‹ Correspondance de BossuetChapitre 87 sur 192 · Edit. : pour être crue un article de foi divine · texte numérisé non relu

Edit. : pour être crue un article de foi divine

2l6 CORRESPONDANCE [mai 170a

matière de foi. Car toutes ces Églises, quoique partagées sur la question, convenaient alors qu'il n'y a aucune révélation divine là-dessus, puisque même les Églises qui étaient les plus révérées et que vous faites contraires à d'autres, non seulement n'exerçaient point de censure contre les autres et ne les blâmaient point, mais ne travaillaient pas même à les désabuser, quoiqu'elles sussent bien leur sentiment, qui était public et notoire.

XLIX. De sorte que, si une doctrine combattue par des autorités si considérables et reconnue dans un temps pour n'être pas de loi, se soutient pourtant, se répand et gagne enfin le dessus de telle sorte que le Saint-Esprit et le goût présent univeiset de CEglise la font prévaloir jusqu'à être déclarée enlin article de loi par une décision légitime, il faut dire que c'est par une révélation nouvelle du Saint-Esprit, dont l'assistance inlàllible lait naître et gouverne ce goût universel et les décisions des conciles œcuméniques, ce qui est contre votre syslème.

L. J'ai parlé ici suivant votre supposition, que les livres en question ont eu pour eux la plus grande partie des cbrétiens et les plus considérables Églises et docteurs; mais, en etlet, je crois que c'était tout le contraire, ce qui ne s'accommode pas avec le principe du grand nombre, sur lequel certains auteurs ont voulu fonder depuis peu la perpétuité de leur croyance, contre le sentiment des antérieurs, tels qu'Alphonsus Tostatus-''', qui a dit (Ad prol. 11 in Malt., q. 4) : Manel

'à-j. T. X, p. 35 Sa pensée s'éclaire de la comparaison qu'il fait de rEylise avec uu corps. 11 dit qu'une partie considérable pourrait être relrancliée, comme il arriva au temps de l'arianisme, sans que la partie unie avec la tète cessât d'être l'Église catholique. — Alionso Tostado (i4oo-i4ô5), théologien espagnol, à la Fois versé dans la connaissance des langues sacrées et dans les sciences profanes fut un prodige d'érudition selon Scheeben, la Dogmatique, trad. Bélet, Pans, IÔ77, t. 1, u" 1070. Après avoir été député au concile de Bàle, il lut évèque d'Avila, membre du Conseil ro^al de Castilie ei grand rélérendaue. Ses commentaires sur la Bible, imprimés d'abord à Venise par les soins du cardinal Ximénès, ont eu plusieurs éditions, dont la meilleure est celle de Venise, lôgô, i3 vol. in-fol. (Voir

mai 1700] DE BOSSUET. )A']

Ecclesia universalis in parlibus illis quœ non errant, sive illse sinl plares numéro quam errantes, sive non; où il suppose que le plus grand nombre peut tomber dans l'erreur.

Ll. Mais il y a plus ici ; et nous verrons par après, dans la lettre suivante, que non seulement la plupart et les plus considérables, mais tous en effet étaient du sentiment des protestants, qui pouvait passer alors pour œcuménique.

LII. 11 est vrai, suivant votre § 16, que ces livres ont toujours été lus dans les Kglises, tout comme les li\rcs véritablement divins ; mais cela ne prouve pas qu'ils étaient du même rang. On lit des prières et on chante des hymnes dans l'église, sans égaler ces prières et ces hymnes aux Evangiles et aux Épitres. Cependant j'avoue que ces livres que vous recevez ont eu ce grand avantage sur quelques autres livres, comme sur celui du Pasteur et sur les épîlres de Clément aux Corinthiens^^, qu'ils ont été lus dans toutes les Eglises, au lieu que ceux-ci n'ont été lus que dans quelques-unes : et c'est ce qui paraît avoir été entendu et considéré par ces anciens, qui ont enfm canonisé ces livres, qu'ils trouvaient autorisés universellement ; et c'est à quoi saint Augustin parait avoir butté ^^, en voulant qu'on estime davantage les livres reçus apud Ecclesias doctiores et diiigentiores''^.

LUI. Peut-être pourrait-on encore dire qu'il en est, en quelque façon, comme de la version Vulgate, que votre Église tient pour authentique et (pour ainsi dire) canonique, c'est à-dire pour autorisée par vos canons ; mais je ne crois pas qu'on pense lui donner une autorité divine infallible, égale à celle de l'original*', comme si elle avait été inspirée.

Richard Simon, Histoire critique du Vieux Testament, 1. III, cli. xii ; Nie. Antonio, Bib'iolheca vêtus, t. II, p. 255; Ellies du Pin, Histoire des controverses et des matières ecclésiastiques traitées dans le XV^ siècle, t. 1, p. 3i3; Hurter, Nomenclator literarius, t. II, col. 918).

38. Édlt. : aux Corinlliiens et autres. Les mots et autres sont raturés en C.

89. C'est-à-dire: telle paraît avoir été l'intention de saint Augustin.

/io. Les mots : apud Ecclesias, etc., sont raturés en C.

Ai. Édit. : à l'égard de l'original. — La pensée de l'Eglise est

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En la faisant authentique, on déclare que c'est un livre sûr et utile ; mais non pas qu'elle est d'une autorité infallible pour la preuve des dogmes, non plus que les livres qu'on avait mêlés parmi ceux de la sainte Ecriture divinement inspirée.

LIV. Il ne paraît pas qu'on peut concilier les anciens qui semblent se contrarier sur notre question, en disant (avec le § 16), que ceux qui mettent les livres de Judith, de Tobie, des Machabp('s,etc., hors du canon, l'entendent seulement du canon des Hébreux, et non pas du canon des chrétiens. Car ces auteurs marquent en termes formels que l'Église chrétienne ne reçoit rien du Vieux Testament dans son canon, que l'Église du Vieux Testament n'ait déjà reçu dans le sien. J'en apporterai les passages dans la lettre suivante.

LV. Il faut donc recourir à la conciliation expliquée cidessus, savoir, que ceux qui ont reçu ces livres dans le canon, l'ont entendu d'un degré inférieur de canonicité : et cette conciliation, outre qu'elle peut seule avoir lieu et est fondée en raison, est encore rendue incontestable parce que quelques-uns de ces mêmes auteurs s'expliquent ainsi» comme je ferai encore voir.

LVI. Je croirai volontiers, sur la foi de saint Jérôme, que le grand concile de Nicée a parlé avantageusement du livre de Judith ; mais, dans le même concile, on a encore cité le livre du Pasteur d'Hermas, qui n'était guère moins estimé par plusieurs que celui de Judith. Le cardinal Baronius*-, trompé par le passage de saint Jérôme, crut que le concile de Nicée avait dressé un canon pour le dénombrement des saintes Écritures, où le livre de Judith s'était trouvé ; mais il se rétracta dans une autre édition, et reconnut que ce ne devait avoir été qu'une citation de ce livre.

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