‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 136 sur 211 · D. Gehberon a Bossuet · texte numérisé non relu

D. Gehberon a Bossuet

Lettre d'un théologien à Monseigneur l'Illustrissime Jacques Bénigne Bossuet, évéque de Meaux, touchant ses sentiments et sa conduite à Végard de M. Varchevêque de Cambrai.

Monseigneur,

Tandis que la Cour et même plusieurs savants vous accablent de louanges et d'applaudissements en vous congratulant des victoires qu'ils pensent que vous avez remportées sur un de vos confrères, Monseigneur l'archevêque de Cambrai, je viens mêler mes larmes avec celles de plusieurs autres personnes qui aiment sincèrement l'Eglise et la solide piété, et les verser dans votre sein, gémissant de voir le schisme qui divise aujourd'hui les successeurs des apôtres, et qui forme des partis jusque dans le sanctuaire.

L'on a vu très souvent des évêques s'élever contre d'autres

Lettre 52. — Cette lettre est signée tantôt : R. A., et d'autres fois : René Angevin. Dom Gerberon s'en est reconnu l'auteur dans l'interrogatoire que lui fît subir l'offieial de Malines ; « Ad 100 art. dicit se scripsisse duas litteras contra III™ Episcopum Meldensem quae impressae fuerunt, in quibus respondens conabalur praeiato demonstrare quod in saniori theologia Deus posset aniari pure propter semetipsum, ut contendebat Ill™"s Gameracensis archiepiscopus (^Processus officii Jïscalis ciiriœ ecclesiasticœ Mechliniensis contra D. Gabrielem Gerberon, Bruxelles, s. d. [170/1], in-^, p. 3i, Bibliothèque Nationale, Ld* 6i5).

La présente lettre a été imprimée à Toulouse, D. de Saint-Saturnin, i6y8, in-8, et on en trouve un exemplaire aux Archives Nationales, L'yS'y; celui de la Bibliothèque Nationale, Ld* 667, est incomplet. Elle se trouve plus souvent jointe avec l'Excellent traité de saint Bernard de la grâce et du libre arbitre, Toulouse, D. de Saturnin, 1698, ln-8 (D 19068 (2)), et s. 1. n. d. (D 19057).

Il ne faut pas la confondre avec un opuscule du même D. Gerberon, intitulé : Lettre d'un théologien à Monseigneur l'évêque de Meaux, où l'on réfute la fausse apologie du véritable amour de Dieu, avec deux livres de saint Augustin et un dialogue de saint Anselme traduits nouvellement en français par le sieur de Longbois. Cet opuscule, signé : R. A. (René Angevin), est daté de Beauregard, i5 décembre 1698.

32d CORRESPONDANCE [aoAl 1698

évêques, et ce serait quelquefois manquer à ce qu'ils doivent à leur caractère que de ne s'opposer pas avec une vigueur apostolique aux sentiments de leurs confrères. Mais Votre Grandeur me permettra de lui dire, avec tout le respect possible, que c'est lorsqu'il s'agit de la foi ou de la morale de l'Évangile, et non quand il n'est question que d'une méthode d'oraison ou de quelques principes touchant la conduite intérieure, qui ne blessent ni la foi ni les bonnes mœurs. Elle veut bien souffrir que je lui confesse que les plus éclairés et les moins passionnés ont de la peine à se persuader que le zèle qui pousse avec tant de chaleur un prélat qui se distingue par sa grande piété, soit un pur effet de l'amour qu'on ait pour la vérité, lorsqu'ils considèrent qu'il se trouve en ce royaume tant d'impies et de libertins qui ne pensent à Dieu que pour se railler de ses perfections, tant de disciples de Socin qui renversent tous nos mystères, et tant de rejetons de Pelage' qui combattent ouvertement la vraie grâce de Jésus-Christ et corrompent la morale de son Évangile, sans qu'il paraisse que Vos Grandeurs s'appliquent à détruire ces erreurs et ces impiétés, qui seraient un juste et digne objet d'un zèle vraiment épiscopal.

Je n'oserais prendre la liberté de rien dire de moi-môme à Votre Grandeur. Je l'informerai seulement de ce qui se dit dans le monde touchant vos disputes. Les personnes d'une piété éclairée, lisant avec applications ce que vous avez écrit les uns contre les autres, se sentent de différents goûts. Elles trouvent, disent-elles, dans les écrits de Monseigneur l'archevêque de Cambrai plus de lumière et plus d'onction, des explications claires et chrétiennes qui développent et adoucissent admirablement ce que quelques simples propositions auraient pu avoir de dur et d'obscur, et elles louent cet air de douceur avec lequel il répond et réfute sans offenser : sa soumission leur paraît trop grande et moins digne du rang qu'il tient en l'Église.

i. Gerluîroii, j.inst'-niste, accuse injustcmonl les inoliiiistcs de (léla^ianisme.

aoûl 1698] DE BOSSUET. 325

Elles voient, à ce qu'elles disent à leurs amis, dans les livres de Monseigneur de Meaux un zèle qui attaque avec ardeur et qui n'épargne pas même nos anciens mystiques ou contemplatifs, ni saint François de Sales, pour lesquels on avait eu jusqu'à présent de la vénération, et en qui on n'avait rien découvert des erreurs ou des illusions que quelques-uns prétendent que Votre Grandeur y a aperçues. Si leurs expressions ont quelque chose de singulier, ils les ont expliquées, et on les a toujours entendues dans des sens aussi catholiques que pieux. Et l'on ne pense pas qu'on puisse montrer que la lecture de ces ouvrages ait fait les fanatiques et les visionnaires de notre temps, quoiqu'ils aient pu s'en servir, ou plutôt en abuser, comme de l'Ecriture sainte, pour appuyer leurs rêveries.

De plus, après avoir lu avec attention les écrits qui ont paru de part et d'autre, les dévots éclairés n'y remarquent, disent-ils, rien d'important en quoi vous ne conveniez tous. Si Monseigneur l'archevêque de Cambrai a été trompé par une femme visionnaire, elle a aussi trompé Votre Grandeur, comme vous l'avouez. Et cet archevêque ne rejette et ne condamne pas moins que Votre Grandeur les extravagances et les illusions que vous lui attribuez, mais dont il ne la veut pas croire entêtée. Si ce prélat n'est pas persuadé comme Votre Grandeur que Madame Guion soit tombée en ces excès, ni qu'elle demeure attachée à ses fausses maximes, est-ce là les approuver ? Est-ce les soutenir ? Est-ce en être complice ? Est-ce pour le pousser à bout et pour armer contre lui les puissances ecclésiastiques et séculières? Si Votre Grandeur était convaincue des folies et des entêtements de cette sotte, c'était, dit-on, à vous d'user du pouvoir que Jésus-Christ vous a donné, et de la condamner avec ses visions par un jugement canonique et solennel. Avec cela et sans embarrasser le monde de nouvelles disputes, on eût étouffé ces erreurs, et ceux qui en eussent pu être infatués en fussent revenus.

Enfin les théologiens les plus sincères et les moins prévenus ne peuvent s'empêcher de dire que Votre Grandeur n'admet rien quant au fond que Monseigneur de Cambrai n'admette.

326 CORRESPONDANCE [août 1698

et qu'il rejette tout ce que vous rejetez, à la réserve peut-être que cet archevêque soutient que l'homme peut aimer Dieu sans aucune vue d'intérêt et de récompense, quoiqu'il avoue qu'il ne puisse être aimé que comme souverain bien. Mais, en vérité, Monseigneur, en quoi ce sentiment blcsse-t-il la foi ou les bonnes mœurs, demandent ces théologiens, pour en faire un crime à un prélat de la vertu et du mérite de Monseigneur de Cambrai, et pour le traiter d'une manière, comme ils parlent, si dure et si indigne^ ? Ou plutôt, poursuivent-ils, ce sentiment n'est-il pas très conforme à celui des saints, qui nous ont appris à n'aimer et à ne chercher Dieu que pour Dieu?

Loin que ces théologiens (qui ne sont point de ceux qu'on nommait autrefois jansénistes) trouvent rien en ce sentiment qui soit digne de censure, ils le tiennent pour si véritable et pour si assuré, qu'ils paraissent extrêmement surpris que Votre Grandeur ait voulu entreprendre de le combattre, au grand désavantage, à ce qu'il leur semble, de l'amour de Dieu et de la vraie piété, et à la contusion de l'Eglise romaine, d'où l'on dira que des évêques s'efforcent de bannir le pur amour pour y faire régner une fine cupidité, qui n'aime et ne sert Dieu que pour soi-même ; outre que cela fournit aux libertins des occasions de décrier la dévotion et de traiter de quiétistes et de visionnaires ceux qui voudront s'appliquer à la piété''.

Monseigneur de Cambrai avait pris, selon ces théologiens, un juste milieu en distinguant les fausses maximes qu'on doit fuir pour ne pas tomber dans le (|uiétisme, d'avec les véritables principes que les âmes que Dieu élève h une plus parfaite union a\oc lui doivent suivre, afin de soutenir les intérêts et la gloire de la vraie dévotion sans donner dans les illusions qui la déshonorent. Quoi que vous puissiez écrire et remuer dans toutes les cours, je m'aperçois que les per-

a. L'exemplaire «les Archives Niilioiiiiles donne h lorl : si di(»-m'. Cette fiiiile a él^ «rorrijj/M! dans les autres l'-dilions. 3. Les autres •'■ditinus |)(>rlcul : A la prière.

août 1698] DE BOSSUET. 827

sonnes les plus spirituelles et les plus éclairées ont et auront toujours horreur d'entendre qu'une âme, quelque élevée qu'elle puisse être, ne saurait aimer Dieu sans quelque vue de récompense, et qu'elles détesteront toujours une opinion qui leur paraît si opposée à la vérité et si injurieuse à la charité. Pour ne rien dissimuler à Votre Grandeur de ce qui se remarque en vos disputes, elle veut bien me permettre de lui dire qu'on loue l'adresse avec laquelle Monseigneur de Cambrai se sert d'un raisonnement qu'il savait vous devoir être très incommode et auquel il prévoyait qu'il vous serait très difficile de répondre. Il fait une hypothèse* où, supposé que Dieu créât quelque substance douée de raison qui n'eût aucun rapport à la gloire du ciel ; cet archevêque demande si cette créature, toute raisonnable qu'elle est, serait incapable d'aimer Dieu : si vous répondez qu'elle pourrait aimer Dieu, vous reconnaissez avec lui ce que vous semblez nier opiniâtrement ; si vous dites que l'hypothèse est impertinente, comme le diraient sans doute Messieurs les jansénistes, vos bons amis, et que l'état d'une créature raisonnable qui n'ait nul rapport au bonheur des saints, ne convient nullement à la sagesse, ni à la bonté, ni à la justice de Dieu, vous ne sauriez éviter de passer vous-mêtne pour baïaniste et pour janséniste, ce que vous craignez plus que la foudre.

Et c'est pour éloigner de vous ce soupçon qu'on publie de votre aveu que Votre Grandeur est l'élève de M. Cornet, fabricateur des cinq fameuses Propositions, c'est-à-dire, selon l'ancien Calepin de P. R., le plus grand..., vous m'entendez bien ; et que Monseigneur l'archevêque de Paris est un disciple du P. Amelote, l'un des plus ardents frondeurs de la signature, c'est-à-dire, selon les mêmes interprètes, l'un des plus insignes brouillons, etc., de ce royaume. Pour vous laver de cette tache, on eût pu ajouter que le bruit court que

4. L'hypothèse de Fénelou est énoncée dans la Réponse à l'écrit intitulé Siiinma doctrinse, VU (^Œuvres, t. IV, p. 5o4 et 5o5). Cf. Bossuet, Amortissement placé en tète des Divers écrits, n° xvii (QBu- L'res, ('■dît. Liichat, t. XIX, p. 174)-

328 CORRESPO>'DANCE [août 1698

Votre Grandeur a eu bonne part à l'ordonnance où Monseigneur de Paris déclame terriblement contre l'hérésie de Jansénius, qu'il croit et fait croire être quelque chose de réeP.

11 n'eût rien manqué à l'entière justification de Votre Grandeur sur ce chapitre, si on avait dit qu'elle s'est assez expliquée, lorsqu'elle a traité d'hétérodoxe la doctrine des jansénistes en ce qu'ils ne font pas consister l'essence de la liberté dans l'indifférence, et que, pour accorder la grâce avec le libre arbitre, ce leur est assez que la grâce ne nous fasse agir qu'en nous faisant vouloir : la liberté se trouvant partout où est la volonté. C'est ainsi que j'ai entendu dire plus d'une fois à des personnes de mérite que Votre Grandeur a traité cette doctrine. Et elle veut bien que je lui déclare sans (latterie que je lui ai fait justice sur cela en bien des occasions, où j'ai désabusé par là beaucoup de gens qui se voulaient persuader que vous aviez pris le parti de ces Messieurs.

Ce n'est pas, je l'avoue à Votre Grandeur, que je n'aie quelque scrupule sur ce point. Parce que, laissant là saint Augustin, dont le seul nom donne aujourd'hui une fâcheuse idée de ceux qui le citent, le sentiment qui tient que l'état qu'ils appellent de pure nature'^ ne s'accorde pas avec la sagesse de Dieu, ni avec sa bonté et sa justice, me paraît évidemment être du docteur séraphique saint Bonaventure\ qui ne peut néanmoins être soupçonné de jansénisme. Et l'opinion qui met la liberté du franc arbitre dans la volonté, en .sorte que tout ce qui est proprement volontaire soit véritablement libre, me semble être expressément

5. L'ordonnance du 20 août 1696. Bossuet y av;iit bien travaille^, mais c'i'tail, au contraire, pour la seconde partie de cet (^crit, de laquelle triomphaient les jansénistes.

6. L'i'tat de pure nature, clat liypolhtHique imaginé par les théolo- {;iens, et dans lequel l'homme aurait été créé seulement en vue d'une fin naturelle, et non de la béatitude causée par la vision de Dieu dans le ciel, et par conséquent aurait été réduit h ses seules Forces, sans recevoir le secours de la grâce.

7. On ne voit pas sur quel texte piiil ^'appuyer Gerberon |)0ur jiréter ce sentiment à saint Moiiavenlure.

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de saint Bernard. Ceux qui sont attaciiés à saint Augustin ont assez fait voir que ce serait condamner d'erreur la doctrine de ce Père, que de tenir ces sentiments pour hétérodoxes. Il est du zèle et de la gloire de Votre Grandeur d'éclaircir le inonde sur le second, qui me semble le plus important, et de déclarer si saint Bernard, qui a mis incontestablement la liberté du franc arbitre dans le volontaire, qu'il distingue du spontané qui se rencontre dans les bêtes, et qui n'a allié la grâce avec cette liberté, qu'en ce que la grâce ne nous fait agir qu'en nous faisant vouloir, et que la liberté se trouve où se trouve la volonté, si ce saint, dis-je, n'a rien enseigné en cela que de bien orthodoxe, et si ce sentiment est orthodoxe en saint Bernard, comment il devient hétérodoxe dans les philosophes et dans les théologiens qui sont attachés à cette opinion.

J'ai entre mes mains une traduction fidèle et exacte du traité que saint Bernard a composé sur ce sujet, et où l'on dit qu'il s'est surpassé lui-même* : on ne la saurait lire sans être fort tenté de croire ou que ce saint a eu sur ce point un sentiment hétérodoxe, ou que l'opinion de ces philosophes et de ces théologiens n'est pas moins catholique que celle de saint Bernard, puisqu'elle est la même, sans qu'on y puisse remarquer aucune différence, si ce n'est en quelques termes que ce saint semble avoir alîectés, mais dont il explique luimême le sens, qui revient à celui des autres.

J'ai donc cru que je devais joindre cette traduction à cette lettre, pour vous faire juge de la fidélité de cette pièce et de la catholicité de cette doctrine, qui touche la foi de l'Église et dont par conséquent tous les enfants de l'Eglise ont droit de demander d'être instruits. L'amour et la tendresse que Votre Grandeur a pour eux ne leur refusera pas cet éclaircissement, qui ne sera qu'une explication de ce qu'elle a avancé autrefois contre les jansénistes, et qu'elle se doit à elle-même. Que si quelques égards ou ses autres occupations

8. Allusion au traité de saint Bernard à la Iraduclion duquel cette lettre a été jointe, comme il a été dit plus haut.

o3o CORRESPONDANCE [avril 1699

la retiennent et ne lui permettent pas de s'expliquer davantage, elle veut bien que, sans faire attention à ce qui pourrait lui avoir échappé, le sentiment de saint Bernard soit tenu pour très orthodoxe, et ceux qui le suivent pour fort bons catholiques, ne niant pas d'ailleurs, non plus que saint Bernard, que, pendant cette vie, notre volonté ne soit dans un certain milieu, d'où elle se porte tantôt au bien par la force de la grâce, et tantôt au mal par le poids de sa cupidité, ce que quelques-uns, auxquels on ne veut pas contredire, appellent liberté d'indifférence. En attendant cet éclaircissement, je suis avec un très profond respect, Monseigneur, de Votre Grandeur le très humble et très obéissant serviteur.

René Angevin.

A. Beauregard, le 10 août 1698.

52 bis. — DoM Gerberon a Bossuet.

Le Posl-scriptum de la seconde lettre d'un théologien à M. Vêvêque de Meaixx, avec des remarques sur le nouveau bref de Sa Sainleté.

[5 avril 1O99.]

p. -S. Je ne doute point. Monseigneur, que la censure de Rome que vous avez fait solliciter par les premières puissances et que vous avez enfin obtenue contre votre confrère, ne vous ait donné la plus i^raiide joie que vous ayez

Lettre 52 bis. — Ce Posl-srriptum se rapporte a la leUre de Gerberon, intiliiiée : f.ettre d'un théoloijien à Monseigneur Véoêque de Meaux, oii l'on réfute la fausse apologie du véritable amour de Dieu, etc., Cologne, 1699, in-8 (Bibliotlièqiie Nationale, l) igoOS (5)). Il Put répandu au milieu du mois d'avril 1699. Il a été reproduit dans la Relation de Plielipeaiix, t. Il, p. u8a. Nous suivons la copie du P. Léonard conservée aux Archives Nationales, l'7>*^7- — C'est ?i cet écrit que I). Gerberon fait allusion dans sa lettre rie 1701, a Kénelon. On peut voir dans la (jorrrspondanre de Frnelnn, t. XI, p. ;>o, la liste des écrits que D. Gerberon se proposait de publier pour la tiél'ensc de l'nrclievéque de Cunibriii ; mais celui-ci rcFiisa de s'y prêter.

avril iRgol DE BOSSUET, 33l

peut-être reçue en toute votre vie. Et je suis encore plus sûr que le Faux apologiste du véritable amour de Dieu ' chante victoire. Mais, sans blesser le respect qu'on a pour ce qui part de la plus grande puissance du monde, les plus soumis à l'Église (ont des réflexions sur cette censure, qui sont capables de modérer sa joie et de retenir ses transports. Ils y remarquent, entre autres choses, que Sa Sainteté n'a pas dit un mot de la proposition que votre apologiste avait entrepris de combattre comme l'erreur capitale de M. de Cambrai, qui est quHl se peut donner un amour actuel ou un acte d'amour par lequel on aime Dieu pour lui-même, sans aucune vue de la béatitude qui en soit le motif et l'objet formel'-. On y censure seulement la pi'oposition d'un amour d'état et d'habitude, ou habituel, invariable, qui est tout autre chose, et dont il n'est nullement question entre R. A. et votre apologiste. Il se serait contenté de rapporter cette remarque comme suffisante pour justifier sa lettre et pour rabattrela vaine joie de ce faiseur d'apologie. Mais, comme je veux bien faire part à Votre Grandeur de ce que l'on me communique, je prends la liberté de lui envoyer la liste entière des remarques sur ce bref telles que je les ai reçues.

Premières remarques sur le bref de Sa Sainteté contre le livre intitulé : Explication des Maximes des saints sur la vie intérieure.

L'on remarque i° que ce n'est point une constitution, ni une bulle, mais un bref qui a condamné ce livre, et c'est ainsi que celui qui l'a affiché à Rome le qualifie. Or tous les canonistes savent qu'il y a une grande dillérence entre une constitution et un bref. C'est donc une falsification capitale de

1. R. A., ou René Angevin avait pris à partie l'abbé d'Argentré, auteur anonyme de l'Apologie de l'amour qui nous fait désirer véritablement de posséder Dieu seul par le motif de trouver notre bonheur dans sa connaissance et son amour, avec des remarques fort importantes sur les principes et les maximes que M. l'archevêque de Cambrai établit. (Cf. la Correspondance de Fénelon, t. X, p. 98).

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