Ezech., iM, I
T7o4] DE BOSSUET. l5g
esprit me donnât une attention plus respectueuse sur moimême et que ma plume ne traçât, pour ainsi diie, aucun trait que sous les yeux de votre pénétrante et judicieuse critique; J'ai cru que, dans un genre d'écrire qui regarde plus particulièrement les génies du premier ordre et que vous avez porté jusqu'à un si haut degré d'excellence, je ne devais rien présenter au public qui ne fût soutenu par l'autorité de votre suffrage.
On sait, Monseigneur, que vos seules oraisons funèbres seraient suffisantes pour rendre votre nom célèbre : le sublime, qui est l'âme de ces sortes d'ouvrages, coule partout dans les vôtres comme d'une source féconde, qui le produit sans effort ; On y voit votre esprit divin prendre un essor rapide et s'élever comme une aigle en des régions célestes et lumineuses où nos faibles regards ont de la peine à vous suivre ; On y est comme ébloui de cet amas de traits éclatants qui, semés dans ces admirables éloges, y brillent comme des diamants du plus haut prix, mêlés avec l'or d'une riche broderie ; On y admire une éloquence de choses qui, bien loin de s'appuyer sur l'harmonie et la pompe des paroles, trouve à peine dans toutes les richesses de la langue de quoi suffire à la force de ses pensées, et ne doit souvent qu'à elle-même les nobles expressions et les riches images qu'elle enfante.
Où pouvais-je donc chercher ailleurs le grand art des oraisons funèbres que dans les vôtres ? Il fallait que je tirasse de votre propre fonds de quoi vous faire un présent digne de vous. Gomme je vous suis redevable de la meilleure partie de ce qui a mérité l'approbation des habiles au ministère évangélique, je serai bien aise de vous devoir encore ce qui arrêtera le plus dignement le lecteur dans cette dissertation que j'ajoute à une édition nouvelle de ce traité de l'Éloquence^.
Daignez donc. Monseigneur, dérober quelques-uns de vos moments à vos importantes occupations pour jeter les yeux
8. La première édition avait paru sous le titre de : Sentiments sur le ministère évangélique, etc., Paris, 1689, in-ia.
l6o CORRESPONDANCE
sur cet ouvrage, où je n'ai fait, pour ainsi dire, que lier les précieux lambeaux de vos écrits dont je me pare. Jugez si, en faisant part de mes réflexions aux autres, j'ai su moi-même profiter de vos leçons et si je mérite du moins d'être le disciple d'un si grand maître, avec autant de respect que je suis. Monseigneur, votre très humble et obéissant serviteur
Du Jarry.
Mémoires au sujet de l'impression des ouvrages de doctrine composés par les évêques.
1° — Mémoire pour le Chancelier.
6 octobre 170a.
Le fait est que, depuis trente à quarante ans que je défends la cause de l'Église contre toutes sortes d'erreurs, cinq chanceliers consécutifs, depuis M. Séguier jusqu'à celui qui remplit aujourd'hui cette grande place, ne m'ont jamais soumis à aucun examen pour obtenir leur privilège. Ils ont voulu honorer par là la grâce que Sa Majesté m'avait faite de me confier l'instruction de Monseigneur le Dauphin, et, si j'ose le dire, le bonheur que ma doctrine, loin d'avoir reçu aucune atteinte, a toujours eu d'être approuvée par tout le clergé de France et même par les papes.
Après cela, quand on verra dorénavant paraître mes écrits avec l'attestation d'un examen, cette nouvelle précaution fera dire que ma doctrine commence à devenir suspecte, et je ne serai pas longtemps sans en essuyer les reproches des protestants.
Par ce moyen, le privilège avantageux dont j'ai été honoré, et l'exemption perpétuelle de tout examen sous cinq chanceliers consécutifs me tournera à confusion, et on croira que
1° — Ce mémoire est celui qui fut remis à l'intendant Phélypeaux, et dont il est parlé dans la lettre à Noailles du 3o octobre 1703, t. XIII, p. i43a.
l64 APPENDICE I.
je m'en suis rendu indigne. Il est malheureux pour moi d'être le premier des évoques au livre duquel paraisse cette attestation d'examen. La première fois qu'on la verra dans mes écrits arrivera justement au sujet du pernicieux livre de M. Simon, et je n'ai pas besoin d'expliquer que cela pourra faire dire qu'on m'impute à faute de l'avoir attaqué.
Enfin, sous un chancelier qui m'honore publiquement de son amitié depuis si longtemps, j'aurai reçu un traitement qui jamais ne me sera arrivé sous les autres qui auront été élevés à cette charge.
Quand il plaira à celui qui la remplit si dignement d'user de quelque distinction à mon égard, il ne fera pour moi que ce qu'il a déjà fait pour d'autres évêques', et j'ai peine à croire que cette grâce soit tirée à conséquence.
2" — Premier mémoire présenté à Sa Majesté.
[a5 octobre 170a].
L'évêque de Meaux se croit obligé de représenter très humblement à Sa Majesté le nouveau traitement qu'on lui fait, au sujet d'un livre qu'il se croit obligé d'imprimer contre la version et les notes du Nouveau Testament de Trévoux.
I. Ici, Bossuet demande qu'on fasse une exception en sa faveur. Dans la suite, il considérera une Jelle exception comme un pièjje. Cf. p. 168, 170 et 171. Suivant Deforls, ce ni(''raoire l'ut le premier que dressa Bossuet dans celte affaire, et c'est parce qu'il ne produisit aucun effet, que le prélat sonjjea h s'adresser au Roi lui-même. — Le 6 octobre 1703, Bossuet écrivit à l'irol, docteur choisi par le Chancelier pour l'examen de son livre contre R. Simon, une lettre dont les idées, résumées par Ledieu (t. II, p. 3io), ressemblent fort à celles du présent mémoire.
2° — Ce mémoire paraît être celui que Ledieu appelle mémoire important et qui, d'après cet historien (t. II, p. 820, SaS, 828), fut présenté par Noailles à Mme de Maintenon, et parcelle-ci au Roi, avant son départ pour Marly, qui eut lieu le a novembre 1702. Il a été imprimé pour la première fois par M. de Caylus, ?i la suite de sa Lettre de iéuétjue d'Auxerre à l'archevêque de Paris, du 18 août 1780.
IMPRESSION DES OUVRAGES DES ÉVÊQUES. i65
Cette version et ces notes sont pernicieuses et tendent à l'entière subversion de la religion ; et la censure de M. le cardinal deNoailles^ ne pouvait être ni plus juste ni plus nécessaire.
L'ouvrage de l'évèque de Meaux donne aussi des instructions très nécessaires sur cette nouvelle version, et explique les erreurs de ce livre, d'une manière encore plus particulière que ne peut faire une censure.
Cependant on lui fait des incidents, sur lesquels il ne croit pas devoir passer outre sans les avoir exposés à Sa Majesté, en toute humilité et respect.
Cet évèque écrit depuis trente à quarante ans pour la défense de l'Eglise contre toutes sortes d'erreurs ; et cinq chanceliers de France consécutifs, depuis M. Séguier, y compris celui qui remplit si bien aujourd'hui cette charge, lui ont toujours fait expédier le privilège sans le soumettre jamais à aucun examen.
Cette confiance qu'on lui a marquée doit être attribuée, premièrement à son caractère d'évêque, secondement à ce que sa doctrine a été connue, non seulement dans tout le royaume, mais encore, s'il ose le dire, dans toute la chrétienté, sans jamais avoir reçu aucune atteinte ; et, au contraire, elle a été approuvée, non seulement par tout le clergé de France, mais encore par les papes; en troisième lieu, à l'honneur que lui a fait Sa Majesté de lui confier l'instruction de Monseigneur le Dauphin, et de le tenir toujours en divers emplois près de sa personne, ce qui est le plus certain témoignage d'une doctrine irréprochable.
C'est aussi ce qui a donné lieu à M. le Chancelier d'aujourd'hui de lui accorder un privilège général.
Il en usait de bonne foi, en découvrant les erreurs de ce livre pernicieux, quand, au commencement de ce mois, il est venu un ordre de M. le Chancelier de porter le manuscrit de cet évèque à M. Pirot, pour en subir l'examen.
Quoique jamais l'évèque de Meaux n'ait été assujetti à