‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 56 sur 211 · Joan., VIII, i4, 16, 28, 29, 38, 49, 5o · texte numérisé non relu

Joan., VIII, i4, 16, 28, 29, 38, 49, 5o

i4o CORRESPONDANCE [nov. 1703

sans tirer avantage des merveilles qui s'étaient accomplies en elle, ne reconnaît de grandeur qu'en Dieu qu'elle glorifie : si elle est transportée de joie, ce n'est qu'en Dieu son sauveur ; si, plus glorieuse prophétesse que celle d'Isaïe, qui aussi, selon saint Jérôme^', n'en est qu'une figure imparfaite, elle voit que toutes les races futures la publieront bienheureuse, c'est à cause qu'il a plu à Dieu de regarder la bassesse de sa servante ^^ : il semble qu'elle n'ose dire qu'elle est vierge et mère tout ensemble, et elle n'exprime un si grand don qu'en disant que celui qui seul est puissant lui a fait de grandes choses et qu'il a voulu exercer la toute-puissance de son bras. Au surplus, personne n'ignore qu'entendant parler tout le monde de son fils, elle garde un perpétuel silence, sans dire ce qu'elle en savait, ni la manière dont il lui avait été donné : de sorte que la plus excellente de toutes les créatures était en même temps la plus humble et celle qui se distinguait le moins du commun des femmes. On voit donc la convenance manifeste de tout le mystère ; rien n'étant plus propre à une vierge que le silence et l'bumilité.

Que ce soit donc là le glorieux titre du Messie, d'être fils d'une vierge ; qu'il soit seul caractérisé parce beau nom. Songeons qu'il a (rouvé au-dessous de lui mcmc la sainteté nupliale, puisqu'il n'a voulu lui donner aucune part à sa naissance ; purifions notre conscience de tous les désirs charnels ;

3i. Inhaiam. viii, 3 [P. L., I. \XIX, col. ii5|. 3a. Luc, I, ^7 et seqq.

nov. 1708] DE BOSSUET. I^I

quand il nous faudra participer à cette chair virginale, songeons à la pure lé de la vierge qui le reçut dans son sein ; honorons ensemble, avec la distinction convenable, le fils de la vierge et la mère vierge, puisque le fils de la vierge est le fils de Dieu, et que la mère vierge est mère de Dieu : reconnaissons dans ces deux mots : mère vierge et Jils de la vierge, la plus belle relation qui puisse jamais être conçue : adorons Jésus-Christ comme vrai Dieu, mais confessons à la fois que ce qu'il a le plus approché de lui, est celle qu'en se faisant homme, il a daigné choisir pour être sa mère.

Je pourrais m'ouvrir encore ici une nouvelle et longue carrière, si je voulais rechercher avec les saints Pères les causes de l'obscurité de quelques prophéties. Saint Pierre nous dit dans sa seconde épître, que nous n avons rien de plus ferme que le discours prophétique ; et que nous devons y être attentifs comme à un flambeau qui reluit dans un lieu obscur et ténébreux^^. C'est donc un flambeau, mais qui reluit dans un lieu obscur, dont il ne dissipe pas toutes les ténèbres. Si tout était obscur dans les prophéties, nous marcherions comme à tâtons dans une nuit profonde, en danger de nous heurter à chaque pas, et sans jamais pouvoir nous convaincre; mais aussi, si tout y était clair, nous croirions être dans la patrie et dans la pleine lumière delà vérité, sans reconnaître le besoin que nous avons d'être guidés, d'être instruits, d'être

Page 1