Charles Perrault a Bossuet
A Monseigneur Villas'"' et Rév"" évêqne de Meaux, abbé de Saint-Lucien de Beaavais, etc.
Monseigneur, il paraîtra d'abord surprenant de voir votre illustre nom à la tête d'un ouvrage de si peu d'importance, tel qu'une traduction de quelques fables que j'ose offrir à
Lettre 59. — Dédicace de l'ouvrage intitulé : Cent fables choisies des anciens auteurs, mises en vers par Gabriel Faerne de Crémone, traduites en français sur l'édition de Rome de i564 et sur les suivantes, Paris, Veuve de Claude Thiboust et Pierre Esclassan, 1699, >n-a4. A.chevé d'imprimer pour la première fois le i5 octobre 1700. — Le même ouvrage parut chez Jean-Baptiste Coignard, Paris, i699,in-i2, avec une épître dédicatoire à l'abbé de Dangeau, signée Perrault, sous le titre de Traduction des fables de Faërne. — Gabriel Faërne, né à Crémone vers i5oo, mort à Rome le 17 novembre i56i. A la demande de Pie IV (Jean Ange de Médicis), il avait composé des fables en vers iambiques, qui parurent seulement après sa mort : Cenlum fabulœ ex antiquis autoribus détectas et carminibus explicatae, Rome, i56/l, iu-i2. On a aussi de lui des éditions de quelques discours de Gicéron (Rome, i563, in-8) et des comédies de Térence (Florence, i565, in-8). Cf. Girolamo Ghilini, Teatro d'uomini letterati, Venise, 16A7, 2 vol. in-4, t. II ; Fr. Arisi, Cremona litterata. t. Il, Parme, 1705, in-fol. ; Niceron, t. XXIII.
354 CORRESPONDANCE juiU. 1701
V. G. Mais si l'on se souvient que le grand saint Charles Borromée voulut bien recevoir ces mêmes fables latines que le très saint Père Pie IV, son oncle d'heureuse mémoire*, lui fit dédier, il faudra convenir que je ne pouvais trouver un protecteur qui eût plus de rapport que vous, Monseigneur, aux rares et éminentes qualités de ce grand saint ; car, si, dès ses plus tendres années, il s'est donné tout entier pour le bien de l'Église et le salut de ses frères, que n'avez-vous pas fait. Monseigneur, pour la défendre et pour les éclairer? Ce grand nombre de savants écrits avec lesquels vous avez tant de fois foudroyé l'hérésie vous font porter ajuste titre comme lui la qualité de défenseur de la foi dans la sainteté de ses dogmes et la pureté de sa morale. Je ferais bien voir que vous ne ressemblez pas moins à cet excellent modèle de la vie ecclésiastique par la discipline de votre diocèse et par votre conduite particulière. Mais cette modestie qui a toujours accompagné vos actions et qui ne cède en rien à la sainteté de vos mœurs, m'impose absolument silence.
Je suis avec un très profond respect. Monseigneur, de V. G. le très humble, très obéissant et très oblige serviteur.