‹ Correspondance de BossuetChapitre 98 sur 192 · Prol. in Psalm. i5 [P. L., t. IX, col. 24i · texte numérisé non relu

Prol. in Psalm. i5 [P. L., t. IX, col. 24i

36. Saint Gyprien cite, à plusieurs reprises, tous les livres deutérocanoniques, sauf celui de Judith.

37. Saint Jérôme, Prœf. in Judith [P. L., t. XXIX, col. Sg], dit que ce concile « compta Judith au nombre des Ecritures sacrées ».

mai 1700] DE BOSSUET. 233

canon Sapientiam erudilisslmi Siraridis, qu'il dit ôtrc extra hos, mais dont il recommande la lecture à la jeunesse'^*.

LXXXV. Voici maintenant le premier auteur connu et d'autorité qui, traitant expressément cette matière, semble s'éloigner de la doctrine constante que l'Église avait eue jusqu'ici sur le canon du Vieux Testament. C'est le pape Innocent I, qui, répondant à la consultation d'Exupcre, évèquc de Toulouse, l'an l\ob, païaît avoir été du sentiment catholique dans le fond ^^ ; mais son expression équivoque et peu exacte a contribué à la confusion de quelques autres après lui, et enfin à l'erreur des Latins modernes ; tant il est important d'éviter le relâchement, même dans les manières de parler.

LXXXVI. Ce pape est le premier auteur qu'on sache qui ait nommé canoniques les livres que l'Église romaine d'aujourd'hui tient pour divinement inspirés, et que les protestants, comme les anciens, ne tiennent que pour ecclésiastiques. Mais, en considérant ses paroles, on volt clairement son but, qui est de faire un canon des livres que l'Église reconnaît pour authentiques, et qu'elle fait lire publiquement comme faisant partie de la Bible. Ainsi ce canon devait comprendre tant les livres théopneustes ou divinement inspirés, que les livres ecclésiastiques, pour les distinguer tous ensemble des livres apocryphes, plus spécialement nommés ainsi, c'est-à-dire de ceux qui doivent être cachés et défendus comme suspects. Ce but paraît par les paroles expresses où il dit : Si qua sunt alia, non solum repudianda, verum eliam noveris esse damnanda.

LXXXVII. Non seulement l'appellation de canoniques, mais encore de saintes et divines Écritures était alors employée abusivement : et c'était l'usage de ces temps-là, de donner dans un excès étrange sur les titres et sur les épithètes. Un évêque était traité de Votre Sainteté par ceux qui l'accusaient et parlaient de le déposer. Un empereur chrétien

38. Mansi, t. I, col. A7 et 48, et P. G., t. GXXXVII, col. 211. 89. P L., t. XX, col. 5oi et 5o2. Voir la lettre du 17 août 1701, n°^ XXXIII et xxxiv.

234 CORRESPONDANCE [mai 1700

disait : ISostrum numen, et ne laissait presque rien à Dieu, pas même l'éternité. Il ne faut donc pas s'étonner des termes du concile III de Carthage, que d'autres croient avoir élé le cinquième, ni les prendre à la rigueur, lorsque ce concile dit : Plaçait, ut prœter Scripturas canonicas nihil in ecclesia legatar siib noinine divinaram Scripturarum''^.

LXXXVIII. Gela fait voir qu'on avait accoutumé déjà d'appeler abusivement du nom d'Écritures divines tous les livres qui se lisaient dans l'église, parmi lesquels étaient le livre du Pasteur, et je ne sais quelle doctrine des apôtres^* oiêa/T, xaXojiJLgvr) Twv 'Atco^toXcov, dont parle saint Athanase dans VÉpître citée ci-dessus : item, les Épîîres de saint Clément aux Corinthiens, qu'on lisait dans plusieurs Églises, et particulièrement dans celle de Corinthe, surtout la première, suivant Eusèbe (^Hist. Ec, III, 12) et suivant Denis, évêque de Corinthe, chez Eusèbe (IV, 12)^^. C'est pourquoi elle*^ se trouvait aussi jointe aux livres sacrés dans l'ancien exemplaire de l'Église d'Alexandrie que le patriarche Cyrille Lucaris envoya au roi de la Grande-Bretagne, Charles P', sur lequel elle a été ressuscitée et publiée.

LXXXIX. Tout cela fait voir qu'on se servait quelquefois de ces termes d'une manière peu exacte ; et même Origène compte en quelque endroit le livre du Pasteur parmi les Livres divins : ce qu'il n'entendait pas sans doute dans le

4o. Canon. XLVII, Mansi, t. lll, col. 891. Cf. lettre du 17 août 1701, no xxMi.

4i. Le Pasteur d'Hermas (P. G., t. II]. La Doctrine des apôtres est un opuscule de la fin du premier siècle, dont le texte mentionné par les Pères de l'Eglise, mais perdu depuis longtemps, a été retrouvé et publié par Ph. Bryennios en i883, et est devenu l'objet de nombreux travaux (Voir les Pères apostoliques, I, Doctrine des apôtres, texte et traduction par H. Hemmer, Paris, 1907).

42. Hist. eccles.. lib. III, cap. xii, al. xvi ; cf. cap. xxxii, al. XXXVIII, col 293 ; lib. IV, cap. xxii, al. xxiii [P. G., t. XX, col. 2^9, 387-890].

43. Elle, la i'^ aux Corinthiens est dans le Codex Alexandrinus, dont la première édition futdonnéeà Oxford, en i633, iu-4, avec une traduction latine et des notes de Patricius Junius. Cf. Mansi, t. I, col i65 à 170.

mai 1700] DE BOSSUET. s<35

sens excellent et rigoureux. C'est sur xvi, i/i, aux Romains, où il dit : Je crois que cet llermas est Vauleur du livre quon appelle le Pasteur, qui est fort utile et me semble divinement inspiré''''.

XG. On peut encore moins nous opposer la liste des livres de l'Écriture, qu'on dit que le pape Gélase*'' a (aile dans un synode romain, au commencement du cinquième siècle, où il en fait aussi le dénombrement d'une manière large, qui comprend les livres ecclésiastiques aussi bien que les livres canoniques par excellence, et on voit clairement que ces deux papes et ces synodes de Garlhage et de Rome voulaient nommer tout ce qu'on lisait publiquement dans toute l'Eglise, et tout ce qui passait pour être de la Bible, et qui n'était pas suspect ou apocryphe, pris dans le mauvais sens.

XGI. Cependant il est remarquable que le pape Gélase et son synode n'ont mis dans leur liste que le premier des Machabées, qu'on sait avoir été toujours plus estimé que l'autre, saint Jérôme ayant remarqué que le style même trahit le second des Machabées et le livre de la Sagesse, et fait connaître qu'ils sont originairement grecs.

XCII. Je ne vois pas qu'il soit possible qu'une personne équitable et non prévenue puisse douter du sens que je donne au canon des deux papes et du concile de Garthage ; car autrement il faudrait dire qu'ils se sont séparés ouvertement de la doctrine constante de l'Église universelle, du concile de Laodlcée et de tous ces grands et saints docteurs de l'Orient et de l'Occident que je viens de citer ; en quoi il n'y a point d'apparence. Les erreurs ordinairement se glissent insensiblement dans les esprits, et elles n'entrent guère ouvertement par la grande porte. Ge divorce aurait été fait très mal à propos, et aurait fait du bruit et fait naître des contestations.

^^. In Epist. ad Rom., lib. X, n. 3i [P. Gr., t. XIV, col. 1282]. Cf. leltre du 17 août 1701, n" xix.

45. Le pape Gélase a renouvelé en 1^96 (Mansi, t. VIII, col. i45 et i46) un décret attribué tantôt à saint Damase, tantôt à saint Hormisdas (Voir A. Tliiel, De decretali Gelasii de recipiendis et non recipiendis libris, Braunsberg, 1866, in-4).

236 CORRESPONDANCE [mai 1700

XCIII. Mais rien ne prouve mieux le sens de la lettre du pape Innocent I" et de l'Église romaine de ce temps que la doctrine expresse, précise et constante de saint Jérôme, qui fleurissait à Rome en ce temps-là même, et qui cependant a toujours soutenu que les livres proprement divins et canoniques du Vieux Testament ne sont que ceux du canon des Hébreux. Est-il possible de s'imaginer que ce grand homme aurait osé s'opposer à la doctrine de l'Eglise de son temps, et que personne ne l'en aurait repris, pas même Rutin, qui était aussi du même sentiment que lui, et tant d'autres adversaires qu'il avait ; et qu'il n'eût jamais fait l'apologie de son procédé, comme il fait pourtant en tant d'autres rencontres de moindre importance ? Il est sûr que l'ancienne Église latine n'a jamais eu de Père plus savant que lui, ni de meilleur interprète critique ou littéral de la sainte Écriture, surtout du Vieux Testament, dont il connaissait la langue originale : ce qui a fait dire à Alphonsus Tostatus *^ qu'en cas de conflit, il faut plutôt croire à saint Jérôme qu'à saint Augustin, surtout quand il s'agit du Vieux Testament et de l'Histoire, en quoi il a surpassé tous les docteurs de l'Église.

XGIV. C'est pourquoi, bien que j'aie déjà parlé plus d'une fois des passages de saint Jérôme, entièrement conformes au sentiment des protestants, il sera bon d'en parler encore ici. J'ai déjà cité son Prologas galeatas, qui est la préface des livres des Rois, mais qu'on met, suivant l'intention de l'auteur, au devant des livres véritablement canoniques du Vieux Testament, comme une espèce de sentinelle pour défendre l'entrée aux autres. Voici les paroles de l'auteur : Hic Prologus Scrlplararum quasi galealam principium omnibas libris, quos de hebrœo vertirnus in latinwn, convenire polest^'' . Il semble que ce grand homme prévoyait que l'ignorance des temps et le torrent populaire forcerait la digue du véritable

^6. Tome X. Commentaria in primam parlem Mntthxi, c. i, p. 82.

Page 1