‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 24 sur 211 · EXTRAITS DE DIFFÉRENTES LETTRES · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE DIFFÉRENTES LETTRES

Il' ne faut point tant faire de choses, ma Fille, pour attirer l'Epoux céleste ; il ne faut qu'aimer.

Dieu vous fera trouver la part de Marie dans celle de Marthe, quand vous entrerez dans cette dernière par obéissance.

Allez votre train, sans vous détourner: songez plutôt à contenter Dieu qu'à être contente, et ne cherchez point à savoir si vous lui plaisez ; mais faites tout ce que vous croirez " qui doit lui plaire, et soyez soumise à ses volontés. Demeurez cependant soumise à la disposition du cher Epoux, qui vous fera accomplir sa volonté. Ce sont ici les occasions où il faut conserver la paix par rapport à l'ordre de Dieu, moteur des cœurs, et qui fait ce qui lui plaît dans le ciel et dans la terre^.

a) G : croyez.

sonne » ÇNole de M"* Cornuau). — (f La Sœur Cornuau dt^clare en tête de la copie de cette lettre, qu'avant de faire relier le volume des lettres de M. liossuel, qu'elle avait transcrites, M. de Saint-Andrt^ fit lecture de presque toutes au prélat, peu de temps avant sa mort, qu'il les reconnut pour les siennes et déclara être celles qu'il avait écrites à cette Sœur. » (/Vote de Deforis. t. XI, p. 6i5). Aucune des copies qui ont été sous nos yeux ne contient la déclaration dont parle Deforis ; il faut donc que cet éditeur ait eu entre les mains une autre copie, aujourd'hui perdue, et qui était celle même qu'avait Faite M"" Cornuau.

Lettre 22i0. — i. « Cet écrit renferme plusieurs extraitsde lettres écrites par ce prélat à celte personne en différents temps » (Note de A/™'" Cornuau). Plusieurs de ces extraits provenant de lettres adressées à M""" d'Albert, nous ne croyons pas devoir les réimprimer ici.

a. Ps. cxxxiv, 6.

mars 1708] DE BOSSUET. 53

Les dispositions où il faut être sur les peines dont vous me parlez, c'est d'adorer Dieu qui les permet, et régler les nôtres suivant les règles de la charité. C'est se rendre trop dépendant de la créature, que de se laisser troubler par les sentiments d'autrui : il faut du moins garder les dehors, si on ne peut se rendre maîtresse du dedans.

Il y a des conjonctures où on n'a rien à dire, et où il faut attendre avec patience les ouvertures que Dieu donnera pour en sortir. Continuez à demeurer soumise à Dieu dans ses voies.

L'Epoux céleste est à la porte : entrez avec la lampe, avec le saint et pur amour, et vivez à lui seul.

Ce n'est pas contenter le cher Epoux que de vouloir ne parler que de croix, et de vouloir changer celles qu'il envoie. Consolez-vous cependant, et abandonnez-vous à sa volonté.

Anéantissez-vous et demeurez ensevelie et cachée avec Jésus-Christ, si vous voulez lui plaire : trop heureuse de participer à la sainte obscurité de sa vie et au silence de sa sépulture. Comptez-vous pour rien, et que la seule obéissance vous remue dans votre sépulture et vous en fasse sortir ^

Exposez souvent à Dieu vos besoins, vos faiblesses et vos impuissances. Dites-lui, en un mot, qu'il soutienne votre espérance, et qu'il vous défende de tout ce qui pourrait ou la détruire ou l'affaiblir.

Je n'oublie point de prier pour obtenir la déli-

3. Dans les manuscrits et les éditions, se trouve ici un alinéa : « Il n'y a rien de plus inconnu aux hommes... », provenant de la lettre du 3 juillet 1695(1. VII, p. i54).

54 CORRESPONDANCE [mars 1708

vrance de vos peines ; mais je ne veux pas que votre repos dépende de là, puisque Dieu seul et l'abandon à sa volonté en doit être l'iminuable fondement. C'est l'ordre de Dieu, et je ne puis le changer, ni je ne le veux**, parce qu'il n'y a rien déplus aimable ni de meilleur que cet ordre, dans lequel consiste la subordination de la créature envers Dieu.

La nature se trouve partout et se peut trouver dans les actes les plus purs, qui peuvent servir à la repaître. Le moyen le plus efficace pour l'empêcher de s'y trouver, c'est de la laisser comme oubliée, et de songer plutôt à l'outrepasser qu'à la combattre.

Tout n'est rien en effet ; tout ce qu'on pense de Dieu est un songe à comparaison de ce qu'on voudrait et faire et penser pour célébrer sa grandeur. Offrez-lui le néant de vos pensées ^ qui se perdent et s'évanouissent devant la plénitude de sa perfection et de son être. Apprenez à ne point aimer, afin de savoir aimer ; videz votre cœur de l'amour du monde, afin de le remplir de l'amour de Dieu''.

Étant toujours incertains de la venue de notre Juge, vivons tous les jours comme si nous devions êtrejugés^le lendemain*.

Nous sommes afjlicjés, mais nous ne sommes pas dans Vangoisse; nous sommes agités, mais nous ne sommes pas délaissés; nous sommes abattus, mais

b) G : ne ne le vcax. — c) G : péchez. — d) Golto phrase manque à Na ot h G. — e) G : si nous devions mourir.

4. Les manuscrits et les éditions insèrent ici un alinéa : « Vous souliaitex, Ji l'heure de la mort... » ; tiré d'une lettre h M™* d'Albert, du 3l octobre i<kj3 (t. VI, p. 50).

mars. 1703] DE BOSSUET. 55

nous ne périssons pas. Je vous le dis, dilatezvous, mettez-vous au large ; réjouissez-vous en Notre-Seigneur ; je vous le dis encore une fois, réjouissez-vous en Jésus-Christ, votre espérance ^ Mon esprit s'est réjoui en Dieu mon Sauveur^.

L'amour est fort comme la mort ; la jalousie est dure et violente comme l'enfer : elle a des torches brûlantes; les torrents d'eau ne V éteindront pas^ .

Ce que Dieu a déjà fait pour nous est assez grand pour nous faire attendre le reste avec foi et confiance.

Il faut* que Dieu soit le Dieu de tout notre cœur en l'assujettissant de la puissance de sa grâce, en le possédant par son amour, et en le remplissant par sa présence. Ces trois choses font tout le fondement de la perfection et de la vraie sainteté. Il faut nous laisser et nous renoncer entièrement nous-mêmes pour nous perdre heureusement en Dieu par Jésus- Christ Notre-Seigneur, afin de mettre toute notre sagesse à le connaître et à l'adorer, toute notre justice à le suivre et à lui obéir, toute notre sainteté et tout notre bonheur à l'aimer, à l'imiter et à lui

5. On lit dans une lettre à M™» d'ALibert, t. IV, p. 348, un développement analogue à cet alinéa. Il y est fait allusion à plusieurs des textes de saint Paul rappelés ici (II Cor., iv, 8; vi, i3 ; Philip., iv, t\).

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