‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 40 sur 211 · Luc, XXIV · texte numérisé non relu

Luc, XXIV

fi. Trilport, ciintun de Meaux, avec un pont sur la Marne. 7. Le succès rcmporlt* par l'abbt' Hossuct en ce synotlecst confirmé parle Journal de Ledieu (l. III, p. 5, jeudi 6 septembre 1703).

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si précieuse et si nécessaire à l'Église. Ce sont les plus ardents désirs de celui qui est avec une révérence profonde, Monseigneur, votre...

A Meaux, le i4 septembre^ 1708.

2 236. A Valincour.

Quand on dit que la virginité de la sainte Vierge est donnée en signe prophétique aux Juifs, on voit bien que l'intention n'est pas de dire que ce doit être une preuve dans le moment, et que tous les

8. La lettre, qui paraît écrite plusieurs jours après le synode du 5 septembre, doit être du i^, et non du k comme l'imprime M. Gasté.

Lettre 2236. — Cette lettre et deux autres qu'on lira plus loin, p. 1 13 et 12g, ont été publiées par Bossuet dans son Explication de la prophétie d'haïe (Paris, 170^, in-12). Elles étaient destinées à l'éclaircissement d'une objection proposée par Valincour au sujet de cette prophétie. La lettre où Valincour formulait ses difficultés ne nous a pas été conservée ; mais Bossuet l'a résumée en ces termes : « Voici d'abord la difficulté, telle qu'elle me fut proposée dans une lettre du 17 de septembre 1708,8 l'occasion de ma dissertation sur Grotius, où je découvre en particulier les erreurs de ce critique contre les prophéties qui ont prédit Jésus-Christ.

Difficulté : Ecce virgo concipiet et pariel filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel : Une vierge concevra et enfantera un fils, et il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous (Is., vu, i4 ; Matt., I, 23).

Cette prophétie n'a pu donner ans Juifs aucune lumière pour connaître que Jésus-Christ fût le Messie ; au contraire, elle a dû leur faire croire qu'il ne l'était pas. Donc saint Matthieu n'a pas dû l'alléguer comme prophétie ; donc ce n'en est pas une.

Je prouve ma proposition.

Selon la prophétie, le Messie doit naître d'une vierge; les Juifs voient Jésus-Christ fils d'une femme mariée, sans avoir aucun moyen de juger qu'elle est vierge.

Le Messie doit s'appeler Emmanuel ; Jésus-Christ a un autre nom.

Donc les Juifs ont eu raison de croire, aux termes de cette prophétie, que Jésus-Christ, fils de Marie femme de Joseph, n'était pas le Messie.. «

IIO CORRESPONDANCE [oct. 170$

Juifs fussent obligés de reconnaître d'abord, ni qu'on pût jamais connaître par aucune marque extérieure et sensible qu'elle eût conçu étant vierge ou à la manière ordinaire : un sentiment si grossier ne peut pas entrer dans l'esprit d'un homme. Le dessein d'Isaïe est de marquer en général, par la propriété du terme dont il se sert, qu'un des caractères du Messie, c'est d'être fils d'une vierge : ce qui est si particulier k Jésus-Christ, que jamais autre que lui ne s'est donné cette gloire. Car de qui a-t-on jamais prêché qu'il ait été conçu du Saint-Esprit et qu'il soit né d'une vierge? Qui est-ce qui s'est jamais glorifié qu'un ange ait annoncé cette naissance virginale, ni qu'une vierge, en consentant à ce mystère, ait été remplie du Saint-Esprit et couverte de la vertu du Très-Haut? On n'avait pas même encore seulement imaginé une si grande merveille.

Les preuves indicatives de la venue du Messie devaient être distribuées de manière qu'elles fussent connues chacunes en leur temps. Celle-ci a été révélée quand et à qui il a fallu ; la sainte Vierge l'a sue d'abord ; quelque temps après, saint Joseph, son mari, l'a apprise du ciel et Ta crue, lui qui y avait le plus d'intérêt. Saint Matthieu la rapporte comme une vérité déjà révélée à toute l'Eglise ; et maintenant, après la prédication de l'Evangile, Jésus-Christ demeure le seul honoré de ce titre de fils d'une vierge, sans que ses plus grands ennemis, tel qu'était un Mahomet, aient osé seulement le contester.

C'est donc ainsi que la virginité de Marie, en tant

oct. 1708] DE BOSSUET. III

qu'elle a été prêchée et reconnue par tout l'univers, est un signe qui ne doit laisser aux Juifs aucun doute du Christ: c'est d'elle que devait naître le vrai Emmanuel, Dieu avec nous, vrai Dieu et vrai homme, qui nous a éternellement réunis à Dieu, et c'est la vraie signification du nom de Jésus, c'est-àdire du Sauveur, venu au monde pour en ôter le péché, qui seul nous séparait d avec Dieu.

Au reste. Monsieur, ce n'était pas le dessein de l'ouvrage que vous m'écrivez \ d'expliquer le fond des prophéties ; puisque même je me suis assez étendu sur cette matière dans la seconde partie du Discours sur l'Histoire universelle, où j'ai déduit dans un ordre historique toutes les preuves de fait qui démontrent que les Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament sont vraiment un livre prophétique, principalement en ce qui regarde la venue actuelle du Christ, dont toutes les circonstances et le temps même de leur accomplissement, sont si évidemment marqués, tant de siècles auparavant qu'il ait paru sur la terre.

Vous n'avez qu'à lire à votre loisir mes commentaires sur les Psaumes, et en particulier ce que j'ai écrit à la suite des Livres de Salomon, dans la dissertation qui a pour titre : Supplenda in Psalmos',

i. Seconde instruction, sur les passages particuliers de la version du Nouveau Testament imprimée à Trévoux en l'année MDCCII, avec une dissertation préliminaire sur la doctrine et la critique de Grotius, Paris, 1708, in-i2.

3. Liber Psalmorum etc., cum notis Jac. Ben. Bossuet, episcopi Meldens, Parisiis, apud Anisson. — Libri Solomonis etc., cum notis ejusdem, etc. (Note de Bossuet).

113 CORRESPONDANCE [oct. 1708

pour y apprendre que David est un véritable évangéliste, qui a vu manifestement toutes les merveilles de Jésus-Christ, c'est-à-dire sa divinité, sa génération éternelle, son sacerdoce, et jusqu'aux moindres circonstances de sa passion et de sa résurrection. La vocation des Gentils et la réprobation des Juifs sont choses si publiques et si authentiques qu'il faut être aveugle pour ne les voir pas comme les marques infaillibles du Messie actuellement venu au monde.

Et quand il s'en faudrait tenir à mon dernier ouvrage, Grotius n'y est-il pas convaincu d'avoir falsifié les prophéties, en disant que ce qui se trouve clairement écrit dans le livre de la Sagesse, sur la passion du Sauveur', a été ajouté après coup par les chrétiens ; comme aussi ce qui est dit dans l'Ecclésiastique, qui regarde manifestement la personne du Fils de Dieu : « Invocavi Dominum patrem Domini mei^ \ j'ai invoqué le Seigneur, père de mon Seigneur )) ; ce que le même Grotius ose encore rejeter comme supposé par les chrétiens, quoiqu'il n'appuie pas ces deux prétendues suppositions de la moindre conjecture ; ce qui montre, plus clair que le jour, un ennemi des prophéties, et qui ne tend qu'à secouer le joug de la vérité ^

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