Fagon, Dodart, Tournefort et Mareschal
7. Ici, Bossuet fait sans doute allusion aux lettres pastorales qu'écrivait La Broue aux réunis de son diocèse, et dont il a é(é question, t. XIII, p. SgS. Il ne publia depuis aucun autre ouvrage; mais on fit circuler plusieurs lettres qu'il écrivit de 1718 à 1720 h propos de la bulle Unigenitas. Après sa mort, on imprima sa Défense de la grâce ejjficace par elle-même, Paris, 1721, in-12. Ce traité composé à la demande du cardinal de Noailles est dirigé contre le P. Daniel et Fénelon.
66 CORRESPONDANCE [avril 170S
221 5. — A Jean Le Scellier.
A Paris, 2 (?) avril 1703.
J'ai. Monsieur, reçu votre lettre. Vous avez bien fait de parler au P. prieur* ; continuez à le presser jusqu'à ce qu'on vienne aux efifets^.
Je suis à vous de bien bon cœur, comme vous savez.
J. Bénigne, é. de Meaux.
Je vous adresse ces lettres ^ pour vous donner occasion de presser.
2216. — Au P. de Riberolles.
[Paris, 5 ou 6 avril 1703.]
Je vous attends incessamment pour recevoir de
Lettre 22i5. — L. a. s. Collection Bucquet-Auxcousteaux. Publiée par M. E. Griselle, op. cit., p. io3. La date indiquée n'est pas sûre, car ces lig^nes paraissent annoncer des lettres du i3 avril 1703. Celle-ci serait peut-être du \i avril.
1. D. l'ierre l-ouet, qui figure encore comme prieur en 1707. Il était né \ Rouen et avait fitit profession à Saint-Faron de Mcaux le 10 juillet i665, à vingt et un ans. Il mourut à Saint-Ouen de Rouen le II février 1730. {Matricula, n» a35i, Bibliothèque Nationale, Rés. Ld '^193, in-fol.).
a. Les religieux tardaient à payer les redevances qu'ils devaient à Bossu et.
3. Sans doute les lettres de l'abbé Bossuet à Le Scellier et aa P. procureur de l'abbaye, qu'on peut voir dans l'opuscule de M. Griselle, p. io3 et 104.
Lettre 22i6. — Ce fragment de lettre nous est connu par M. de Bausset (livre XIII, x). — Le 5 avril, jeudi saint de l'année 1708,
avril 1703] DE BOSSUET. 67
VOUS les consolations spirituelles dont j'ai besoin dans la situation pénible où je me trouve...
2217. — A Lord Lovat.
J'envoie à Milord les Catéchismes que j'ai publiés pour mon diocèse, dont le titre lui apprendra le sujet \
après une consultation de Mareschal et de Tournefort, Bossuet apprit qu'il avait la pierre. Il manda auprès de lui l'abbé de Saint-André et le P. de Riberolles, supérieur de son séminaire. Auparavant, il avait écrit au P. Jean Damascène Bonnet, trinitaire de Meaux, son confesseur : « A Paris, 5 avril i^oS. J'ai un extrême besoin, mon Révérend Père, que vous veniez ici au plus tôt pour me déterminer h la taille, qu'il faudra peut-être subir au premier jour ». Mais cette lettre, dit Ledieu, qui nous l'a conservée, ne fut ni envoyée ni achevée : M. de Meaux s'y déclarait trop, au g-ré de l'abbé Bossuet. Le prélat en écrivit une autre, dans laquelle il disait simplement à son confesseur qu'il avait besoin de lui, sans expliquer pourquoi (Ledieu, t. II, p. ^og et Aïo; cf. la relation de l'abbé de Saint- André, à la suite des Mémoires de Ledieu, t. I, p. 268).
Lettre 2211 . — Inédite. L. s. De la main de Ledieu, sauf la dernière phrase et la signature (British Muséum, ms. 3i25i, f° 116). — « Ces trois jours, mardi, mercredi, jeudi, M. de Meaux a eu des conférences chez lui avec Milord Louvet, g-entilhomme écossais, protestant sur la religion; et, ce samedi matin, il lui a écrit une grande lettre sur ce sujet, lui envoyant son Catéchisme et ses Prières ecclésiastiques, que ce gentilhomme lui avait demandés pour apprendre la liturgie, le culte et les têtes de l'Eglise. C'est M. le nonce ordinaire qui le lui a envoyé, accompagné de son auditeur. » (Ledieu, t. II, p. 4i7)- Sur Lovat, voir plus haut, p. (4/1.
I. Catéchisme du diocèse de Meaux par le commandement de Monseigneur l'Illustrissime et Reuerendissime J. B. Bossuet, 1687, in-12. Sous ce titre général, on trouve, après un Avertissement, 1° Premier catéchisme ou abrégé de la doctrine chrétienne pour l'usage de ceux qui commencent ; 2° Second catéchisme pour ceux qui sont plus avancés dans la connaissance des mystères et que l'on commence à préparer à
68 CORRESPONDANCE [avril 1703
Le second est très important, parce qu'il comprend une ample explication du Symbole, et les instructions nécessaires pour la pratique des vertus, des préceptes et plus particulièrement des sacrements.
Mais le troisième sera encore plus utile à Milord, parce qu'il y trouvera le fonds de la liturgie et la suite de toute l'année chrétienne, qui comprend tous les mystères, avec les principales fêtes qui se célèbrent dans le cours de l'année dans l'Eglise catholique.
J'ajoute à ce livre celui des Prières ecclésiastiques^ , etc., composé en conformité avec le précédent. Milord verra par la table générale qui est à la fin du livre, qu'il contient l'explication des principales parties, non seulement de l'office divin en général, mais encore de la sainte Messe en particulier, et l'esprit avec lequel il y faut assister. Ces choses sont simples et elles ont été faites pour les simples, parce qu'il y fallait enseigner la simplicité du culte. Mais je me suis étendu davantage sur la confession et sur la sainte communion, qui sont les moyens de la sanctification des fidèles, et le plus fréquent exercice de leur piété. Il verra aussi que tout le culte de l'Eglise se rapporte et se termine à Dieu seul. Par
la communion ; .3° Catéchisme des fêles et autres solennités et observ:inces do l'Eglise. — Bossuet envoyait sans doute à son correspondant un exem|>laire de la dernière «'idilion parue de son vivant, Paris,
1701, in-ia.
2. Prières ecclésiastiques pour aider le chrétien à bien entendre le service de la paroisse, aux dimanches et aux fêtes principales. Paris.
1689, in-i2. L'édition la plus récente était de 1701.
avril 1708] DE BOSSUET. 69
exemple, ce qu'on appelle l'office de la Vierge est composé de psaumes et autres pièces, afin de rendre grâces à Dieu du mystère de l'Incarnation, à laquelle Dieu a voulu qu'elle eût tant de part.
Si iMilord prend la peine de lire l'avertissement qui est à la tête des litanies de la Vierge, il verra quel est l'esprit de l'Eglise et quelles en sont les traditions.
En un mot, toutes les prières vont à Dieu par Jésus-Christ, en qui Dieu a renouvelé toutes choses.
Au reste, je prie Milord d'être persuadé que je ne l'oublierai jamais et ne cesserai de le recommander à Dieu avec toute la sincérité possible.
C'est là un pacte éternel entre lui et moi ^ qui suis à jamais son très humble et très obéissant serviteur.
A Paris, ce samedi 38* d'avril 1708.
2218. — Placet adressé au Roi.
Ce n'est ni par mérite, ni par service aucun, mais par la grande bonté de Votre Majesté toute seule,
3. Le i^'mai 1708, Bossuet rendit compte au Boi de la conversion de Milord Lovat(Ledieu, t. II, p. 4 19)- On peut voir en l'appendice, plus loin, p. 899, la lettre que ce gentilhomme, après son abjuration, écrivit au Pape.
Lettre 2218. — Cette pièce sans date fut rédigée à la fin d'avril et présentée au Boi à Versailles, le i""^ mai 1708. Elle a été donnée dans le Journal de Trévoux, février 1765, par Mercier, abbé de Saint- Léger. Deforis (t. X, p. 509) ayant insinué que cette publication
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dont j'ai reçu et reçois tous les jours des marques si éclatantes, que j ose prendre la confiance d'exposer à Votre Majesté l'état où je suis, et le secours que je puis recevoir de cette extrême bonté dont je suis si pénétré.
Après avoir écouté les conjectures et les raisonnements des hommes les plus consommés en science et en expérience, j'ai cru devoir venir depuis quinze jours* aux épreuves les plus assurées entre les mains de MareschaP, et il a été trouvé que j'avais une pierre. Il est constant, par la même épreuve, qu'elle n'a pas plus de grosseur qu'il en faut pour donner prise, et que, Dieu merci, elle est encore de la figure et de la qualité qui la peuvent rendre la moins incommode. J'en ai même une preuve expérimentale, puisqu'on a jugé par les accidents qu'elle dure depuis deux ans dans le même état, sans que j'en aie reçu aucune notable incommodité, non plus que depuis que je sais le mal. Il y a cent expériences connues, de personnes qui ont porté le même mal des dix et quinze années avec quelques incommodités plus ou moins grandes, et toutes plus supportables que celle de la taille, à quoi on ne vient qu'à
avait éiè. Fiiite dans l'intention de nuire à la réputation de Bossuet, Mercier de Sainl-Lé(fer lui écrivit, pour s'en défendre, une lettre qui a été publiée par Ant. de [^antenay (L. Bertrand), Mélanges de biographie et d'histoire, Bordeaux, i885, in-8, p. 564-
I. C'est le 5 avril, que Bossuet Put averti qu'il avait la pierre (Ledieu, t. II, p. 4oi ;» 4 19).
a. Georges Mareschal, premier chirurgien du Roi et chevalier de Saint-Michel, mort le i^ décembre I73(), âgé de soixante-tlix-huit ans, en son château de Bièvre, près de Versailles (V. son Eloge dans les Mémoires de l'Académie île chirurgie, t. II, p. xxxi et suiv.).
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l'extrémité, et après avoir tenté toutes sortes d'adoucissements. C'est la résolution où Dieu me met, selon les règles de la prudence chrétienne, offrant à sa divine Majesté tout ce qu'elle voudra me faire souffrir, en esprit de soumission et de pénitence.
11 n'y a que mes fonctions qui m'inquiètent, et j'aurai l'honneur de le dire à Votre Majesté sous les yeux de Dieu, en toute humilité et vérité, que j'y suis soulagé, plus que je ne puis exprimer, par l'abbé Bossuet, mon neveu. Oserai-je dire à mon maître, et à un maître si bon, Sire, permettez-lemoi, qu'une de mes aversions, c'est de prôner ceux qui m'appartiennent? Mais, puisqu'il faut dire la vérité à son roi, je puis assurer Votre Majesté, sans craindre d'en avoir jamais de reproche, ni devant Dieu, ni devant les hommes, que l'abbé Bossuet fait, depuis douze ans qu'il est archidiacre, et depuis quatre ans qu'il est de retour de Rome et mon grand vicaire, toutes mes visites avec un soin dont je suis content, et avec une parfaite édification des curés, des chapitres, des couvents et communautés religieuses, et de tout le peuple' ; en sorte que je ne crains point de me flatter^ en répondant à Votre Majesté de sa bonne conduite.
Je ne présume pourtant pas de supplier Votre Majesté de s'en rapporter à mon témoignage, quoique rendu en conscience sous les yeux de Dieu ;
3. Ledieu, soupçonnant alors que Bossuet songeait à assurer quelque établissement à son neveu, fait cette remarque : « Cet abbé le désire fort et semble vouloir s'y disposer : depuis un mois ou six semaines, il a porté sa soutane régulièrement toute la journée jusqu'au soir et tant qu'il y avait au logis quelqu'un de dehors » (Ledieu, t. II, p. ^oç).
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au contraire, je la conjure par toute sa bonté d'en venir au plus rigoureux examen : Votre Majesté saura bien choisir des personnes désintéressées. Je le mets à toute épreuve, assuré qu'il se trouvera que c'est un esprit solide et sérieux, occupé du ministère ecclésiastique, plus éloigné du monde qu'on ne saurait croire, prêtre disant souvent la sainte messe avec édification. Aussi est-il dans un âge mûr, âgé de trente-neuf ans. Il n'est prêtre que depuis quatre années, au retour de Rome ; et il a cru qu'il prendrait ici le sacerdoce avec plus de réflexion et de recueillement, après toutes les épreuves de mon séminaire, où il a été.
Puisque je viens de dire un mot de son voyage de Rome, Votre Majesté aura peut-être la bonté de se souvenir des quatre années qu'il y a passées à combattre le quiétisme, des contradictions de toutes les sortes, et même des calomnies ' qu'il a eu à essuyer, dont la fausseté a été reconnue. Je l'ai loué de sacrifier tout autre intérêt à la vérité. Votre Majesté, Sire, la protégeait ; et l'abbé Bossuet est trop heureux qu'elle ait daigné approuver sa conduite.
Je continuerais à gouverner mon diocèse tranquillement, tant qu'il plairait à Dieu ; mais je ne puis m'exposer aux ordinations et aux cérémonies pontificales sans quelque péril, et surtout à la Confirmation, qui fait la consolation des peuples et la principale bénédiction des visites. C'est, Sire, ce
4. Allusion ù l'aTenlure de l'.ibbé Bossuet à Rome (t. IX, p. i^S, J87, a3i, l,l^Q■, t. X, 424).
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qui me donne la pensée, et me met dans la nécessité, prosterné aux pieds de Votre Majesté avec une humilité profonde, de la supplier de vouloir, par sa grande et très grande grâce, me donner mon neveu pour successeur. Par ce moyen, Sire, Votre Majesté me fera achever ma vie en repos, je serai un exemple éclatant de sa grande et excessive bonté. Mon neveu, instruit de mes sentiments et soutenu de mes conseils, continuera le peu de bien que j'ai tâché, pendant vingt-deux ans, d'établir et d'entretenir dans mon diocèse. La voie de coadjutorerie^ marquerait une bonté plus déclarée de Votre Majesté, joint que, conservant mon autorité, elle me rendrait peut-être plus utile au diocèse. Mais, en quelque sorte que Votre Majesté daigne en ordonner, je m'abandonne à elle. Je suis prêt de donner ma démission pure et simple : Votre Majesté saura faire ce qui sera le plus utile. Au surplus, je n'attends rien que de la seule très bienfaisante bonne volonté du plus grand comme du meilleur de tous les maîtres, et soutenu de ses bienfaits, dans le repos et dans le bon air de Meaux et de Germigny, qui est devenu comme mon air natal, si Votre Majesté l'a agréable, je pourrai achever mes jours en paix ; et même, si Dieu le permet (car qui connaît ses bontés, et qui peut y donner des bornes?), je pourrais, en ménageant mes forces, qui à cela près sont entières, continuer à servir l'Eglise, en tout cas prolonger
5. Bossuet souhaitait de demeurer évêque, son neveu lui étant adjoint pour coadjuteur avec future succession ; mais il se déclare prêt à donner sa démission pure et simple en faveur de cet abbé.
74 CORRESPONDANCE [mai 1708
ma vie dans le service de Dieu jusqu'à une fin naturelle, telle qu'il lui plaira la marquer, et en remplir tous les moments de vœux pour la personne sacrée de Votre Majesté, si nécessaire à vos peuples et à toute l'Eglise.
2219. — A Antoine de Noailles.
Gomme je n'ai rien de caché * pour Votre Eminence, je lui envoie le mémoire ^ que je viens de présenter, et qui a été bien reçu. Je ne demande rien à Votre Eminence : je sais qu'elle est disposée à me faire tout le plaisir possible ; mais il faut attendre l'occasion naturelle, et surtout ne témoigner aucun empressement de ma part. En effet, je n'en ai aucun ; car je ne compte pas pour empressement de vous instruire, Monseigneur, à toutes fins. L'occasion décidera ; et, quant à présent, je crois qu'il n'y a rien à faire, pas même le moindre semblant : la chose viendra naturellement quand Dieu le voudra. Ce n'est non plus par empressement que j'envoie copie du mémoire à M™" de Maintenon : il faut instruire ses amis à toutes fins, et les laisser faire selon l'occasion que Dieu fera naître, et les mouvements qu'il leur mettra dans le cœur.
Lettre 2219. — Une copie à la Bibliothèque de Reims, vas. ii45. Celle lettre fut écrite et envoyée par Hossuet au sortir de l'audience qu'il eut du Roi (I^edieu, t. Il, p. ^19)
I. Rossuet frardail le secret sur ses démarches en faveur de son ncTCU (Ledieu, ibid.).