‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 30 sur 211 · Cet alinéa manque aux éditions · texte numérisé non relu

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11. Fj'official Fiisjan. Voir son éloge par les Visitandines, I. XI, p. 399.

mai 1708] DE BOSSUET. 81

Le promoteur'^ est un intrigant qui, à force de présents et d'intrigues, se tire d'affaire en toute occasion. Il y en a de fort mauvaises à lui reprocher. Il était un des accusés dans l'affaire du quiétisme'^, et plusieurs juges habiles et éclairés ne le croient guère moins coupable que Quillot. Cependant M. l'évêque de Langres s'y laisse tromper, et, parce que ce prélat est naturellement bon et honnête, il ne veut point qu'on lui parle contre ses officiers ; mais la manière dont on en parle dans tout Dijon ne lui fait pas honneur.

On espère, Monseigneur, que Votre Grandeur voudra bien faire quelque attention à ce qu'on a l'honneur de lui écrire. Si elle se défiait tant soit peu de ce qui lui vient d'un inconnu, elle pourrait s'adresser à M. Malteste '*^, ancien conseillfT, qui a été rapporteur de cette affaire, ou à M. de Maillard*', qui l'a instruite comme commissaire, ou à tel autre

12. Etienne Carme du Chailloux, docteur en théolog-ie, promoteur du diocèse de Langres, curé de Sainî-Philibert de Dijon, de 1672 (?) à 1727, qui mourut le 26 janvier 1728 (Archives de Dijon, B 569). Né à Marcigny, diocèse d'Autun, il était entré le l\ juillet 1669 au séminaire Saint-Sulpice, où il s'était lié avec Godet des Marais, le futur évèque de Chartres. Accusé de quiélisme, il fut, en 1699, décrété de prise de corps par le Parlement de Dijon ; mais l'official Filsjan écrivit alors à Tévèque : « On aura peine à croire qu'un homme élevé à Saint- Sulpice avec Mgr l'évêque de Chartres, qui lui donnait dans cette maison des marques d'affection..., duquel M. Tronson, etc., rendront toujours bon témoignage, ait donné lieu à décerner un décret contre lui ». Il ne fut pas donné suite au procès (Voir la Correspondance de M. Tronson, t. III, p. 285 et 292 ; le P. Chérot, Autour de Bossuet, Paris, 1901, in-8, p. 6t à 66). L'Année sainte de la Visitation (^A.nnecy , 1868, in-8, t. VI, p. 2o4)loue la science et l'héroïque vertu du curé de Saint-Philibert, de même que son zèle contre les novateurs. Il avait deux frères dans la Compagnie de Jésus, et une sœur religieuse à Paray-le-Monial. i3. Voir ['Histoire du Quillotisme, p. 53. Etienne du Chailloux avait

été relaxé par la sentence de l'official Filsjan le 17 juillet 1700. On trouvera cette sentence plus loin, p. 180 et suiv. 14. Etienne Malteste mentionné plus haut, p. 76iS. Claude Demaillard, conseiller au Parlement de Bourgogne

depuis 1669. Il mourut à Dijon le 4 janvier 1720, et fut inhumé dans

l'église des Cordeliers. (F. Petitot, op. cit., p. 83 ; Archives de Dijon,

B, 56i, registre de Saint-Michel).

82 CORRESPONDANCE [mai i7o3>

qu'il lui plairait, pourvu qu'il ne fût pas du parti quiétiste, qui est assurément très nombreux pour différentes raisons. Si, par son crédit, elle voulait bien contribuer à délivrer Dijon de cette maudite secte, toute la ville lui en serait redevable, et cette obligation, quoique commune, redoublerait en moi le profond respect avec lequel je suis, Monseigneur, de Votre Grandeur le très humble et très obéissant serviteur ^^.

Le Vray.

A Dijon, 2/4 mai i7o3.

Sascription: A Monseigneur l'Évêque de Meaux, conseiller d'État, rue Sainte-Anne, à Paris.

222 1. — A M"* DE La Maisonfort.

A Paris, 17 mai 1708.

Vous ne devez pas croire , ma Fille , qu 'il y ail apparence que je ne serai que rarement dans mon diocèse : c'est là une inquiétude sur des apparences qui n'ont rien de solide, puisque je vous assure au contraire que mes sentiments y sont tout à fait opposés

Comptez que, quand Dieu vous otera un père, il vous en donnera un autre. Quand Dieu donne de la confiance aux âmes, c'est une marque quil veut qu'on les aide.

16. A la demande de Pontchartrain, l'Histoire du Quillolisme fut poursuivie p;ir le profureur gt^néral Piirisot et supprimée par arrêt du Parlement de Dijon, le Ç) juin 1708 (Plus loin, p. 180; cF. Lettres inédiles écrites par Nicolas Bralard, publiées par M. de Lacuisine, Dijon, iSÔg, a vol. in-8, t. II, p. 3o8 ; Bibliotlicquc Nationale, n. a. •t. 2ïi^2, F" 160 et suiv.; Moréri, article Quilloi, et Papillon, lUbliothequr des auteurs de Bourgogne, article Melenet).

Lettre 2221. — Ces lignes étaient destinées à dissiper les inquiétudes où aviiienl jeté Mme de La Maisonfort les bruits répandus sur la santé de Bossuet.

mai i7o3J DE BOSSUET. 83

'222-2. — A DoM Jean Mabillon.

A Paris, 22 mai 1708.

Je me suis fait lire, mon Révérend Père, la Vie* que vous venez de m'envoyer, avec les prières y jointes. Il faudrait un peu adoucir l'endroit de la Becnaude", page 9, et en supprimer le nom, qui n'est pas assez sérieux pour être imprimé. La raison voudrait qu'on ne parlât point de la pierre ' ; mais, comme il y a là une instruction pour la modestie *, il faut seulement adoucir l'endroit avec des on dit, on croit communément sur le témoignage de quelques

Lettre 2222. — i . Uue vie de saint Fiacre en manuscrit ou en épreuves. Il ne semble pas qu'elle ait été publiée.

3. Femme qui accusa de magie et de sortilèges saint Fiacre auprès de saint Faron, évêque de M eaux, et à qui le menu peuple avait donné ce surnom injurieux, « encore en usage, écrivait Toussaints du Plessis, dans quelques provinces de France ».

3. Une pierre sur laquelle, suivant la tradition, saint Fiacre s'était assis et qui, s'amollissant sous lui comme la cire, reçut et garda l'empreinte de son corps. « On nous fera, dit Toussaints du Plessis, la justice de croire que nous ne donnons point cette histoire comme véritable. Cependant on conserve depuis plusieurs siècles, dans le monastère de Saint-Fiacre, une grosse pierre de figure ronde et creusée vers le centre de sa surface. Elle est placée à main gauche en entrant, dans la nef de l'église qui porte aujourd'hui son nom, ...et, pour la commodité des pèlerins aussi bien que pour la décence, on l'a posée sur une espèce de socle ou de piédestal de mastic ou de pierre brute. Ceux qui sont affligés des hémorrhoides vont s'y asseoir avec modestie sans se dévêtir ni relever leurs habits, et je sais de manière à n'en pouvoir douter, que plusieurs personnes, hommes et femmes, y ont trouvé une entière et parfaite guérison. » (Histoire de l'Église de Meaux, t. I, p. 55; cf. iMabilIon, Acia sanctorum ordinis sancli Benedicli, t. II, p. SgS ; Baillet, Vies des saints, au 3o août; les Bollandistes, t. VI d'août.)

A. Depuis la Becnaude, les femmes furent, dit-on, miraculeusement écartées de l'ermitage du saint.

84 CORRESPONDANCE [mai 1708

auteurs assez anciens, et ainsi du reste. Il faut aussi adoucir par de semblables expressions ce qui est rapporté dans la même page sur l'ambassade des Écossais et la royauté de saint Fiacre ^ Il faut aussi retrancbor une grande quantité de vers fort impertinents. Au lieu des miracles qu'on y énonce trop grossièrement, on pourrait se contenter de traduire la prose qu'on lit dans l'église* : ce qu'on dit de la chasteté de saint Fiacre et de cette fille, est compris parmi ces vers. Après ces corrections, que je vous prie de m'envoyer au plus tôt, et dont aussi je me

5. Certains auteurs ont fait de saint Fiacre le frère de Ferquard I*', roi d'Ecosse, « connue depuis sous le nom d'Irlande », et ont raconté que, ce prince ayant l'ié di-trôné, ses sujets envoyèrent demander à saint Fiacre, qui d'ailleurs n'y voulut point consentir, de revenir dans leur pays et de régner sur eux (Mabillon, op. cit,; Toussaints du Plessis, p. 55 et 682).

6. Dans l'église de Saint-Fiacre. Cette prose ne nous est point parvenue. Le Missel de Meaux de 1709 n'avait point de prose pour cette fête. Celle qu'on trouve dans le Missel de i836, publié par Mgr Gallard, est empruntée au Missel de Paris de 1706 :

Te, Fiacri, vindicat

Et suos te praedicat

Cives inler Gallia.

On a remplacé seulement Gallia par Brujia (la Brie). Cf. Prosœ novae e missali Parisieiisi extractx, Paris, 1706, in-13, p. ao4; cf. t. IX, p. i5. Voici quelques vers de l'une des deux proses reproduites par les Bollandistes (tome VI d'août, p. 5()9):

...Virtutum fulgct titulis,

Medelur cœcis oculis,

Polypo, fico", calculis,

Fehribus, morbis singulis.

Fidentem in Fiacrio Nulla Ijedet corruplio, Pia cujus devotio Purgat ab omiii vitio.

") {J''icvLm ou viscum, Gz de saint Fiacre, sorto de chancre).

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repose sur votre prudence, je ferai ce qu'il conviendra.

Je suis à vous, mon Révérend Père, comme vous savez, de tout mon cœur.

J. Bénigne, é. de Meaux.

2 2 23. — Hercule de Fleury a Bossuet.

A Fréjus, 3o mai 1708.

Le sieur Anisson, Monseigneur, m'a retardé longtemps le plaisir de lire votre dernier livre' ; car je ne l'ai reçu que depuis deux jours, et je n'ai pu le quitter sans l'achever. Vous êtes en vérité le défenseur de l'Église ; et je crois qu'on dira de vous comme de saint Jacques -, que les hérétiques n'ose-

Lettre 2223. — L. a. s. des initiales. Communiquée par M. Pearson, de Londres. — André Hercule de Fleury a déjà été mentionné, t. IX, p. i5. Il répond à une lettre de Bossuet que nous n'avons plus, mais queLedieu (t. II, p. 346) a ainsi résumée: « Hier (i i décembre 1702), il écrivit à M. de Fréjus, son ancien ami, lui demandant un dimissoire pour une personne qu'il protège ; il lui envoya en même temps une ordonnance contre la version de Trévoux, et lui annonça son livre qui allait paraître sur la même matière ; et en même temps il se plaijjnait à lui, en des termes pleins de cordialité, que l'esprit d'incrédulité gagnait toujours dans le monde ; qu'il se souvenait de lui en avoir entendu faire la rétlexion ; que c'était encore pis à présent, puisqu'on se servait même de l'Evangile pour corrompre la religion des peuples, etc.. Il lui mandait qu'à son âge, il se portait fort bien, et qu'il n'avait qu'à remercier Dieu de la force qu'il lui donnait pour l'employer à s'opposer à ce torrent. »

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