre, chercher le pardon dans le sacrement de pénitence ; vous n'exigeriez, dis-je, pas toujours d'une telle personne qu'allant à confesse, elle fît des actes distincts de contrition, puisque, lors même qu'elle serait demeurée dans son recueillement, il serait à supposer qu'elle aurait eu dans le fond du cœur vraiment la contrition.

R. Cela est vrai.

28. D. Dans une de mes anciennes lettres, je vous demandais comment un pécheur, que Dieu convertirait miraculeusement à la mort, pourrait en un moment faire tous les actes distincts que Dieu a commandés. Vous répondez que Dieu ne convertira jamais parfaitement aucun homme, sans lui faire faire distinctement divers actes que vous expliquez '^ Mais, par la page ii5 [article v du livre IV] de votre livre, il semble que, dans certaines circonstances, un acte d'amour peut suffire à la justification du pécheur.

R. C'est qu'il y a des occasions 011 un acte d'amour, sans songer en particulier à regretter un péché qu'on aurait commis, ne laisserait pas de justifier.

29. D. Dans une autre de vos réponses, parlant sur l'oraison de simple présence de Dieu, vous dites que, quand Dieu retire un long temps son opération, c'est alors le temps de s'exciter comme les autres fidèles. Ces actes courts que pratiquait et que conseillait la M. de Chantai ne sulTiraient-ils pas ?

R. Oui : les actes les plus longs ne sont pas les

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