I. Gaton de Court a été mentionné dans notre t. V, p
88 CORRESPONDANCE [juin 1703
elTet qu'une teinture fort imparfaite de la religion, en sorte qu'il ne savait presque s'il en avait une.
Comme il avait très bon esprit, nous prîmes soin de lui avec affection, et nous lui vîmes venir une grande ardeur d'apprendre solidement le christianisme. Je le reçus dans ma maison ; et tout le monde prenait plaisir de l'entretenir et de lui entendre raconter ses aventures avec une vivacité admirable et un air de vérité qui ne le quittait pas. Il entendait un peu le latin ; et par le rapport des langues qu'il avait apprises dans ses voyages, il se fortifia dans ce qu'il savait de celle-ci : ainsi il entendit presque le Nouveau Testament latin que je lui mis à la main ; et s'aidant dans cette lecture de la pénétration naturelle de son esprit, il prit toute la substance de ce divin livre. Nous achevions le reste par nos instructions, et tout le monde admirait l'application avec laquelle il s'y attachait. Nous remarquâmes qu'il prenait un goût particulier aux prophéties qu'il trouvait dans le Nouveau et dans l'Ancien Testament : il les lui fallait expliquer souvent dans les livres mêmes, et il en était fort touché. Quand nous le crûmes persuadé et qu'il eut reçu les instructions nécessaires, il approcha des saints sacrements avec une piété exemplaire. Il a été plusieurs années dans ma maison, et il m'appela toujours son père. Nous le mîmes depuis dans les Missions étrangères ^ à cause qu'il ne respirait que l'Orient et la Tartarie, et qu'il connaissait la Chine, ou ces Messieurs ont leurs habitudes \ Pour
u. C'esl-i»-dire au sémiuaire des Missions ('■tranyères. 3. Habitudes, relations.
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l'occuper, on lui fit apprendre les mathématiques, où il réussissait ; et il passa dans ces exercices environ quatre années en France, et j'en pris toujours grand soin.
Nous ne savions, Monsieur, que juger de sa qualité : il avait un air noble, simple et sans aucune affectation ; il ressentait un homme de grande naissance. Au milieu de sa modestie, qui n'avait rien que de naturel, il sortait des traits de grandeur : il parlait des pierreries avec lesquelles sa mère l'avait fait sortir de son pays, et on en avait vu quelque reste. Il soupirait profondément, comme un homme qui déplorait, sans dire mot, l'état d'oii il était déchu. Tous les gens d'esprit étaient ravis de l'entendre : ce qui fut cause que nous osâmes le recommander à Monseigneur le duc du Maine, et M. de Malezieux lui procura une pension de ce prince. On lui offrit divers emplois assez avantageux ; mais il semblait toujours aspirer plus haut. Nous lui rendîmes cet honneur, de ne le mettre jamais à des ministères serviles. On ne pouvait s'empêcher de le distinguer des autres étrangers de sa façon. M. Le Pelletier le ministre * l'honorait de ses bonnes grâces, et le gratifiait dans l'occasion de ses libéralités. Ainsi sa condition eût pu devenir supportable en France ; mais il ne songeait qu'à la Tartarie, ce qui lui fit prendre le dessein d'aller en Italie et à Rome, comme à l'abord' de tout l'univers, et oii il
!\. Claude Le Peletier, contrôleur des Finances. Voir 1. 1", p. 899 t. IV, p. i4o, etc.