Édit. : des vérités
mai 1700] DE BOSSUET. 2l5
quelques particuliers ne déroge point à celle dont il s'agit ; mais je parle d'une unanimité d'autorité, à laquelle déroge le combat d'autorité contre autorité, quand on peut opposer Églises à Églises, et des docteurs accrédités les uns aux autres, surtout lorsque ces Églises et ces docteurs ne se blâmaient point pour être de dilTérente opinion, et ne se contestaient rien et ne disputaient^*^ pas môme : ce qui paraît une marque certaine, ou qu'on tenait la question pour problématique et nullement de foi, ou qu'on était dans le fond du même sentiment, comme en effet saint Augustin (à mon avis) n'était point d'un autre sentiment que saint Jérôme.
XLVII, Or, ce que nous venons de dire étant vrai, la perpétuité même reçoit une atteinte. Car elle subsiste, à la vérité, à l'égard du dogme considéré comme une doctrine humaine, mais non pas à l'égard de sa qualité, pour être cru un article de la foi divine ^^ Et il n'est pas possible de concevoir comment la tradition continuelle sur un dogme de foi puisse être plus claire, onze ou douze siècles apros, qu'elle n'était dans le troisième ou quatrième siècle de l'Éi^lise, puisqu'un siècle ne la peut recevoir que de tous les siècles précédents.
XLVIII. Il se peut, je l'avoue, que quelquefois elle se conserve tacitement, sans qu'on s'avise d'y prendre garde ou d'en parler ; mais, quand une question est traitée expressément, en simple problème, entre les Églises et entre les principaux docteurs, il n'est plus soutenable qu'elle a été enseignée alors comme un article de foi connu par une tradition apostolique. Une doctrine peut avoir pour elle plus d'Églises et plus de docteurs, ou des Églises plus révérées et des docteurs plus estimés ; cela la rendra plus considérable, mais l'opinion contraire ne laissera pas d'être considérable aussi, et elle sera hors d'atteinte, au moins pour lors et selon la mesure de la révélation qu'il y a alors dans l'Église, et même absolument, si l'on exclut les nouvelles révélations ou inspirations en