l^e placet qu'on a pu lire, p
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L'Abbé est en visites pour quelques jours* ; j'offre à Votre Emlnence mon obéissance et la sienne.
A Versailles, i*' mai 1708.
2220. — M. Le Vray a Boss
UET.
Monseigneur,
On a été mortifié d'apprendre que Votre Grandeur se soit donné la peine d'écrire à Dijon pour demander l'Histoire du Quilloiisme^ qui y paraît depuis quelque temps, au lieu qu'on
3. Il était parti le 3o avril pour visiter les paroisses voisines de Meaux (Ledieu, p. 4i8 et ^20).
Lettre 2220. — Copie faite par Ledieu, ms. de Saint-Sulplce. Cette lettre, signée Le Vray, est, comme on le verra, de l'auteur même de l'Histoire du Quillotisme. et ce pamphlet, sur la parole du P. Oudin, jésuite, est attribué à Hubert Mauparty (J.-B. Michault, avocat au Parlement de Bourgogne, Mélanges historiques et philologiques, Paris, 1754, in-i2, t. 11, p. Ii86 ; Moréri, article Quillot). — Hubert Mauparty, baptisé à Saint-Amâtre de Langres le 25 février 1660, était fils de Germain Mauparty, grenetier au grenier à sel de Monisaugeon, et de Nicole Baudot. Il avait été pourvu, le 3o mai 1688, d'un office de conseiller au bailliage et siège présidlal de Langres, et y avait été reçu, bien que son beau-frère, Gabriel Delecey, fût déjà procureur du Roi au même siège. Il mourut en 1788 et fut inhumé le i3 juin dans l'église Saint-Amâtre de cette ville, en présence de ses neveux, Antoine Christophe Delecey, officiai du Chapitre, et Claude des Barres, baron de Miirac. Il avait un frère, François Mauparty (i65G-i7ao), jésuite à Dijon, fort opposé à Quillot, et qui fut sans doute l'inspirateur, sinon en partie l'auteur du livre dont le magistrat langrois avouait au P. Oudin la paternité (Inventaire des archives de Lnngres, par Jullien de La BouUaye, Troyes, 1883, in-4 ; Archives Nationales, X* B 8877, 26 juin 1688 j Bibliothèque Nationale, Pièces originales ; renseignements fournis par M. le baron de L'Horme et par M. L. Marcel, chanoine de Langres).
I. Réponse à l'apologie en forme de requête présentée à l'ojjicial de Dijon par Claude Quillot, prêtre de ladite ville. Histoire du Quillo-
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aurait dû vous prévenir sur cela. Gomme toute l'Europe sait le zèle que vous avez fait paraître pour détruire l'infâme secte des quiétistes, on avait bien cru qu'il serait à propos que vous fussiez instruit des désordres qu'elles a faits en Bourgogne et de l'appui quelle a trouvé à Dijon, alln que vous puissiez, Monseigneur, employer votre crédit pour arrêter le cours de ces désordres qui ne continuent que trop encore à présent, et pour faire cesser le scandale qu'ils causent aux gens de bien.
Le livre que Votre Grandeur a demandé avait paru bien propre à vous découvrir fidèlement la vérité de tout ce qui s'est passé ici sur cette matière; car, de l'aveu des principaux juges et du rapporteur lui-même*, les faits rapportés dans ce livre sont tous très véritables, et ils y sont adoucis plutôt qu'exagérés. Il en est de même pour la doctrine : on a plutôt retranché des dépositions que d'y ajouter. Mais, Monseigneur, comme ce livre a été écrit fort à la hâte, quoiqu'il soit venu un peu tard, et que ce n'est proprement qu'un factum plutôt qu'une histoire, qui demanderait d'être travaillée avec plus d'art et plus de finesse, on n'a pas cru que cet ouvrage fût digne de vous être présenté, ni qu'un auteur de votre mérite, habitué à écrire si poliment et si solidement, pût avoir un goût à lire un ramas assez mal digéré de faits souvent trop peu considérables pour avoir place dans une histoire. Voilà, Monseigneur, ce qui a fait perdre la pensée qu'on avait prise d'abord d'envoyer ce livre à Votre Grandeur, et de la prier de vouloir bien se servir des connaissances qu'elle en tirerait, pour empêcher que le libertinage de
lisme, Zell (Reims), 1708, in-4. Cet ouvrage futr<^pandu dans Dijon, et même jett^ dans les couvents des deux sexes le soir du 9 avril 1708. 2. Le rapporteur dans le procès de Robert avait été Etienne Malteste, seigneur des Tarts, conseiller nu I^arlemeiit de 1678 à 1704. H était (ils de Claude Malteste, aussi conseiller au même Parlement. Il mourut iï Lyon le 37 août 1706, et fut inhumé dans l'église des Céleslins (K. Petitot, Conliwialion de Vhisloire du Parlement de Bourfjorjne, Dijon, 1788, in-fol., p. yi; J. d'Arbaumoiit, Armoriai de la (Chambre des Comples de Uourf/ogne, Dijon, 1881, iii-8, p. afii).
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certains directeurs ne nuise plus longtemps à l'Église à la faveur d'une doctrine pernicieuse dont ils se couvrent.
Quoique ce soit là le motif qu'on s'est proposé en donnant cet ouvrage au public, quelques ecclésiastiques intéressés à cacher la vérité ont attribué des intentions bien différentes à l'auteur, et n'ont rien épargné pour faire croire que le livre était pernicieux et détestable, dans l'espérance qu'ils empêcheraient par là qu'on ne le lût, et qu'on n'y découvrît ce qu'ils ont grand intérêt de tenir caché. C'est dans ces vues qu'ils ont écrit fortement à l'évêque de Langres^ et que, l'ayant même été trouver dans son séminaire, ils ont obtenu de ce prélat l'ordonnance* qu'on vous aura envoyée avec ce livre. Votre Grandeur en jugera sainement en la lisant, et il n'y a rien à lui en dire ; elle verra bien que, si le livre était condamnable sur les raisons ou plutôt sur les prétextes qu'on en apporte, il faudrait condamner saint Augustin, saint Epiphane et les autres Pères qui ont écrit les abominations des gnostiques et des autres anciens hérétiques, ces Pères ayant jugé qu'il fallait découvrir ces sortes de poisons, afin que, les connaissant, on ne s'y laissât pas surprendre.
On peut seulement vous assurer, Monseigneur, que l'ordonnance de M. l'évêque deLangres n'a pas été reçue à Dijon avec tout le respect qui est dû à ce qui vient de Nosseigneurs les évêques, et qu'il serait à souhaiter qu'elle n'eût pas été faite, plutôt que d'avoir eu si peu de succès. Le Parlement dit qu'il y a de l'abus, d'autres gens pensent y voir d'autres défauts. L'on s'accorde assez à dire que les motifs pour
3. François de Glermont-Tonnerre, fils de Jacques, comte de Clermont et de Tonnerre, et de Françoise de Fleard de Pressins. Il était abbé de Thenailles, au diocèse de Laon, et vicaire général de son oncle, l'évêque de Noyon, lorsqu'il fut nommé, le 3i décembre lôgf», à l'évèclié de Lanjjres, qu'il conserva jusqu'à sa mort, 12 mars 172^ (Voir l'abbé Mathieu, Abrégé de l'histoire des éuêques de Langres, Langres, i844, in-8, p. 226 et suiv.).
4. Ordonnance de M. Fr. de Clermont-Tonncrre, évêque de Langres. du 21 avril ijoS, parlant condamnation d'un livre intitulé Histoire du Quillolisme , Langres, 1708, in-4. Nous la renvoyons à la page
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lesquels elle a été faite, ne paraissent pas des plus purs, et que M. l'évêque de Langres aurait mieux fait de travailler efficacement à corriger ou à changer ses officiers ecclésiastiques, et à punir les dérèglements de quelques-uns de ses prêtres, que de chercher à couvrir les désordres des uns et des autres. Un de Messieurs du Parlement, parlant l'autre jour du livre et de l'ordonnance, disait assez agréablement: « Voici quelque chose d'assez étrange: le livre, dit-on, est détestable, abominable et ne peut venir que d'un scélérat ; cependant il attaque l'hérésie et ses fauteurs, et défend la religion. L'ordonnance vient d'un évêque ; et pourtant elle soutient les ennemis de la religion, et se déchaîne contre ceux qui les combattent. »
Elle vient bien moins de l'évêque de Langres que de ses officiers, gens fort véreux. Cependant tout cela redouble le scandale que cause déjà la présence d'un nommé Quillot^. Les gens de bien sont indignés de le voir se montrer partout
5. Claude Quillot était fils d'un artisan d'Arnay-le-Duc. Après avoir élè. précepteur cliez M. Bernard de Cliiiidrey, conseiller au Parlement de Bourgogne, il se fit admettre chez les chartreux ; mais sa santé ne lui ayant pas permis d'y rester, il entra dans le clergé séculier et fut prêtre mépartiste à Saint-Pierre de Dijon. Là, il s'adonna à la direction des consciences. Il fut mis en rapport avec jyjme Guyon, qui lui l'ut adressée par Bernard, prêtre de Chalon-sur- Saône, en rG86, lorsqu'elle revint en France. Bien qu'il eût été rendu suspect de quiétisme par l'abbé de La Pérou.se, qui avait prêché une mission à Saint-Michel de Dijon en 1689, il n'en eut pas moins de crédit. Impliqué dans le procès du curé de Seurre (l. XI, p. 890 à 399), il l'ut, après une longue procédure, condamné par contumace par j'officiai, le 17 juillet 1700, à trois ans de réclusion dans un monastère, et un arrêt du Parlement, du 37 août suivant, le mit hors de cour sur le cas privilégié. Il revint ensuite J» Dijon purger sa contumace, et à cet effet présenta à l'official une requête dressée par le célèbre avocat Jean Melenet (Cf. Papillon, t. II, p. 4a) et dont on peut voir le texte dans V Histoire du quillotisme, p. laa. Ayant été absous à pur et à plein (10 avril 1701), il reprit ses fimctions à l'exception du sacrement de Pénitence (De La cuisine, Histoire du Parlement de Bourgogne, Paris, i864, 3 vol. in-8, t. HI, p. laa à i34; le P. Chérot, Autour de Dossuet, 1901, in-8, p. 64 et suiv.).
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insolemment, assister à des conférences, paraître à l'autel et dans les fonctions ecclésiastiques aussi hardiment que si on n'était pas convaincu dans le monde de ses désordres, et que si on ne savait pas que cinq des plus habiles et des plus intègres de Messieurs du Parlement l'ont condamné au feu, d'autres aux galères perpétuelles'', comme Votre Grandeur le pourra voir dans l'Histoire. L'impunité qu'il a trouvée à la faveur de ses protecteurs et de ses protectrices^ a causé bien du mal à Dijon et dans les diocèses voisins, en particulier dans celui de Besançon*, où l'on se plaint que beaucoup d'ecclésiastiques donnent dans le quiétisme depuis ce temps-là. On assure constamment qu'il y a encore à Dijon plusieurs directeurs qui enseignent et qui pratiquent ce que cette secte a de plus abominable. Mais on sait que bien des gens n'osent parler ouvertement, parce que les supérieurs veulent dissimuler et même ignorer ces désordres; ce qui est le moyen le plus propre à donner lieu à l'hérésie de se nourrir et de s'étendre secrètement.
Puisque vous désirez. Monseigneur, vous instruire de cette affaire par le livre que Votre Grandeur a demandé et qu'on lui a envoyé, on espère que votre zèle pour le bien de l'Église vous portera à faire cesser le scandale. Et il semble que le moyen le plus propre, quant à présent, serait que Votre Grandeur voulût bien suggérer au Roi d'éloigner Quillot de Dijon, ou même de le faire enfermer ', afin qu'il ne
6. 11 s'agit évidemment ici de l'avis donné par ces conseillers, mais non du jugement rendu par le Parlement lui-même.
7. Parmi ces protecteurs, VHistoire du Quillolisme cite (p. ^27) Etienne Filsjan, officiai (t. XI, p. 899), Gliarles Bénigne de Thésut, seigneur de Ragy et doyen du Parlement, son fils et sa belle-fille, le procureur général Parisot, M™*^ de Blancey et d'Aiserey et surtout M'"* Languet, née Marie Robelin, veuve de l'ancien procureur général Denis Languet, mère du futur archevêque de Sens et parente de Bossuet. D'autres personnes notables de Dijon sont aussi mentionnées dans le recueil de Ledieu (à Saint-Sulpice).