Luc, I
7. Gant., VIII, 6, 7. — Cet alinéa se retrouve à peu près dans les mêmes termes à la suite d'une lettre de Bossuet à M™* d'Albert, du 8 juillet 1692. Mais il est écrit de la main même de celte religieuse, et emprunté sans doute à une lettre de Bossuet adressée à use autre sœur. Cf. t. V, p. 206, note 7.
8. F'ragment inédit. Collection E. Levesque. Ne se trouve que dans le ms. Su (Cf. t. IV, p. 4o8). Bien que cet extrait soit donné comme la seconde lettre de ce recueil (mais sans date), cependant il a un ton oratoire et impersonnel qui dénote un fragment de discours plutôt qu'une lettre.
56 CORRESPONDANCE [mars 1708
plaire, toute notre félicité à le posséder pendant toute l'éternité. Amen, Amen. Que Dieu soit à jamais notre unique amour, et que nos cœurs soient sa demeure éternelle.
2211. — Un Secrétaire d'État a Bossuet.
Du 19"^ mars 1708.
Monsieur, je vous envoie par ordre du Roi le décret du Pape portant condamnation des erreurs contenues dans un écrit qui a paru depuis peu, intitulé : Cas de conscience proposé par un ecclésiastique à un confesseur de province ' . Sa Majesté m'a ordonné d'y joindre aussi une copie de l'arrêt qu'elle a jugé à propos de rendre^ pour maintenir la paix de l'Église dans son royaume. Ces deux actes vous informeront de ce que le Pape a fait et des intentions du Roi contre le jansénisme. Vous verrez en même temps combien la piété de Sa Majesté s'accorde avec le zèle de Sa Sainteté pour maintenir l'intégrité de la foi, et je dois vous assurer que Sa Majesté n'a rien de plus à cœur que de s'opposer fortement au renouvellement des troubles que les propositions condamnées de Jansénius avaient excités et qu'elle a si heureusement apaisés*.
Je suis, etc.
Lettre 2211. — Affaires élrangèrus, Rome, t. 436, fo i^o. Inédite. C'est une lettre adressée aux arclievéques et évêques de France parles secrétaires d'Etat.
I. Ce bref, du 12 février 1700, se trouve aux Affaires étrangères, ibid., f*' 97 ; il a été reproduit par Ellies du Pin dans son Histoire ecclésiastique du dix-septième siècle, t. IV, p. tt^ti.
a. Cet arrêt du Conseil d'Etat, du 5 mars 1708, est conservé aux Affaires étrangères, ibid., f» iio.
3. Au re^'u de cette lettre, nombre d'évéques adressèrent h leurs diocésains des mandements contre le Cas et contre le jansénisme ; et iSossuet qualiHa d'évéques lâches ceux qui avaient agi ainsi pour complaire aux jésuites (Ledieu, t. II, p. 438). D'autre part, les évêques de Clermont, de Poitiers, d'Apt et de Sarlat s'étant, dans cette occa-
mars i7o3] DE BOSSUET. b'J
2212. — Claude Capperonnier a Bossuet,
[Postérieure au 20 mars i-joS].
Monseigneur,
La manière douce et honnête dont Votre Grandeur me reçut la première fois que j'eus l'honneur de lui faire la révérence me fait prendre la liberté de vous communiquer quel-
sion, départis des maximes gallicanes, virent leurs mandements coudamnés par les parlements de Paris, d'Aix et de Bordeaux (Les arrêts se peuvent lire dans Ellies du Pin, op. cit., p. 464 «« ^76), et Louis XIV crut devoir s'en expliquer à Rome :
« Lorsque j'eus reçu le décret du Pape au sujet des propositions condamnées de Jansénius, je crus qu'il était à propos de le communiquer aux évêques de mon royaume en leur envoyant en même temps l'arrêt que j'avais rendu pour empêcher le mauvais effet du renouvellement des anciennes disputes sur le jansénisme. Mon intention était de les informer seulement de ce qui se passait, sans leur prescrire la conduite qu'ils avaient à tenir, laissant à chacun à juger suivant ses lumières de ce qu'il aurait à faire pour l'instruction de ses diocésains. Je vous envoie la copie de la lettre qu'on leur écrivit par mon ordre. Il est arrivé que quelques-uns, oubliant les maximes les plus inviolables de mon royaume, et se laissant apparemment trop emporter à leur zèle, ont publié des mandements entièrement contraires à ces maximes. Celui de l'évèque de Clermont ayant paru le premier, le parlement de Paris a procédé contre lui, et je fais joindre à cette dépêche l'arrêt rendu à la requête de mes avocat et procureur généraux.
On ne doit pas s'étonner à Rome que cette Compagnie agisse pour les droits de ma couronne toutes les fois que l'occasion de les soutenir se présente. Mais lorsque le Pape voudra agir de concert avec mol dans les matières où la pureté de la foi sera intéressée, on prendra les précautions nécessaires pour empêcher que les anciens usages de mon royaume ne soient attaqués, et pour lors je seconderai de toute mon autorité les bonnes intentions de S. S.
L'évèque d'Apt en Provence a publié aussi un mandement où il avance des propositions que les plus zélés partisans de la cour de Rome ne soutiendraient peut-être pas. Il ne faut pas qu'elle s'étonne si le parlement de Provence fait son devoir sur ce sujet. » (Affaires étrangères, Rome, t. 433, f" 119, du i4 mai 1703.)
Lettre 2212- — L. a. s. Collection Saint-Seine. Cette lettre sans date est postérieure à la destitution d'Ellies du Pin (20 mars 1703).
58 CORRESPONDANCE [mars 1708
ques remarques que j'ai faites sur Platon. Elles me paraissent importantes pour défendre le dogme catholique de la transsubstantiation, parce qu'elles font voir que ce divin philosophe a donné le nom de oùai'a à tout ce qui est réel, soit substance soit accident, soit être physique soit être moral. Votre Grandeur en jugera elle-même.
Premier passage de Platon.
Dans le Craiyle, p. AaS E de l'édition de Serranus'.
SoGRATE. Où xai où(j;a5ox£t aotsTvat £xà(TT(j) (il parle de cptovi^, cXTJjxx, j^pàjjxa) à(j7rep xal jj^Si\i.% xal a vuv 8^ èXéyofxev ; TipûTOv aÙTw TÛ j(^pto[jLaTt xa\ t^ cpwvyj oûx effTtv oùdîa tiç éxaTipo) a-JTwv xal ToTç aXXot; Traatv, ocra ri^{(«)TatTaÙTif);T7)ç TtpoffpVjaecuç Tou eTvai ;
Hermogène. ''Efi-otys SoxeT.
SocRATE. Ti oSv ; et' Ttç aùxo touto [xifjLeTuOat Bùvatxo, éxolffrou T'f)V oùffcav '^Çii\i\i.xcsi te xal (juXXaêaTç, àp' oûx àvSyiXot'ri l'xadTOv, 6 eCTiv, fj ou ;
C'est-à-dire :
SocRATE. « Ne vous semble-t-il pas que la couleur, par exemple, et les autres choses dont nous parlions présentement, ont leur substance? Quoi? la couleur et la voix n'ontcUes pas une certaine substance, aussi bien que toutes les autres choses auxquelles on donne le nom d'êtres? »
Hermogène. a Pour moi, je crois que cela est vrai. »
SocRATE. « Hé bien, si quelqu'un voulait représenter la substance de chaque chose par des lettres et par des syllabes, ne vous marquerait-il pas par là ce que chaque chose est ou n'est pas? »
Second passage de Platon.
I. Serranus, ou Jean de Serres (iS^oP-iSgS), ministre protestant et frère de l'apronome Olivier de Serres. Il a écrit sur l'Iiistoire de France et combattu les Jésuites. L'ouvrage auquel on renvoie ici est intitulé : Plalonis opéra quœ exstanl ornniti, ex nova Joannis Serrani tnterprelalione, s. I. ((ienève), II. Estienne, 1.578, 3 vol. in-fbl. (Niceron, t. IV et X ; le F'. Lelonjf, liiblioUihque, t. Ill ; Dictionnaire <le Prosper Marchand; Senebier. Histoire littéraire de Genève^ Genève, 1786, 3 vol. in-8 ; Haag, la France protestante').
mars 1708] DE BOSSÙET. 69
Dans le Charmide, page 168 D, parlant de la voix, de la couleur, etc., cptuvy), ypwtji,x, xtX., il dit :
"O "zi Tiep àv T"r|v sauTou 8ijvx(/.'.v ^poç éauxo ijt^, où xat £xetvTf|V e^et ttjv oj(ï''av Tipoç î^v tj oûvautçaÙTOu -/)v; C'est-à-dire : « Ce qui est capable d'agir sur soi-même ne doit-il pas avoir la chose sur quoi son pouvoir s'étend? Par exemple, si on s'entend soi-même, on doit avoir du son ; si on se voit, on doit avoir de la couleur en soi-même. »
Voilà donc le son et la couleur qualifiés du nom d'oùat'a.
Troisième passage de Platon.
Dans le Théélète, page 1 55 E :
Ilpi^ci; 8à xal ysvéuîiç xal irïv to àopaxov oùx OLTZoBgyoïxevoi u)ç èv où(7(aç [jL£p£t. C'est-à-dire : « Ils ne mettent pas au rang des êtres» réels les actions, les productions et toutes les autres choses invisibles. » Platon donne ici le nom de oùaîa. aux actions et aux autres êtres moraux qui sont comme des accidents.
Quatrième passage de Platon.
Dans le Théélète, page i36D de l'édition de Marsile Ficin^.
Tf,v oe ys oÙg'.'X^ xai 0 xt I<3tov xal x'/jv evavxioxrixa ■Jîpo; àXX"(]X(o xal x'^v oùffiav au x^ç êvavxtoxTiXOç aùxT] •/] (|>u)^t, cTravtouffa xal auijLêàXXoutra 7:po; aXXrjXa xpivetv Tretoixat TjixTv. C'est-à-dire : « Notre âme se mouvant elle-même et comparant ces choses entre elles, nous fait juger de la substance de ces deux êtres et de leur contrariété : elle nous fait même juger de la substance de cette contrariété. »
On voit que Platon doime le nom de substance, oûa^a, à la contrariété des êtres. Or cette contrariété n'est qu'une simple qualité et un pur accident.
2. Marsile Ficin (i 433-1 1^99), célèbre humaniste et philosophe platoniciea de Florence. Outre de nombreuses traductions d'auteurs grecs, il a donné : Theologia platonica de immortalitate. etc. Il n'a point donné d'édition du texte grec de Platon, mais une traduction latine, Florence 1^83, in-fol., souvent reproduite, notamment dans les Divini Plalonis opéra omnia qux exslant, Marsilio Ficino interprète, graecus contextus, etc., Lyon, 1690, in-fol. (Schelhorn, Amœnitates litterarix, Francfort, 1725-1731, 7 vol. in-8, t. I).
6o CORRESPONDANCE [mars 1703
Que les calvinistes viennent après cela nous objecter certains passages des Pères où ces saints docteurs donnent le nom d'oùffia, de substance, aux symboles eucharistiques après la consécration ! Ne sommes-nous pas en droit de leur répondre que les Pères, après le divin philosophe, ont pu appeler oùdiav de simples accidents et qualités corporelles, comme sont la couleur, la figure et le son, qui sont les exemples mêmes dont Platon se sert dans les passages que nous venons de citer ?
C'est à vous. Monseigneur, comme au pi'emier théologien du clergé de France, que j'ai voulu communiquer ces remarques. Si vous les approuvez, je croirai avoir fait une bonne découverte.
Je me recommande toujours à l'honneur de votre protection. Si j'osais, je vous la demanderais présentement au sujet d'une chaire de philosophie qui vaque actuellement au Collège royal par la démission de M. Dupin^. Il me semble que ces chaires sont fondées pour enseigner la philosophie grecque et latine. Si, par votre protection et par votre crédit, je pouvais obtenir celle qui vaque, je tâcherais d'y faire des leçons de philosophie grecque, et surtout de la platonicienne, que Votre Grandeur sait avoir été fort estimée des Pères grecs et latins.
Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, de Votre Grandeur le très humble et très obéissant serviteur.