Abord, lieu où l'on aborde, où l'on vient
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espérait trouver quelque facilité pour regagner son pays.
Mon neveu, qui était alors à Rome, le reçut avec joie, et lui donna tous les secours qui dépendirent de lui, sans le connaître encore que sous le nom du Chevalier Tartare, ou de la Grotte, qu'il avait en France. Comme mon neveu était persuadé que le dessein qu'il avait de retourner en son pays ne pouvait être que périlleux pour sa vie, et le mettrait dans une trop violente tentation de renoncer à la religion chrétienne, dans un pays idolâtre 011 le nom de Jésus-Christ n'est pas connu, il fit ses efforts pour le faire rester à Rome et dans un pays catholique, où il lui promit les mêmes secours qu'il avait en France. Le Chevalier Tartare suivit son conseil : trois années se passèrent ainsi, pendant lesquelles on le fit connaître à beaucoup d'honnêtes gens, et Mme la princesse desUrsins lui accorda sa protection.
Vers l'année 1699, plusieurs évêques et archevêques orientaux, plusieurs riches marchands, que l'année sainte attirait à Rome et qui l'avaient vu à Ispaiian paraître à cette cour avec beaucoup de magnificence, se ressouvinrent de sa personne et de son baplêmc, le reconnurent pour le fils aîné du roi do la Crandc Tarlario, et le nommèrent le prince des Kaïmaquites. Il fut dressé des attestations authentiques de cette reconnaissance par-devant le cardinal Cibo, protecteur des Orientaux, qui est nommé dans la relation. On m'en envoya à Versailles des exemplaires, sur la foi desquels j'obtins le passeport du Roi, qui le qualifia fils du roi de
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la Grande Tartane. Il fut expédié par M. le marquis de Torcy, dans les termes les plus avantageux ; et ce ministre y joignit la description de sa personne, si exacte et si bien circonstanciée, qu'on ne pouvait le méconnaître . Mme la princesse des Ursins ne lui refusa aucun office à la cour de France, non plus qu'à la cour de Rome. Il me pria d'obtenir de Monseigneur le duc du Maine une dernière année de la pension*^ que la générosité de ce prince lui avait toujours continuée à Rome : il partit en cet état, avec mes exhortations à persévérer dans la religion. C'est là que je l'ai perdu de vue ; car, encore qu'il m'ait écrit de divers endroits, comme de Vienne et d'Ispahan, je n'apprenais que très peu de choses de ses aventures, content d'y voir son zèle toujours ardent pour établir le christianisme dans ses pays. Depuis qu'il est à Ligourne, il m'a écrit ses malheurs. Je souhaite qu'il soit assez heureux pour mériter la protection de Sa Majesté ; et, si vous me permettez, Monsieur, de vous dire mon sentiment, je suis persuadé que cette longue suite de malheurs lui aura fait perdre l'espérance de pouvoir réussir dans ses projets à l'égard de son rétablissement dans son pays ; et que si Sa Majesté, toujours généreuse et bienfaisante, principalement pour les malheureux, jugeait à propos de l'arrêter dans un pays catholique,
6. Ledieu ne mentionne pas cette lettre, mais parle d'une autre, <lu 23 août de la même année, aussi adressée à Pontchartrain, en Faveur du Chevalier Tartare, pour qui Bossuet demandait au Roi une pension de deux mille livres (Ledieu, t. II, p. k']0). Ledieu nous apprend aussi que le Tartare, à la fin de l'année I703, fut gratifié d'une pension de quinze cents livres (t. III, p. 37).
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en lui faisant part de ses libéralités, je ne doute point qu'il ne se trouvât très heureux de devoir tout au plus puissant et au plus religieux roi de l'univers.
Je suis avec un respect sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
J. Bénigne, é. de Meaux.
Ce 6 juin 1708.
Suscription : A Monsieur le Comte de Pontchartrain, ministre secrétaire d'Etat, à Versailles,
2 2 25. — A M"* DE MaINTENON.
Je crois, Madame, que vous aurez agréable qu'en vous rendant mes très humbles respects, je prenne
Lettre 2225. — Transcrite par Ledieii dans son journal (ras. de la collecliou A. Gnzier). — Sur le Cas de conscience, occasion de cette lettre, voir plus haut, p. a3, et î» l'appendice, p. 201. Ce fut durant l'ét»'' de 1703 (et non en 1701, comme on le dit communi^menl) que les docteurs de Paris donnèrent leur décision. Ils furent consultés successivement, mais, dans l'imprimé, leur réponse est datée du 20 juillet. En fait, elle doit être un peu antérieure, et probablement du mois de juin. Envoyée aussilôt h l'intéressé, M. Fréhel, (cf. plus haut, p. sS) elle n'avait pas tardé à être par lui communiquée à son ancien confesseur, M. Cay, lequel en avait écrit à M. Lescbassier, supérieur de Saint-Sulpice, docteur de Sorbonne, pour lui marquer son étonnemeiit d'une telle décision, et, dès le 2^ juillet, M. Lescliassier lui ré|)ondil : « J'ai fait voir le cas de conscience que vous m'avez envoyé h plusieurs docteurs bien intentionnés, qui n'ont pas été contents des décisions qui y ont été données. Mais ils ne croient pas à propos d'en faire sijfncr une dilTéreiile, pour plusieurs rai.-^ons. Je ne crois pas que celle décision vous doive faire chanjjcr la conduite que vous avez tenue jusqu'ici. « (Archives tic Saint- Sulpice). Peu de temps après, la réponse des docteurs s'ébruita et
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la liberté de vous donner avis que M. Couet ' a présenté ce matin, signé de sa main, à M. le cardinal
commença à faire beaucoup de scandale. On prétendit que les jésuites, se défiant de la Sorbonne, où leurs adversaires pouvaient être en majorité, voulaient faire condamner le Cas par les évèques assemblés (Ledieu, qui enregistre ce bruit, p. 357, P'^'^'t •^'''C '^ contraire, p. 36o). Le cardinal de Noailles publia une ordonnance du 22 février 1708, conforme aux idées de Bossuet sur la soumission due à l'Eglise sur les faits dogmatiques, et condamnant le Cas de conscience, qui avait été aussi censuré par un bref du Pape, en date du i 2 février. On a vu, p. 26, que les quarante se soumirent, sauf Petitpied,Elliesdu Pin,Delan etGueston, qui furent exilés. Quanta l'abbé Gouet, nommé depuis peu grand vicaire de l'archevêque de Rouen, il fut particulièrement pris à partie, parce qu'on le soupçonnait d'être l'auteur du Cas et qu'il passait pour avoir encouragé Petitpied dans sa résistance. Mais il comptait de zélés et puissants protecteurs, même parmi les prélats amis des jésuites. A la prière de Mme de Maintenon, Bossuet, qui le connaissait et l'estimait, fut chargé par le Roi de mener cette affaire. Après de longues discussions, il fit adopter par les prélats une déclaration que Couet, au grand scandale des jansénistes même les plus modérés, s'empressa de signer, et ayant ainsi satisfait Louis XIV, ce docteur put aller exercer ses fonctions à Rouen (Cette déclaration a été résumée par Ledieu, t. II, p. 438, et imprimée avec les projets précédents sous ce titre: Déclarations de M. l'abbé Couet... sur les Cinq propositions, Liège, 1704, ln-4). Cependant le Conseil du Roi décida de ne point donner de lettres patentes pour la réception du bref du Pape, et les Parlements poursuivirent les évêques qui, dans leurs mandements sur le Cas, s'étaient écartés des maximes gallicanes. Quant à Bossuet, il traita « d'évèques lâches », ceux qui avaient fait des mandements sur le Cas pour complaire aux jésuites ; mais il fut lui-même chansonné : on appela M. de Meaux « le prélat qui s'emporte », et l'abbé Bossuet, pour avoir travaillé à procurer la soumission des docteurs, « l'abbé neveu qui va de porte en porte ». (Voir Ledieu, t. II, p. 357 ^ ^^^ > d'Avrigny, Mémoires, l. IV, p. ig5 à 212 ; Histoire du cas de conscience, Nancy, 1705, 8 vol. in-12 ; Guettée, Histoire de l'Église de France ; Aut. de Lantenay, Mélanges de biographie et d'histoire. Bordeaux, i855, in-8; L. Bertrand, Bibliothèque Sulpicienne, Paris, 1900, in-8, t. III, p. 122 ; Bibliothèque Nationale, Thoisy 274, in-fol. ; Affaires étrangères, Rome. t. 433, fo 119, et t. 435, f» 57; EUies du Pin, Histoire ecclésiastique du XVH^' siècle, t. IV.)
I. Bernard Couet, désigné dans les documents d'origine janséniste sous le nom de Dambez ou d'Ambez (t. Xlf, p. 272), était né à Paris en 1669, de Remy Gouet, procureur au Parlement. Il avait deux
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de Noailles, à M. l'archevêque de Lyon, à M. de Rouen et à moi l'acte que nous avions minuté la
frères, dont l'iiii, René François Couet de Montbayeux, avocat au Conseil, fut éclievin de Paris en 1718. De bonne heure, il se fit remarquer par une rare pii'Mé et une science CTlraordinaire, et Fut en relations avec Daguesseau, le président Le Peletier et autres notabilités. Le prince de Salm jeta les yeux sur lui pour accompag^ner son fils dans un vovage à travers l'Europe ; mais Couel se lassa vite de cette situation et, vers la fin de 1692, il se retira à Saint-Majjloire, où il prit l'habit ecclésiastique. Pour le récompcMiser des travaux dont il l'avait chargé, l'archevêque de Rouen lui donna en i6(j3 le prieuré de Saint-Pbilbert-sur-Risle, dépendance de son abbaye du Hec. Les liens d'amitié qui l'unissaient aux jansénistes lui valurent d'être choisi, avec du Charmel et le P. Fouquet de l'Oratoire, comme légataire universel de Nicole. En 1708, l'archevêque de Rouen le prit pour vicaire général et le pourvut du prieuré d'Euvermeu. lîientôt après, Couet fut compromis dans l'affaire du Cas de Conscience et fut sauvé, comme on le verra, par Bossuet. Le 3i août de la même année, il se fit recevoir docteur es droits en l'Université de Caen. Le- 21 novembre 1705, il résigna son prieuré de Saint-Philbert en faveur de Laurent lîoursier, à qui l'on doit le traité fameux De l'Action de Dieu sur les créatures. Plus tard, on retrouve Couet à Paris, où il fut nommé, en 17 18, chanoine de Notre-Damo, et où il exerça successivement les fonctions de vicaire général de Noailles et de Vintimille. Il usa de son influence sur Noailles pour l'amener à accepter la bulle Vnifjenitus ; à cette occasion, il composa un Corps de doctrine ou Explication sur la liidle, ouvrage qui mécontenta fort les jansénistes, k qui il s'était déji'i rendu suspect par son attitude dans l'affaire du Cas. Il mourut le 3o avril 1786, frappé de deux coups de couteau en sortant de Notre-Dame, par un chapelier, Nicolas Le Fèvre, et Belsunce, le célèbre évêque de Marseille, vit dans cette mort tragique une punition de la part prise par Couet au bréviaire de Paris.
Couet n'a rien publié sous son nom . On lui a attribué à tort le fameux Cas de conscience ; mais il est l'auteur des Lettres d'un théologien à un évêque sur une question importante : s'il est permis d'approuver les jésuites pour prêcher ou confesser, s. 1., 171O-1717, in-ia. Il a eu aussi une grande part aux écrits publiés sur les querelles du temps par les archevêques de Rouen et de Paris. (Le Mercure, mai 1786; l'abbé Goujet, Catalogue des livres de la bibliothèque de Jeu Messire Bernard Couet, chanoine de Notre-Dame, grand vicaire de M. l'archevêque de Paris et abbé de Fontmorigny, Paris, 1787, in-iu ; M. Marais, Mémoires, édit. de Lescure, t. 1, p. 2^)7, Sai ; t. II, p. 3ao ; t. IV, p. G8, 83, 85 ; Correspondance de Quesnel, t. I, p, a8(), 3o0 et 3o8 ; t. II,
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veille, M. le Cardinal et moi, avec MM. de Toul, de Chartres et de Noyon^ Cet acte sera utile à confondre ceux dont la désobéissance a scandalisé l'Eglise. Pour moi, Madame, je crois voir de la docilité à M. Gouet, et c'est par où j'espère qu'il sera utile à défendre la vérité. C'est d'ailleurs un homme qui pourra travailler longtemps, et c'eût été dommage qu'il se fût rendu inutile. Je souhaite. Madame, que tout se réduise à l'obéissance. L'Ordonnance de M. le Cardinal^ reçoit beaucoup d'honneur dans l'acte nouvellement signé. Je crois que M. de Rouen aura l'honneur demain de le présenter au Roi et de recevoir les marques de la bonté ordinaire de Sa Majesté. J'espère, après cela, retourner bientôt à Versailles et me présenter à vous*.
J. Bénigne, é. de Meaux.
Paris, 9 juin i^oS.
Suscription; A Madame, Madame de Maintenon, à Versailles.
p. i^a ; Le Courayer, Relation apologétique, Amsterdam, 1729, 2 vol. in-i3, t.. I, p. 5 et suiv. ; Histoire du Cas de conscience, Nancy, 1706, 8 vol. in-12; Dorsanne, Journal qui contient tout ce qui s'est passé à Rome et en France au sujet de la bulle Unigenitus, Rome, i753, 2 vol. in-4 ; Bourgfoingde Villefore, Anecdotes sur la Constitution Unigenitus; Essai du nouveau conte de ma mère l'Oie, ou les Enluminures du jeu de la Constitu'ion, s. 1. n. d. (1722), ln-8, attribué à l'abbé Débonnaire.