L'Abbé Bossuet a son Oncle
Rome, ce 19 août 1698.
Je vous écris par le valet de chambre de M. de Torcy, que M. le cardinal de Bouillon renvoie celte nuit.
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de Versailles, le 28 juillet ; j'ai reçu en même temps les premières feuilles du Quietismas redivivus. J'ai commencé à en donner à quelques cardinaux, et en donnerai à tous, mais à mesure que je les puis rencontrer, pour leur pouvoir expliquer le tout moi-même. Vous recevrez ma lettre du 1 2 par le courrier ordinaire, à peu près en même temps que celle-ci; ainsi je ne répéterai par celle-ci que ce qu'il y avait d'essentiel dans l'autre, et ce que je sais de nouveau.
4. Cf. le réquisitoire de d'Aguesseau, t. XII, p. ^07 et suiv. Voir aussi la lettre de D. Gerberon, du 5 avril 1699, dans la Correspondance de Fénelon, t. X, p. /I87.
Lettre 53. — L. a. n. s. British Muséum, ms. 33i02.
Pour cette lettre et pour la suivante, il y a entre le texte que nous avions emprunté à Deforis (dans notre t. X, p. 129 et igS) et les originaux, qui nous ont été connus trop tard, des différences telles qu'il nous paraît plus commode de réimprimer ici intégralement ces deux lettres, que de noter les divergences dans nos « Corrections et additions ». En comparant les deux textes, on verra avec quelle liberté Deforis modifiait les phrases de l'abbé Bossuet pour leur donner une tournure à son gré plus correcte ou plus claire.
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Je vous parlais, dans ma lettre du 12, de ce qui regarde le duc Cesarini, et je vous disais qu'il s'était expliqué avec un de mes intimes amis qui est aussi des siens, que M. le cardinal de Bouillon l'avait fait tenter par des voies indirectes sur mon chapitre, pour tâcher de l'irriter contre moi, et de lui faire prendre de l'ombrage sur les bruits qui avaient couru; que cela lui avait causé un peu de chagrin contre moi pendant quelque temps; mais que, depuis qu'il avait su les manèges du cardinal de Bouillon sur l'affaire de M. de Cambrai et l'aversion qu'il avait pour moi, qu'il avait aisément reconnu sa malice. 11 avait fait dire à ce cardinal depuis quelques mois, par les mêmes gens qui lui en reparlaient, qu'il n'avait eu jamais aucun sujet de se plaindre de moi ; que les auteurs de ces faux bruits étaient ses ennemis autant que les miens, et qu'il n'avait garde de s'en prendre à moi, qui en étais innocent en toutes manières.
J'ai été bien aise de savoir cela pour sur, et me fait voir ce qu'il faut attendre de l'amitié du cardinal de Bouillon. Vous pouvez compter que, s'il pouvait me voir mort, ou bien (rien ne lui causerait plus de joie) hors de Rome. Mais je vais toujours mon train à l'ordinaire, et le cardinal est obligé extérieurement d'avoir pour moi de grands égards. Ainsi je ne puis croire que le mal que je sais que le cardinal de Bouillon a fait dire par son homme de moi, regarde plus cette affaire de cet hiver, qui est entièrement oubliée et sur laquelle tout le monde ici me rend justice. Mais ce sera infailliblement sur l'affaire de M. de Cambrai, sur laquelle, à cet égard, il devrait se contenter de lAcher de se justifier, sans accuser les gens qui font leur devoir en honneur et en conscience. Il s'imagine que j'écris contre lui, parce que sa conscience lui reproche. Mais je n'écris que ce qui est public et ce que je sais à n'en pouvoir douter : je ne suis ici que pour cela. Il n'ose avoir aucun éclaircissement avec moi sur rien, parce qu'il sait que j'ai raison en tout et qu'il ne m im|X)sera pas. H y a cinq ou six mois <|u'il voulut me parler, mais il s'en tira très mal et parle plus (pi'il ne veut, et, malgré lui, montre son cœur.
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C'est pourquoi il juge à propos à présent de n'entrer avec moi sur rien qui le regarde, et je n'en suis pas fâché. Au reste, je puis vous assurer que je ne me mêle de rien que de cette affaire, sur laquelle je parle toujours très modestement de lui, mais très fortement sur les faussetés qu'on répand perpétuellement et qu'on répandra jusqu'à la tin de l'affaire. Toute l'attention à présent de la cabale est de faire croire que c'est une cabale de cour qui persécute M. de Cambrai et qui lui impose silence, et là-dessus on dit du Roi et de Mme de Maintenon tout ce qu'on veut, et le cardinal de Bouillon ne prend aucune peine de détruire ces bruits, et il faut que nous et nos amis le fassions.
Il ne faut plus espérer que la réponse de M. de Cambrai contre M. de Paris devienne publique : il tâche de retirer doucement les exemplaires qu'ils ont donnés à quelques cardinaux. Aucun de ceux à qui je l'ai demandée ne m'a voulu la laisser voir, me disant qu'ils avaient promis de ne la laisser voir à personne. Sur ce que je me suis plaint hautement du procédé des agents de M. de Cambrai, de cacher ainsi un livre imprimé auquel ils veulent qu'on ajoute foi, et que nous avons fait remarquer la mauvaise foi d'un pareil procédé et que je me suis récrié contre la fausseté du contenu de cette réponse, M. de Ghantérac est allé déclarer chez les cardinaux, et en particulier chez le cardinal Casanate, qui me l'a dit, qu'il ne publiait pas cette réponse encore telle, parce qu'il y avait quelque chose à corriger, qu'elle n'était pas tout à fait exacte, qu'elle était un peu dure contre M. de Paris, qu'il ménage à cause de Mme de Maintenon et du Roi, mais que bientôt elle paraîtrait corrigée avec la réponse à votre Relation, telle qu'il convenait. Voilà la manière d'agir de ces Messieurs : ils n'osent publier ce que leur maître imprime. Il leur sufïitde dire qu'on a répondu, que la pièce est imprimée ; après quoiilsla suppriment sous prétextequ'ils ne veulent pas fâcher Mme de Maintenon et le Roi, qui s'intéressent à ce qui regarde M. de Paris. Il est aisé de voir que cela ne doit pas faire un bon effet sur eux. Néanmoins les partisans de M. de Cambrai n'en publient pas moins insolemment qu'on répond
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à tout. On fait remarquer toulcs ces choses au Pape et aux cardinaux.
M. de Cambrai veut à présent faire pitié. M. de Chantérac va recommandant, en pleurant, qu'on sauve l'honneur de son neveu', dont les intentions sont si droites et les mœurs si irréprochables. Il n'est plus question maintenant de mettre le livre à couvert; mais on veut empêcher une qualification particulière et même une condamnation du livre p;énérale comme contenant une doctrine hérétique, erronée, etc. On voudrait, après tout ce qui s'est passé, après un examen aussi long et aussi solennel, qu'on se contentât de défendre le livre en général, ou bien seulement comme contenant (juelques propositions équivoques, auxquelles en rigueur on peut donner un mauvais sens, et qui ont besoin d'explication.
Et moi, je soutiens que si le Saint Siège commet une pareille bassesse, il donne gain de cause à M. de Cambrai, et occasion de renouveler la pernicieuse doctrine des quiétistes. C'est aussi à quoi je m'oppose de toutes mes forces, et à quoi il faut (jue l'on s'oppose du côté de la Franco, et que le nonce écrive fortement là-dessus. Le Pape m'a promis solennellement une décision sur la doctrine du livre, qu'on doit déclarer bonne ou mauvaise. C'est là-dessus qu'il a voulu qu'on fit un examen exact et .solennel, plus qu'en aucune autre affaire de ce siècle, puisqu'on entend les examinateurs les uns après les autres, qui parlent tant qu'ils veulent et qui laissent leur vœu par écrit. Si donc l'on ne faisait autre chose que do défendre le livre, sans déclarer la doctrine mauvaise, sans même qualifier les propositions, ce serait une ignorance trop crasse ou une malice trop publique. Je ne puis m'imaginer qu'on commette une pareille indignité : c'est pourtant la seule ressource du cardinal de Bouillon et de la cabale, qui est plus forte que jamais certainement, malgré votre Relation, malgré le parjure démontré de M. de Cambrai, malgré la lumière du soleil. Et la raison est que
I . Il n'y îivîiit entre Kérioloii et ("iliaiitt'-riic qu'une |inronl<'' <'loi|fn6c.
cr I. VIII, p. :iai.
aoûl f(598| DE BOSSUET. 387
c'est un ])arli pris par cabale et par enga<i;ement, dont on ne peut sortir qu'en voulant déshonorer le Saint Siège, et mettre en péril évident la religion par une décision qui ne dise rien, et qui par conséquent laisse le quiétismo en vigueur.
Vous pouvez compter que nous n'oublierons rien pour faire prendre le bon parti, que j'ai lieu d'espérer qu'on prendra. Mais, pour assurer la chose davantage, je serais d'avis que vous fissiez un mémoire court sur cela, où on ferait voir la nécessité de prononcer sur la doctrine en l'état des choses, et que le Roi incessamment le remît entre les mains du nonce, et si l'on pouvait dépêcher ici un courrier pour le porter, cela ferait des merveilles et assurerait les qualifications. Il faut de la diligence, parce que la première chose que les cardinaux feront quand les qualificateurs auront fini, ce qui arrivera à peu près à la mi-septembre, sera de s'assembler sur le modus agendi, sur quoi on n'a pris encore aucune résolution; et c'est là où on déterminera si l'on qualifiera ou non, et quelles mesures on prendra; ainsi tout dépendra de là. Ainsi il serait nécessaire que le Roi parlât tout de bon avant ce temps, d'autant plus que le Pape est jusques à cette heure bien intentionné ; et si le Roi le souhaite, on ne peut refuser une demande si juste. Et nous avons sûrement gain de cause si l'on se détermine à juger si la doctrine des propositions est bonne ou mauvaise. Toute la finesse de la cabale consiste à précipiter l'affaire à présent ; mais il nous faut une bonne décision ; et pour l'avoir, il est bon qu'elle soit demandée de nouveau avec instance par le Roi et par le nonce.
Votre Quietismus rediviviis viendra fort à propos : on souhaite il y a longtemps voir le parallèle des propositions de M. de Cambrai avec celles de Molinos et des quiétistes. La préface fera ici enrager les défenseurs de M. de Cambrai.
Depuis huit jours, le bruit est ici public d'un ambassadeur qu'on doit envoyer : la plupart des lettres de France à plusieurs particuliers en parlent; les avis de Venise le portent d'une manière qui a fait de la peine au cardinal de Bouillon, parce qu'on y loue fort le cardinal de Janson. On dit M. de
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Catinat nommé ; d'autres, le prince de Monaco : on voit bien qu'il n y a encore rien do sûr, au moins que la Cour ne l'a pas déclaré. Avec cela, par tout ce qui me revient, quoique vous ne m'en parliez pas, je juge qu'il faut qu'il y ait quelque chose. Tout le monde approuve fort la résolution du Roi iàdessus. Rien n'est plus nécessaire, dans les ci:conslanccs présentes, par rapport à tout. On dit, à présent plus que jamais, chez M. le cardinal de Bouillon qu'après la Saint-Louis, ce cardinal va à Frescati. 11 y a quatre jours qu'il eut une légère indisposition, que plusieurs croient faite exprès pour avoir prétexte de changer d'air. Vous savez ce que je vous ai mandé là-dessus dans mes précédentes. Les disposi lions sont les mêmes, et tout ira bien si le cardinal part. Je ne crains que son voeu : il est le premier du Saint Office^.
Vous ne m'avez jamais mandé si vous aviez vu Mme de Lanti. C'est une dame d'un mérite très grand, à qui j'ai bien des obligations, qui sera ravie de vous voir assurément. Je ne doute pas qu'elle ne vous voie, en quelque étal qu'elle puisse être.
Je crois aussi avoir oublié de vous écrire ime circonstance assez marquante.
11 y a près d'un mois, quand M. le cardinal de Bouillcn jugea à propos de me dire, aussi bien qu'à M. de Chantérac, qu'il voulait aller à Frescati pour ne pas assister au jugement de l'alîaire, M. Poussin, secrétaire de cette Éminence, vint me trou\er et inedil là-dessus tout ce qu'on peut dire contre l'imprudence du cardinal, qu'il venait m'assures qu'il n'avait nulle part à cette résolution, qui ne pouvait manquer de lui nuire indnimcnt, et faire voir au Roi et à tout le public sa partialité ; qu'il me priait de vouloir écrire en France (juc lui. Poussin, n'avait nulle part à tout ce que faisait son maître, et qu'il ne l'approuvait pas. Il faut que vous sachiez que ce secrétaire fait ici le petit ministre, et prétend voler de ses ailes. Je l'assurai qu'il ne courait aucun risque; que je ne doutais pas que son maître ne sût bien re c[u'il faisait, et
•i. Ici, quatre lijjni's ciïiifi^cs.
aoAt 1698] DE BOSSUET. SSg
était bien sur par sa conduite de ne pas déplaire au Roi. Tout cela fait bien voir le peu d'approbation que la conduite du cardinal trouve dans l'esprit de tout le monde.
Ce même M. Poussin, que son maître ménage à présent, me dit, il y a quelques jours, qu'il lui paraissait que les lettres du Roi n'étaient plus si fortes, et qu'il était calé làdessus. Je le priai de s'expliquer mieux à d'autres; et si le Roi n'en parlait pas dans toutes ses lettres, c'était qu'il croyait s'être employé déjà plus que suffisamment
Je sais, de science certaine, qu'on fait courir le bruit, chez le cardinal de Bouillon, que l'affaire de M. de Cambrai s'accommode en France, et que M. de Cambrai donne une explication qui ne le condamne pas et qui contente tout le monde. Je me suis bien moqué d'un pareil discours; mais cela est fait exprès pour adoucir ici les esprits à son sujet, et faire voir qu'il faut avoir des ménagements pour lui.
Au reste, j'ai vu, ces jours passés, le P. Amonio, jésuite, qui m'a dit tout pour justifier le P. de La Chaise, et qui m'a répondu de lui. Je l'ai assuré que je ne doutais pas de ce qu'il me disait, surtout sachant par vous la déclaration publique qu'il avait faite là-de.ssus; qu'il serait à souhaiter que les jésuites français et italiens qui sont à Rome, fussent dans les mêmes sentiments; que je n'avais rien à lui dire làdessus, et qu'il le voyait mieux que moi. 11 est, si je ne me trompe, grand charlatan. Il m'a offert ses services pour cette affaire auprès du Pape, auquel il dit avoir dit mille biens de vous. Je l'en ai remercié, et en crois ce qu'il me plaît. Il ne manquera pas d'écrire au Père de La Chaise notre conversation. Témoignez, je vous prie, au P. de La Chaise ce que vous jugerez là-dessus à propos : il ne coûte rien de faire semblant de croire ce qu'ils disent, quand on leur parle.
La santé du Pape m'inquiète un peu, ses jambes sont un peu enflées. Il n'y a rien de dangereux; mais il ne faut rien à son âge : Dieu sait ce qu'il a à faire là-dessus. Il faut toujours préparer les voies à une bonne condamnation, s'il y a moyen.
Je puis vous assurer qu'en conscience, on doit envoyer un ambassadeur au plus tôt, ou tout périra.
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Il est de la dernière conséquence que nous soyons assurés du cardinal Carpegna : c'est le premier à voter après le cardinal de Bouillon. Il a bon esprit, mais il veut être pape. Il faut le soutenir du coté de la Cour, contre le cardinal de Bouillon. Le cardinal d'Estrées est de ses grands amis : une lettre de lui, forte, produirait un bon effet. Encore une fois, il n'est question que de presser sur la qualification, comme une chose nécessaire. On a ici répandu le bruit que M. de La Trémoille même et le général de la Minerve ont assuré que la France ne s'attend qu'à une prohibition du livre, et en sera contente. Je leur ai parlé là-dessus fortement; mais, quoi que je puisse dire, on en croira le ministre. Je ne puis trop le répéter, et qu'une qualification leur coûtera moins, avec le respective, qu'une censure in globo, telle que vous me l'avez envoyée, et sera plus honorable.
M. de Ghantérac dit ici hautement que vous avez mis dans votre Relation plusieurs faits faux et très faux, qu'on relèvera bien ; nous verrons. La traduction italienne imprimée ne peut venir trop tôt : elle sera de bonne main, celle de M. Régnier ; je ne le nommerai pas.
Il serait encore bon qu'on écrivît, le cardinal d'Estrées, ou le cardinal de Janson, ou vous, au P. général de la Minerve qu'il ne peut faire un plus grand plaisir que d'insinuer aux cardinaux une censure honorable et une qualification. M. l'abbé de La Trémoille tremble : il n'a pas voulu, jusqu'à cette heure, faire un pas pour nous. Le cardinal de Bouillon l'en a prié sans doute; et, à l'heure qu'il est, il est la dupe de cette Éminence, qui lui fait tirer les marrons du feu. M. de La Trémoille aurait sonliailé que, du côté de la Cour, on l'eût chargé de (juelque chose; mais il ne connaît pas le terrain : je sais qu'il s'en est plaint à M. de Torcy.
J'ai sujet de craindre que le cardinal Noris ne favorise les mezzo termine; j'ai appris, depuis deux jours, des choses qui me font voir qu'il y a de grandes liaisons de là avec le cardinal de Bouillon : néanmoins on ne peut s'expliquer plus clairement qu'il le fait sur la doctrine. Vendredi dernier, je fus avec lui deux heures dans son cabinet à remuer saint
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Augustin et saint Tliomas : il a les plus beaux passages du monde contre JM. de Cambrai et son amour pur. Il me pria même de vous mander celte conversation ; mais, avec cela, j'ai appris depuis que le cardinal de Bouillon faisait fond sur lui, et qu'il pencherait volontiers à ne pas fulminer contre M. de Cambrai. Je le verrai incessamment là-dessus, et lui parlerai fortement. Je vois qu'il évite d'entrer en matière sur cela. Mais j'ai résolu de le faire expliquer : nous verrons qui sera plus fin, car il l'est très fort.
J'ai vu le cardinal Ferrari ; il me paraît qu'il ira bien : il m'a assuré que toute la solution des partisans du livre consiste à dire que M. de Cambrai n'a voulu qu'établir un état où ordinairement la charité commande les actes des autres vertus. Et sur l'exclusion du motif de l'espérance qui n'excite plus, il m'a dit bonnement ne savoir pas de réponse; mais néanmoins qu'ils disaient que c'était le motif de la volonté de Dieu qui excitait principalement, qui réveillait sans exclusion de l'autre motif. Je lui ai montré que c'était là l'amour du quatrième état; et franchement voilà à quoi il n'y a pas de réponse.
Je vous envoie la traduction latine de M. de Cambrai de son livre : il serait bien à souhaiter que vous l'eussiez eue plus tôt. M. Phelipeaux m'a toujours assuié que vous l'aviez, qu'il vous avait écrit là-dessus; mais il vaut mieux tard que jamais. Nous vous avons envoyé les notes qu'il avait données manuscrites au commencement ; c'est substantiellement les mêmes.
Je vous adresse tout le paquet sous l'enveloppe de M. le marquis de Torcy, afin que le courrier soit disculpé s'il reçoit mon paquet. J'en adresse aussi un pour M. de Paris. Je n'ai le temps que de lui écrire un mot ; vous lui ferez, s'il vous plaît, part de ma lettre.
Je me porte fort bien, Dieu merci, et vous souhaite une parfaite santé. Je ne vous écris pas par l'ordinaire, qui part aujourd'hui *.