A Etienne Gradi
A Saint-Germain, 3o juin 1679.
Monsieur, être bon citoyen, servir sa patrie et se rendre digne pour ses services d'être regardé comme son libérateur dans des affaires où il y va d'un tout pour elle, est à mon avis la chose la plus agréable et la plus glorieuse qui puisse arriver à un honnête homme. Je souhaiterais, Monsieur, que le sujet qui oblige votre République à vous envoyer au Roi fût moins triste ; mais je suis persuadé que, si elle peut trouver ici quelque remède à ses maux, ce sera par votre industrie et votre prudence. Il est malaisé de vous dire quel pourra être le succès de votre légation', à cause des grandes considérations
Lettre 16. — L. a. s. Archives de l'Etat de Rafjuse, n" 1061, Correspondance de Gradi, f" ix. Publit^e pour In première fois, dans la Revue d'histoire diplomatique, 1907, p. 80 et 87, par M. le comte Louis de Voïnowicli. — Sur Gradi, voir tome 1*', p. 4o6, et tome II, p. 396. Ce personnage avait accompagné Flavio Cliigi envoyé à Paris pour porter à Louis XIV les excuses d'Alexandre '> II au sujet de la garde corse, et, dans ce voyage, il avait fait la connaissance de Montausier et de Bossuel. Aussi s'adressa-1-il fi eux lorsque, menacée par les Turcs, trop faiblement soutenue par le Pape, et abandonnée par l'Espagne comme parle gouvernement de Venise, la répul)li(|ue de Ragiise le cliargea d'aller demander du secours ît Louis \IV.
I. Nous avons dit(t. 1, p. /I07) comment elle échoua. Gradi le raconte ainsi au Sénat de Uagusc : >< Le procédé rigoureux et injuste envers ma personne, l'ordre qui me fut donné de quitter le royaume sans avoir même pris connaissance du but de ma mission, a étonné tout le monde, surtout l'évéqtie de Condom et M. de l'omponne, qui appréciaient en tous points ma démarche. On dit que j'ai été suspecté d'avoir reçu une mission secrète pour des affaires odieuses ?i la Cour de France ( pcr ajjari odiosissiini in quella cortc), et que j'ai été dénoncé au Hoi comme ianséniste et comme auteur d'un livre rempli des
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qu'il y a à faire dans cette matière. Mais vous pouvez tenir pour assuré que le Roi la recevra bien et fera pour vos citoyens tout ce que le bien de son royaume pourra permettre. M. le duc de Montausier vous explique lui-même ses sentiments^. Je lui ai donné, selon votre désir, communication de votre lettre'. Nous sommes tombés tous deux dans le même sentiment, et nous nous sommes trouvés honorés de la part qu'il vous a plu nous donner de votre députation. Nous vous préparerons les voies le mieux qu'il nous sera possible, et pour moi, qui ne puis pas davantage, je tiendrai à gloire de publier le mérite de votre personne. La joie que j'aurai devons embrasser sera extrême. Je vous supplie d'en être persuadé, et que je suis avec toute l'estime possible, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Jac.-Bénig., évêque de Condom.
erreurs de cette secte. On voit à Paris le jansénisme partout. On accuse même le Saint Père d'y appartenir. Et on a cru voir en ma personne un émissaire de Rome chargé par le Pape d'étouffer la persécution que le Roi exerce ave? raison contre cette secte. Le Pape, qui n'est pas dans les meilleurs termes avec le Roi, n'a pas voulu me donner un bref. Il m'a donné seulement la bénédiction apostolique. L'ambassadeur de France était contraire à mon départ. Bref on a voulu faire une méchanceté au Pape (un dispelto al Papa). Cela tourne au déshonneur du Roi, qui tient beaucoup à la g-loire et à l'estime du public. » L'ouvrage auquel fait allusiou Gradi dans cette lettre est la Disputatio de opinione probabili cum Hon. Fabro, Rome, 1678, in-/i. — Ou peut voir dans E. Michaud (^Innocent XI et Louis XIV, t. II, p. 483), une note défavorable à Gradi, envoyée de Rome à Pomponne par l'abbé Servient, le 7 juin 1679.
a. La lettre de Montausier a été publiée par M. Voïnowich, loc. cit., p. 87.