Remontrance à Mgr le Cardinal de Noailles, etc
l4 CORRESPONDANCE [nov. 1702
trenle ans employés dan^^ l'cpiscopat à défendre la cause de 1 Eglise sans reproche, Votre Majesté aura la bonté de me pardonner, si je parle avec quelque confiance, puisque enfin je ne la mets qu'en Dieu, qui ma toujours aidé jus([a ici.
Pour ces raisons. Sire, il plaira à Votre Majesté d'ordonner que !e placard de mon ordonnance me sera incessanimenl délivré par l'imprimeur, afin qu'elle soit publiée dans mon diocèse, selon que me l'a dictée ma conscience, et comme le Saint-Esprit, que j'ai invoqué avec foi, me l'a fait juger nécessaire.
Je supplie pareillement Votre Majesté d'ordonner que mon livre, qui est imprimé, verra le jour sans autres formalités que celles qui ont toujours été pratiquées à mon égard, puisque, Dieu merci, je n'ai rien fait qui me rende digne d'un plus rude traitement, et que, dans celte occasion, la doctrine que j'enseigne se trouvera plus irréprochable et plus nécessaire que jamais.
Je vous demande pareillement. Sire, en toute humilité et respect, que la liberté, dontje n'ai jamais abusé me soit rendue pour mes autres écrits, qui tourneront, s'il plaîtà Dieu, à l'édification derÉglise, puisque, au reste, je suis toujours sous les yeux de Voire Majesté, en état de lui rendre compte de ma conduite. Aussi puis-je ajouter. Sire, que je n'ai jamais rien écrit sans le conseil des plus grands prélats et des plus habiles docteurs de votre royaume.
Je n'entreprends pas de plaider la cause des autres évoques: j'ose espérer toutefois que. Votre Majesté croyant avec toute l'Eglise catholique, comme un
nov. 1702I DE BOSSUET. l5
article de sa foi, que les évêques sont établis de Jésus- Christ les dépositaires de la doctrine et les supérieurs des prêtres, elle ne voudra pas les assujettir à ceux que le Saint-Esprit a mis sous leur autorité et gouvernement.
Pour les mandements, censures et autres actes authentiques des évêques, on convient qu'ils les peuvent faire indépendamment de la puissance temporelle à condition de les faire écrire à la luain, et ce n'est qu'à raison de limpression qu'on les y veut assujettir. Si cela est, il faut. Sire, de deux choses l'une, ou que l'Eglise soit privée seule du secours et de la commodité de l'impression, ou qu'elle l'achète en assujettissant ses décrets, ses catéchismes, et jusqu'aux missels et aux bréviaires, et tout ce que la religion a de plus intime, à l'examen des magistrats, ce qui n'entre pas dans la pensée. Chacun fait imprimer se^i factums pour les distribuer à ses juges : l'Eglise ne pourra pas faire imprimer ses instruclions et ses prières pour les distribuer à ses enfants et à ses ministres !
Quant au livre du sieur Simon, Votre Majesté est très humblement suppliée de se souvenir que c'est le même auteur qui, ayant écrit, il y a vingt-cinq ans, sur l'Ancien Testament, fut noté par un arrêt solennel de votre Conseil d'en haut, du 19 de juin 1678. Il attaque présentement avec une pareille hardiesse la pureté du Nouveau Testament, comme s'il avait entrepris de ne laisser aucune partie de la religion en son entier. C'est le témoignage sincère et véritable que notre caractère nous oblige à rendre
l6 CORRESPONDANCE [nov. 1702
à Votre Majesté : nous ne pouvons le dissimuler, sans nous attirer de votre part le plus juste de tous les reproches, et sans nous charger de la plus honteuse prévarication.
Nous ne douions point, Sire, que Votre Majesté ne nous écoute avec sa bonté et sa piété ordinaire. Ainsi Votre Majesté, Sire, continuera de mériter l'éloge immortel de protecteur de la religion, qu'elle s'est acquis au-dessus de tous les princes du monde, et verra prospérer ses justes desseins sous la puissante assistance de Dieu.
J. Bénigne, é. de Meaux'\
2189. — A M"* DE La Maisonfort.
Je ne doute point, ma Fille, de la sensibilité d'un aussi bon cœur que le vôtre. Je vous demande vos prières, 011 j'ai confiance.
Remerciez de ma part Mme de S. Je ne manquerai pas de témoigner vos reconnaissances à M...
Mme votre sœur* a bien des bontés, dont je suis
17. « Qiiiind on eut fait it Germijjny \n dernière lecture du mé moire pour le Roi, et que chacun s'écriait : Voilà une grandeaffaire ! « Il est vrai, dit [M. de Meaux] ; si nous obtenons ce que nous demandons, il y a de quoi faire bien enrager M. le Chancelier; mais, aussi, si nous sommes londus, nous enragerons bien. » Ce qu'il disait gaiement, à sa manière ordinaire, aisée et sans passion » (Ledie.1, t. H, p. 33o).
Lettre 2189. — Dans le manuscrit, cette lettre précède l'extrait que nous plaçons au 11 novembre (?) I7<12, p- 17.
I. Mme de La Maisonfort etil trois sœurs: Marie, Charlotte Bénédicte et Anne Le Maistre, nées, la première le 8 février iGHS, la seconde le a^ mars 16G9, et la plus jeune le i5 juin 107^ (lîiblio-
nov. 1702] DE BOSSUET. 17
très reconnaissant. Je prends part à la joie que vous donne sa meilleure santé, et je ressens tout ce qui vous touche.
2190. — A M™" DE La Maisonfort.
[11 novembre (?) 1702].
Je vous dis adieu, Madame. J'eusse bien désiré de vous voir avant mon départ ; mais ce grand froid m'a renfermé...
thèque ?Sationale, Dossiers bleus et Nouveau d'Hozier, au mot Le Maisthe). Les deuv dernières furent dames de Saint-Gyr, et c'est probablement de l'une d'elles que parle ici Bossuet. — L'occasion se présente de relever une erreur où sont tombés la plupart des historiens du théâtre de Racine, qui font tenir à Mme de La Maisonfort ellemême le rôle d'Elise dans les représentations d'Esther données par les élèves de Saint-Cyr. On sait que, sur une remontrance un peu vive de l'auteur, la jeuue actrice fondit en larmes, et que Racine, avec son mouchoir, lui essuya les yeux avant qu'elle rentrât en scène. Or, en 1689, Mme de La Maisonfort était dans sa vingt-sixième année et n'était plus une élève. Ce n'est donc pas elle qui joua Elise, mais une de ses sœurs, et vraisemblablement la plus jeune, alors âgée de quatorze ans et demi. Du reste, les Mémoires des dames de Saint- Cyr ne permettent pas de s'y tromper. Voici, en effet, ce que nous y lisons: « ...Mlle de La Maisonfort, confidente d'Esther, nommée Elise dans la tragédie ; c'était une jeune personne qui avait beaucoup de grâces dans tout son extérieur et qui était fort aimable. Le Roi, devant qui on joua plusieurs fois, aimait à la voir sur le théâtre, et disait: « La petite chanoinesse est gracieuse «. C'était à cause qu'elle avait une sœur chanoinesse qu'il l appelait ainsi, car elle ne l'était pas; elle ajoutait à ses agréments d'avoir une très jolie voix » (Voir Mme de Maintenon, Lettres édifiantes, édlt. Lavallée, t. I, p. 178, et Histoire de la maison royale de Saint-Cyr. p. 82).
Lettre 2190. — Fragment négligé par les éditeurs. A en juger par la place qu'il occupe dans le manuscrit, il devait appartenir à une lettre écrite au moment que Bossuet, se rendant à Paris, quittait Meaux, où il ne devait plus revenir, c'est-à-dire le 1 1 novembre 1702 (Ledieu, t. II, p. 327).
i8 CORRESPONDANCE [nov. 1703
2iqi. — Edme Pirot a Bossuet.
En Sorhonne, le 16 novembre 170a.
Monseigneur, je vous envoyai hier, par l'ordre de Mgr le Cardinal, une copie du billet qui me fut adressé', comme vous souhaitiez l'avoir, et j'y joignis un original d'une autre adresse. Je vous envoie une seconde copie pour suppléer à la première, si elle n'était pas tenue. S. É. s'attend que vous vouliez bien lui faire savoir de vos nouvelles. Il part vendredi matin et sera de retour dimanche au soir. Mais il aura ses lettres tous les jours ; et je ne doute pas qu'il n'en reçoive de vous, dont je profiterai, Dieu aidant.
Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Pirot.
La formule du billet est imprimée, et il n'y a d'écrit à la main que ce qui est ici souligné.
2192. — A M""* DE Maintenon.
A Versailles, jeudi 16 novembre 1703.
Voici, Madame, les deux mémoires' : le premier, qui est très court, est celui qui fera connaître au Roi la manière de juger des livres, si Sa Majesté daigne y jeter les yeux.
Lettre 2191. — L. a. s. Collection E. Levesque. Inédite.
I. Il s'a {^il de la formule imprimée, par laquelle un docteur était chargé de l'examen d'un livre. Bossuet l'a transcrite dans un de ses mémoires (Voir l'appendice, p. 168).
Lettre 2192. — i. Ces deux mémoires avaient sans doute été annoncés par une lettre du la novembre, dont parle Ledieu (t. II, p. 3'i8), et que nous n'avons plus. On les trouvera en appendice, p. 168 et i6g.
nov. I-02J DE BOSSUET. I9
Le second contient les extraits des lettres de M. le Chancelier, que M. le cardinal de Noailles souhaite que vous voyiez.
J'y joins en tout cas les pièces entières pour un plus grand éclaircissement, si vous croyez, Madame, en avoir besoin.
Je dois. Madame, vous avertir que ces lettres sont un secret que M. le Cardinal vous recommande.
Il est pourtant bien nécessaire que vous vous donniez la peine d'entendre les prétentions et procédures inouïes de M. le Chancelier, pour en rendre au Roi le compte que vous trouverez à propos, n'ayant rien au fond de plus convaincant.
Respect et obéissance.
J, Bénigne, é. de Meaux.
2198. — A Antoine de Noailles.
A Versailles, samedi matin [18 novembre 1702].
Le Roi vient de me dire, Monseigneur, que M. le Chancelier met à présent la difficulté en ce que nous nous sommes servis du terme de permission, ce qui ne convient qu'à l'autorité royale : les évêques peuvent examiner et approuver; le Roi seul peut permettre. Ni M. de Péréfixe, ni aucun autre évêque n'ont permis ; ils ont seulement examiné et approuvé. C'est une nouvelle chicane, qui réduirait la question à une dispute de mots.
Lettre 2193. — Copie Pinchart, à Reims.
20 CORRESPONDANCE [nov. 1703
Venez. Monseigneur; votre présence, s'il plaît à Dieu, déteiniincra. Prenez la peine de vous munir de la censure première de M. de Péréfixe contre Mons'. pour voir de quel terme il s'est servi. Il faut aussi avoir les versions d'Amelotte, de Godeau et de Bouhours, pour voir pareillement quels termes on a employés. Je vous supplie de faire chercher les formules où nous nous servons du mot de permettre'^.
J'ai bien dit au Roi que nos permissions ne faisaient aucun tort aux siennes. Nous permettons selon la conscience, et lui selon le temporel : nous permettons de faire les fonctions de vicaire en telle paroisse, de lire les livres défendus, de manger des viandes défendues, d'absoudre de l'hérésie et des autres cas réservés ' ; cela s'entend pour la conscience.
Le Roi m'a commandé de faire un mémoire'. Je le tiendrai prêt si Votre Emincnce me fait la grâce de m'envoyer les censures et permissions de M . de Péréfixe; si je puis les avoir dès aujourd'hui, Votre Éminence trouvera le mémoire fait. Je la supplie de n'oublier pas la permission donnée par Votre Éminence au catéchisme de Montpellier.
Le Roi ne croira qu'aux faits constants. J'espère
1. L'ordonnance du 18 novembre 1O67 contre la version du Nouveau Testament, dite de Mons, du nom de la ville où elle avait été imprim<'"e (Cf. t. I, p. 333).