‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 75 sur 211 · II Cor., II, i · texte numérisé non relu

II Cor., II, i

LE QUIÉTISME EN BOURGOGNE. igi

seul que sa retraite pouvait faire croire coupable s'est représenté et a fait paraître son innocence aux yeux de tous ses juges ; qui pourrait imaginer qu'il y eût des esprits assez ennemis de la vérité pour répandre de nouvelles calomnies, et qui, non contents de renouveler des accusations détruites, osent encore attaquer la réputation et l'intégrité des juges? C'est de ces pei-sonnes animées de l'esprit de mensonge, dont saint Gyprien faisait le portrait par avance dans celui de Novat, quand il disait que c'èlaient des gens enflés d'un orgueil insupportable, dont le mauvais caractère n'est pas assez connu aux évêques, qui s'informent avec un esprit curieux de ce qui se passe, pour trahir leurs frères, qui les flattent pour les tromper, qui sont des flambeaux toujours prompts à allumer les feux de la sédition, et qui, pour faire parler d'eux, se font une espèce d'honneur de paraître les ennemis du repos et de la tranquillité publique ^.

C'est le mauvais génie de ceux qui viennent de répandre dans la ville de Dijon des volumes de calomnies, un nombre incroyable de livres dictés par l'esprit de mensonge, inondant presque en même temps toute la ville. Et quel temps ces malheureux prennent-ils pour vomir leur fureur contre leurs frères ? Celui où Jésus-Christ crucifié réconcilie les pécheurs, celui où Jésus-Christ ressuscité rend la vie à des âmes mortes par le péché. Non, je l'avoue, mes chers Frères, il faut que nos péchés nous aient attiré ce fléau de la justice de Dieu, qui a permis que ces personnes accoutumées au crime, viennent dans un temps où vous ne devez être occupés que de votre salut, troubler la paix et le repos de vos consciences.

Nous avions même dérobé avec soin, autant qu'il nous avait été possible, à des âmes pures qui se sont offertes à Dieu en holocauste dans les monastères la connaissance de cette infâme doctrine, dans la crainte qu'elle n'altérât la pureté de

6. Arrogantia et stupore superbi rumoris inflatus, semper istic episcopismale cognitus..., curiosus semper ut prodal, ad hoc adulatur ut fallat, nunquam fidelis ut diligat, fax et ig'nis ad conflanda seditionis incendia, hostis quietis, tranquillitatis adversarius, pacis inimicus (Cypr., ad Cornet., ep. 49, édit. N. Rigault) [P. L., t. III, col, 727].

iga APPENDICE II.

leurs cœurs, persuadés avec saint Cyprien quHl n'esl pas nécessaire de faire paraître toutes les extravagances des hérétiques ' ; et par un coup funeste qu'on n'aurait pu prévoir, la clôture la plus exacte, les murs les plus élevés n'ont pu empêcher qu'on jetât dans leurs cloîtres des livres de perdition. Il semble même que, par un art magique, le démon ait rempli l'air d'esprits encore plus malins que lui, qui, chargés de ces livres où l'on a pris soin de ramasser tout ce qui s'est dit et écrit de plus impur dans une longue procédure, les exposent aux yeux des vierges les plus pures pour tâcher de les corrompre.

Sous quelles couleurs le vice se cachera-t-il pour chercher à déguiser une conduite si abominable? Le zèle de la religion ne leur servira-t-il point à couvrir leurs crimes? Non, mes chers Frères, le véritable zèle suit le précepte de l'Évangile; il est animé par la charité, il épargne les personnes en attaquant les vices ; et regardant les évêques comme ceux à qui la Providence a confié le salut des peuples, il fait déposer dans leur sein les choses dont il croit qu'ils doivent être instruits pour y apporter des remèdes convenables. Que ne viennent-ils donc à nous, s'ils ont quelque chose à dire contre les ecclésiastiques avec lesquels nous partageons le poids de notre ministère ? Nous pouvons dire avec saint Cyprien que Vévéque ne se refuse ici à personne, que nous y écoutons tout le monde avec patience^, et que, sachant que nous sommes engagés par notre ministère à servir les fidèles, nous nous faisons un devoir de joindre les manières les plus honnêtes à l'accès le plus facile. Mais ceux qui viennent de semer de si infâmes WheUes connaissent trop le fond de leur conscience pour oser s'approcher de nous^. Ils savent que nous aurions démêlé dans leurs discours les passions qui les animent. Ainsi

7. Necessarium non put.'ivicelerileret ur^jenter h,Trelicorum tibi ineptiasnunliandas (Cypr., ad Corn<'/ji;/n. ep. 55). (P. L., ibid., col. 808].

8. Nec episcopiis aliciii denegatnr; patientia et facilitas et liumanitas nostra venientibus prapsto est (ibid,, col. 8a/i).

9. Conscientiam siiam norunt, nec nos audenl adiré, sed foris per provinciam ciroiimveniendis fralribiis et spoliandis [)ererranl (/6jd.).

ils cherchent loin de nos yeux, comme parle saint Cyprien, à séduire leurs frères, en répandant leurs calomnies dans mille endroits différents.

Le moyen le plus sûr dont ils ont cru pouvoir se servir pour y réussir est de travailler à détruire l'honneur du clergé séculier de Dijon. Les casuistes, les confesseurs éprouvent leur rage envenimée. Ils osent même s'attaquer à nos principaux officiers ecclésiastiques ; ils oublient le respect qu'ils nous doivent en leurs personnes, celui qui est dû à leur place, et quelque irrépréhensibles qu'ils soient, ils leur donnent des défauts empruntés, pour soustraire les peuples à la confiance et à l'obéissance qu'ils leur doivent. Quelque aveuglés que ces esprits séditieux soient par leurs passions, peuvent-ils ignorer que l'Église a toujours regardé la réputation des prêtres comme une chose où il était si dangereux de toucher, qu'elle a décidé dans le concile d'Elvire que si quelqu'un était assez hardi pour oser accuser un évêque, un prêtre ou an diacre d'un crime qu'il ne put prouver, on lai refuserait la communion, même à l'article de la mort^'^. Que deviendraient ces injustes calomniateurs de cent crimes imaginaires, dans une discipline si sévère et si propre à réprimer la calomnie ? Comment pourront-ils réparer tous les maux qu'ils font à l'Église dans la personne de ses ministres? et quelle serait notre excuse devant Dieu, si nous ne nous servions de toute l'autorité qu'il nous a confiée, pour détruire dans l'esprit et dans le cœur des peuples les funestes impressions qu'un si grand nombre de calomnies y auraient pu faire ? C'est donc pour satisfaire à nos devoirs qu'après avoir gémi devant Dieu d'un si grand scandale, après avoir lu et examiné avec attention un livre intitulé : Histoire du Qaillolisme, ou de ce qui s'est passé à Dijon au sujet du quiétisme, etc. , imprimé à Zell chez Henriette Hermille, à Vimage du Bon Pasteur, 1708, le saint nom de Dieu invoqué, Nous avons condamné et condamnons le livre

10. Si quis autem episcopum, vel presbyterum aut dlaconum falsis criminibus appelierit et probare non potuerit, nec in fine dandam si communionem (Gan. 76).

XIV — i3

ig^ APPENDICE 11.

qui porte pour titre : Histoire du Quillotisme, etc., comme libelle diffamatoire, rempli de calomnies atroces, capable de corrompre les bonnes mœurs, tendant à détraire le respect dû aux ministres de VÊglise, à troubler la paix et le repos des consciences et très propre à répandre les plus sales erreurs du quiétisme en les faisant connaître à ceux qui les ignorent. Et en conséquence défendons à tous les fidèles de notre diocèse de le lire, vendre ou distribuer, sous peine d'excommunication, enjoignons sous les mêmes peines de le remettre entre nos mains ou en celles de nos vicaires généraux.

Ordonnons à tous les curés de la ville de Dijon de lire et publier la présente ordonnance au prône de la messe paroissiale le dimanche 22 du présent mois ; Mandons aux officiers de notre cour ecclésiastique de la faire afficher aux portes de toutes les églises de la ville de Dijon et partout où besoin sera, et de tenir la main à ce qu'elle soit exécutée selon sa forme et teneur.

Donné à Langres, dans notre séminaire, sous notre seing, celui de notre secrétaire ordinaire et le contre-scel de nosarmes, ce 21 avril 1703.

Fr., évêque duc de Langres.

Par Monseigneur

Pralard.

4° Extrait des registres du Parlement de Bourgogne.

Du lundi 4 juin 1703.

Ce jour, le Procureur général du Roi est entré et a dit : Que si, jusqu'à présent, il a gardé le silence sur la distribution qui s'est faite en cette ville, le soir du lundi 9 du mois d'avril dernier ' , de plusieurs copies imprimées du livre anonyme qui a pour titre Histoire du Quillotisme, néanmoins il n'a pas été

4» — Imprimé à Dijon, Grangier, 1708, in-4 (Bibliothèque Nationale, Fa368a(i3), in-^i).

Page 1