‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 76 sur 211 · I. C'était le lundi de Piques · texte numérisé non relu

I. C'était le lundi de Piques

insensible au scandale et aux impressions dangereuses que cet ouvrage d'iniquité a causés dans le public; Qu'il a appris avec horreur qu'on avait jeté cet infâme libelle dans les monastères et les maisons régulières de l'un et de l'autre sexe, et il a souhaité avec une ardeur extrême d'en pouvoir recouvrer alors un exemplaire, pour lui ouvrir la voie de venger la religion outragée et le Parlement cruellement offensé ;

Que les anathèmes de l'Eglise n'étonnent point les impies et les calomniateurs, et les dérèglements de leur volonté produisent une fausse sécurité qui les rend insensibles à l'exhérédation des biens spirituels ; au lieu que les peines corporelles, afflictives et infamantes les effraient et leur inspirent les précautions nécessaires pour se dérober aux yeux des parties publiques, que c'est ce qui a engagé les auteurs et les distributeurs de l'Histoire du Qaillotisme à prendre toutes les mesures imaginables pour empêcher que ce misérable livre ne tombât entre les mains du Procureur général, afin de se soustraire aux justes punitions qu'ils ont encourues.

Tandis qu'il a fait toutes les diligences pour appréhender le corps du délit dans la vue d'entrer en action, il s'est réfléchi sur l'éclat que l'affaire du quiétisme avait causé pendant plusieurs années, sur les plaies que la religion en a reçues, et combien il serait douloureux de les rouvrir, aussi bien que de rappeler les idées de la jalousie du confessionnal, de la rivalité des directions, de la violence des animosités qui ont tant fait de bruit dans l'arche de la nouvelle alliance, des divisions qui ont partagé le clergé séculier et régulier de la province, et de tous les mouvements secrets qu'on s'est donnés avec tant de vivacité, pour trouver ou pour détourner les victimes de l'amour mystique, et les coupables des erreurs et de la corruption de Molinos.

Il a encore considéré que la réputation du Parlement était si bien établie et tellement au-dessus de toutes les attaques des âmes basses et prostituées au démon du mensonge, qu'il a estimé que le volume qu'on avait fait imprimer pour faire reparaître des crimes dont la mémoire ne saurait être trop

effacée, et pour porter quelque atteinte à l'intégrité de cette auguste Compagnie, n'était digne que du dernier mépris et ne méritait pas la peine d'être flétri par un arrêt.

Mais le Roi en a bien jugé autrement, sa sagesse et ses lumières supérieures ont décidé en connaissance de cause que l'Histoire du Çui7/o<tsme blessait également le sacerdoce et l'empire, et ce grand prince, toujours attentif à conserver la pureté de la foi et à soutenir le dépôt de la justice souveraine que Sa Majesté a confiée à ses parlements, a ordonné au Procureur général de poursuivre incessamment suivant la rigueur des lois tous ceux qui ont eu quelque pari à la composition, impression et distribution de ce libelle scandaleux.

Des ordres aussi précis auraient été exécutés sur-le-champ, si les portes du Temple où il a l'honneur de porter la parole eussent été ouvertes ; mais ayant été fermées par les vacations de la Pentecôte, il a été obligé d'attendi-e jusqu'à ce jour pour remplir son devoir. Pendant cet intervalle, on lui a remis une copie de ce livre détestable : il a eu le loisir de le lire avec attention, et il avoue que tout ce qu'il en avait ouï dire n'approche pas de ce qu'il y a trouvé.

On y découvre au peuple des mystères d'iniquité sous un faux prétexte de religion ou de justice, en cherchant à montrer que quelques personnes accusées du quiétisme étaient véritablement coupables d'en avoir enseigné les maximes les plus impies et suivi les plus infâmes pratiques. On y voit régner un dessein prémédité de déshonorer les ministres des autels, et l'on y a employé les expressions les plus odieuses pour décrier les juges qui, n'ayant pas trouvé les accusations suflisamment prouvées, avaient <'stimé à propos d'ensevelir toutes ces abominations dans un éternel silence plutôt que d'en venir trop légèrement et sur de faibles présomptions aux rigueurs des derniers siijiplices. Qu'en voulant combattre les dogmes pernicieux et les profanations de Robert, curé de Seurre, de ses sectateurs, adhérents et complices, on les a expliqués en des termes si choisis, et on en a fait une pointure avec des couleurs si vives, que les impressions n'en sau-

raient jamais être effacées, quelque correctif qu'on ait affecté d'y apporter. C'est un recueil qui renferme un nombre infini de faits entièrement faux ou altérés, de suppositions visibles, d'impostures hardies, de dépositions tronquées, de médisances effroyables qu'on a préparé avec les airs d'une vraisemblance empruntée, afin d'en insinuer plus imperceptiblement le poison et de tromper avec plus de facilité les simples, les faibles ou les ignorants, et il est incompréhensible comment on peut avoir eu le don d'une persévérance diabolique à ramasser tout ce que la colère, la haine, l'emportement, la vengeance, la fureur et la rage peuvent inspirer de plus lâche, de plus malin, de plus insultant, de plus noir et de plus affreux pour en remplir 434 pages fort chargées d'une impression fort menue, et pour en former une diffamation cruelle du clergé, des familles les plus considérables et les plus accréditées dans la robe, des femmes les plus distinguées par leur naissance et par leurs vertus, et des magistrats les plus éclairés et les plus incorruptibles. Enfin, pour illustrer cette détraction générale, on a commencé de la mettre au jour et de la distribuer dans le temps que l'Eglise était occupée à célébrer le triomphe de son Epoux immolé sur la croix par les langues infernales des Juifs, circonstance qui prouve parfaitement que l'impiété est presque toujours d'intelligence avec la calomnie. Que de toutes les invectives et les satires anciennes et modernes, il n'y en a point qui puisse être mise en parallèle avec celle dont il porte ses plaintes, si ce n'est peut-être le libelle diffamatoire composé sur la fin du seizième siècle par Le Breton 2, avocat à Poitiers, contre le parlement de Paris;

2. François Le Breton était né à Poitiers, de Jacques Le Breton et d'Anne Milcendan. Irrité contre les magistrats qui avaient prononcé contre un pauvre diable dont il avait soutenu la cause, il s'éleva contre la mauvaise administration de la justice, dans un livre imprimé chez Jean Le Garroy et intitulé : Levez-vous, Monseigneur, mon Dieu ; ne mettez en oubly les pauvres (S. 1 , i586, in-8. Bibliothèque Nationale, Lb-** 821, Réserve, exemplaire incomplet). Il fut condamné le 22 novembre i586, et pendu le même Jour (L'arrêt est transcrit avec des extraits du livre incriminé, dans le tome 187, (° 107, de la

igS APPENDIGb II.

la distribution que l'auteur en fit lui-même dans la capitale du royaume le perdit ; ayant été arrêté par le Lieutenant civil Séguier', son procès fut promptement instruit, et par arrêt de l'année io86, il fut condamné et exécuté à la mort dans la cour du Palais, son livre préalablement brûlé en sa présence.

Que ce préjugé devait faire trembler les coupables d'un pareil crime, et que rien n'était plus eflicace pour réprimer la licence qu'on s'était donnée de parler, d'écrire et d'imprimer contre les juges ecclésiastiques et séculiers, dont le carac-

collection Dupuy, à la Bibliothèque Nationale). « Ledit Breton fut exécuté dans la cour du Palais et étranglé, comme il commençait à remontrer au peuple les occasions pour lesquelles il était là... Il endura la mort avec une assurance et magnanimité admirable et avec un tel regret de tout le peuple que, quand on ôta sou corps pour le porter à Montfaucon, le peuple y était à grand'foule, qui lui baisait les pieds et les mains. Il est enterré dans une moinerie de cette ville, où on lui a fait un service comme à un bien grand prince. Et n'y a guère de religion et moinerie h Paris où on ne lui en ait fait, les gens d'Eglise principalement le tenant digne d'être canonisé » (Ms. Dupuy, t. 187, f° 107 verso). P. de L'Estoile dit de son côté : « Cliacun de ceux qui avaient connaissance du pauvre Le Breton le plaignait et regrettait pour ce qu'il était homme de lettres et de vertu, bien vivant, fort catholique et grand zélateur de la religion catholique, apostolique et romaine, et du bien et soulagement des pauvres aftîigés. Mais il s'était fort oublié, faisant ledit livre, même l'ayant mis sur la presse pour être vu et lu de tous, et, encore étant prisonnier, toujours soutenu que tout ce qu'il y avait dit et écrit était véritable. >> (^Mémoires-Journaux, au 32 novembre i586; de Thou, Historiarum sui temporis, édit. de i6ao, t. IV, p. i5i ; Palma Gayet, Chronologie novennaire ; Ant. Loisel, Pasquier, ou Dialogue des avocats, p. 6^2; le P. Maimbourg, Histoire de la Ligue, t. I, p. 181 ; Dreux Du Radier, Histoire littéraire du Poitou.)

3. Jean Séguier, sixième et dernier fils du fameux président Pierre Séguier, appartenait h une vieille famille de Languedoc qui a donné à la France un grand nombre de magistrats. Au temps de la Ligue, il resta attaché h Henri IH et ?i Henri IV, et c'est dans sa maison de Saint-Denis que fut signé le trailr qui achevait la soumission de Paris, h laquelle il avait puissamment travaillé. Il mourut en ifxjO 11 fut le père du chancelier Pierre Séguier et de Dominique Séguier, évéque d'.\uxerre, puis de Meaux.

tère devait être respecté comme la pudeur des vierges ; que ces considérations et les devoirs de son ministère l'obligeaient à requérir :

Que le livre anonyme qui a pour titre l'Histoire du Qaillotisme ou de ce qui s'est passé à Dijon au sujet du quiétisme, imprimé à Zell chez Henriette Hermille, à l'enseigne du Bon Pasteur, soit lacéré et brûlé devant le perron du Palais par les mains de l'exécuteur de la haute justice ; Qu'à la diligence dudit Procureur général, une exacte recherche et perquisition soit faite de tous les exemplaires, que tous ceux qui se trouveront seront apportés au greffe de la Cour pour y être déchirés, que défenses soient faites à toutes personnes de les vendre, même de les retenir, sous les peines portées par les lois, ordonnances et règlements ;

Qu'il soit permis d'informer à la requête dudit Procureur général contre les auteurs, distributeurs et imprimeurs de ce livre et contre tous ceux qui ont eu part ou contribué directement ou indirectement à la composition, impression ou distribution, soit en donnant des mémoires, soit en fournissant de l'argent ou les copies desdépositionsdes témoins ouïs dans les procédures, ou autrement; à cet effet, octroyer la permission d'obtenir monitoire pour, les informations communiquées, être prises telles conclusions qu'il appartiendra.

Ledit Procureur général, après avoir mis sur le bureau ledit livre de l'Histoire du Quillotisme, s'est retiré.

Vu la copie imprimée dudit livre, ouï le rapport de M" Jacques Auguste Espiard de Vernot*, plus ancien conseiller, et la matière mise en délibération, la Cour, faisant droit sur les

4. Jacques Auguste Espiard, seigneur de Vernot, Varennes et La Courtine, bailli de Saulieu, conseiller au Parlement de Bourgogne, appartenait à une très nombreuse famille. Il était fils de Marie Morizot et de Zacliarie Espiard, bailli de Saulieu et maître d'hôtel du Roi. Il épousa en 1666 Anne Mochot, de qui il eut au moins dix enfants. Il mourut en 173a, après cinquante-sept ans d'exercice (Etat civil de Dijon ; Petitot, Continuation de l'Histoire du Parlement de Bourgogne; J. d'Arbaumont, Armoriai de la Chambre des Comptes de Bourgogne).

conclusions du Procureur général du Roi, a ordonné et ordonne que le livre qui a pour litre Histoire du Quillolisme, oa de ce qui s'est passé à Dijon au sujet du quiétisme, imprimé à Zell chez Henriette Hermille, à Venseigne du Bon Pasteur, sera lacéré et brûlé par l'exécuteur de la haute justice en la place et au-devant la principale porte et entrée du Palais; Enjoint à tous ceux qui en ont des exemplaires de les apporter incessamment au greffe de ladite Cour pour y être supprimés; Fait inhibitions et défenses à tous imprimeurs, libraires, marchands et autres d'imprimer, faire imprimer, vendre et débiter ledit livre, et à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient de Tacheter, lire, retenir et publier, à peine, contre les détenteurs, imprimeurs et distributeurs dudit livre, d'être punis suivant la rigueur des ordonnances et arrêts ; Ordonne qu'à la diligence dudit Procureur général du Roi, exacte recherche et perquisition sera faite desdits exemplaires, et que par M'* Jacques Auguste Espiard de Vernot, plus ancien conseiller du Roi à ladite Cour, il sera informé contre les auteurs, imprimeurs, détenteurs et distributeurs dudit livre, et contre ceux qui ont eu part ou contribué directement ou indirectement à la composition, impression et distribution d icelui ; Octroie à cet effet audit Procureur général le monitoire par lui requis, pour être publié conformément aux édils et arrêts. Fait en Parlement à Dijon, le neuvième juin mil sept cent trois.

Signé: Guyton.

Exécuté le même jour, 9 juin 1708.

Sur le Cas de conscience.

1° Lettre de M. Cluzena à M. Leschassier (Extrait)

Bourges, 3(4 juillet 1725.

Le fameux Cas de conscience parut ensuite à Clermont,

Le zèle de M. l'abbé de Champflour ne parut pas avec moins d'éclat dans cette occasion que dans celle dont je viens de vous faire le récit.

La résolution de ce cas, qui a fait tant de bruit, fut mise entre les mains de M. Fréhel, curé de Notre-Dame-du-Port. Comme c'était lui qui l'avait fait naître, à cause du refus que lui fit M. Gay, supérieur du Séminaire, de continuer de l'entendre à confesse s'il ne faisait pas son devoir à l'égard de M. l'abbé Périer', dont il était le confesseur et qu'on

i" Jean-Baptiste Cluzeau, né en 1668, dans le diocèse de Limoges, vint à Paris en 1686 pour faire ses études ecclésiasliques au Petit séminaire et s'agréger à la Compagnie de Saint-Sulpice. Envoyé au séminaire de Clermont en 1692, il y vécut avec M. de Champflour jusqu'à la nomination de celui-ci au siège de La Rochelle, à la fin de 1703. M. Cluzeau fut ensuite directeur au Grand séminaire d'Angers, puis à celui de Bourges, où il mourut le 9 juin 1785. Peu de temps après la mort de l'évèque de La Rochelle, il écrivit à M. Leschassier, supérieur général de Saint-Sulpice, une longue lettre sur ce qu'il avait constaté de l'activité et des vertus de ce prélat pendant qu'il vivait avec lui à Clermont. M. L. Bertrand l'a publiée dans ses Mélanges de biographie et d'histoire. Bordeaux, i885, in-8, p. iSg-iSt (Etienne de Champflour avant son EpiscopatJ , et dans la Bibliothèque Sulpicienne, t. III, p. 107 et suiv. Nous en extrayons ce qui concerne le Cas de conscience.

I. Cet abbé Périer était neveu de Pascal. Il avait fait son sémi-

croyait avec juste raison être un franc janséniste, quoiqu'il fût d'ailleurs un parfait honnête homme, et sur les mœurs duquel il n'y avait rien à reprendre, il était bien juste qu'il lui fût remis le premier. Ce curé, homme d'esprit et entêté pour le parti, comme tout le monde l'a connu, l'envoya par son vicaire au Séminaire, non pas à M. l'abbé de Ghampflour ou à M. Gay*, qu'il ne voulait pas tout à fait insulter, mais à un jeune séminariste qui avait fait ses études à Riom avec ce vicaire. Il était bien persuadé que de celui-ci il viendrait bientôt à la connaissance de ces Messieurs. Il ne se trompa pas. M. Gay fut le premier qui le vit ; il en fit aussitôt tirer une copie, car il fallait rendre au plus tôt l'original imprimé qu'on avait prêté au séminariste. M. l'abbé de Ghampflour l'examina avec M. Gay, et voyant qu'il était de la dernière conséquence d'empêcher le mal que pouvait faire une décision si opposée à celle de l'Église, qui n'exige pas moins la condamnation du fait que du droit dans la censure qu'elle a portée contre les cinq propositions de Jansénius, il résolut d'en écrire au P. de La Chaise et à Mgr l'évêque de Meaux. L'un et l'autre en parlèrent au Roi, auquel ils montrèrent les lettres de M. de Champflour avec la copie manuscrite de la résolution du Cas de conscience. Sa Majesté parut très satis-

naire à Saint-Magloira sous les PP. Moret et Diiguet. En 1688, il avait <^té <^lu doyen du chapitre de Saint-Pierre de Clermont; il devint ensuite chanoine de ht catliédrale, et mourut le l3 octobre 1718.

a. Voir plus haut, p. 32. — Pierre Gay, originaire de Limoges, entra au Séminaire Saint-Siilpice en 1666. Il fut envoyé h Clermont en 1675 ; en iGga, il devint supérieur du (irand séminaire, où il mourut en 1707. — Déjà, M. Gay avait consulté le supérieur de Saint-Sulpice, M. Leschassier, docteur de Sorbonne, qui lui répondit le a/j juillet 170a : « J'ai fait voir le cas de conscience que vous m'avez envoyé à plusieurs docteurs bien intentionnés, qui n'ont pas été contents des décisions qui y ont été données. Mais ils ne croient pas à propos d'en faire signer une différente, pour plusieurs raisons. Je ne crois pas que cette décision vous doive faire changer la conduite que vous avez tenue jusqu'ici. » Et, quelques jours après, le 7 août, il ajoutait : « Je vous ai mandé des nouvelles du Cas. On a fait quelque chose de ce que vous désirez. Peut-être achèvera-t-on. »

LE CAS DE CONSCIENCE. 2o3

faite de ces lettres et loua beaucoup le zèle de M. l'abbé de Champflour.

On fut bientôt informé à Glermont de ce qu'il venait de faire contre ce fameux cas, qui aurait fait des maux infinis, si on en n'avait pas condamné la résolution. Gomme le curé de N.-D. du Port était fort estimé dans la ville, quantité de personnes qui ne pouvaient souffrir le refus que lui avait fait le supérieur du Séminaire de continuer à le confesser, prirent ouvertement son parti contre M. l'abbé de Champflour, qu'ils regardaient comme principal auteur de tout ce qu'on faisait actuellement pour avoir du Saint Siège la condamnation du Cas de conscience. Mais on eut beau dire et crier contre M. l'abbé, il fut toujours aussi tranquille qu'à son ordinaire. Je ne dois pas oublier de vous dire, Monsieur, que M. l'abbé de Saint-Genès, de Glermont^, docteur de la maison de Sorbonne, lequel avait eu le malheur de signer le Gas avant qu'il partît de Paris pour venir prendre possession de son bénéfice, fut infiniment mortifié à ce sujet. Mgr l'Evèque lui révoqua tous ses pouvoirs. On fit encore tomber ce coup sur M. de Champflour, sans lequel, disait-on, Mgr l'Evèque n'en serait jamais venu à cet excès de rigueur contre ce pauvre abbé. Quoi qu'il en soit, il demeura interdit des fonctions de prêcher et de confesser, qu'il avait commencé d'exercer avec applaudissements dans la paroisse de Saint-Genès, et M. de Champflour supporta tout ce qui fut dit contre lui là-dessus, avec sa douceur et sa patience ordinaire.

Signé : Gluzeau, prêtre de S^-Sulpice, ancien directeur au Séminaire de Glermont.

3. François de Combes, originaire de Riom, docteur du 36 mars iGgS. Il était fils de Charles de Combes, président au Présidial de Riom, et de Françoise de Ribeyre. On le disait très versé dans les sciences tliéologiques et scripturaires, comme dans la connaissance de l'hébreu. En juillet 1698, il avait été nommé à la première dignité du chapitre de Saint-Genès, qui lui donnait droit de porter le titre d'abbé. Cette collégiale avait été fondée sous le vocable de saint Genès, évêque de Clermont.

20/i APPENDICE III.

3° Observations de Bossuet sur un projet de mandement relatif au Cas de conscience.

Page I . — Je remarquerai, d'abord en général, que les passages des Ecritures mis en français plutôt qu'en latin portent grâce '. La manière de citer en disant : conformément à cette parole de saint Paul ou de VEvangile, ressent beaucoup l'esprit des Pères. Mais tout cela dépend de la discrétion et de l'attention qu'on aura à varier le discours.

Page 3. — Avant ces mots : quelques-uns d^nlre eux, je mettrais ce qui suit : Ils se sont comme partagés - dans ce dessein de nous déclarer leur obéissance sur le premier article du cas proposé, qui est celui où on a trouvé la dilTiculté la plus considérable^. Les uns, après nous avoir exposé les raisons

2" Ce fragment, de la main d'un copiste, avec les vingt dernières lignes ajoutées par Bossuet, fait partie de la collection de M. Henri de llothscliild. Il fut écrit au mois de février 1708, avant la rédaction définitive de l'ordonnance de l'arciievèque de Paris, qui est datée du 3 2 février, et après la requête des docteurs signataires du Cas, que Ledieu (t. H, p. 38^) nous dit avoir été présentée le 9, à IM. de Noailles de la part de l'archevêque de Reims. Nous savons aussi par Ledieu que Bossuet fut pour beaucoup dans l'ordonnance par laquelle M. de iNoailles condamna le Cas (Voir, par exemple, t. II, p. 890, 392, 393 et agi).

1. Dans le projet du cardinal de Noailles, comme dans son ordonnance définitive, les textes de l'l']criture sont à peu près tous traduits en français et très heureusement amenés.

2. Allusion aux requêtes adressées à l'archevêque et signées, la première de onze docteurs, dont le P. Noël Alexandre, et la seconde de vingt-quatre autres, y compris l'abbé de La Roque, ancien théologal de Meaux. On peut voir ces deux requêtes dans VHistoire du Cas de conscience, t. I.

3. Ce premier article, occasion du scandale, est relatif à la distinction du fait et du droit et au silence respectueux. Il est ainsi formulé par le confesseur qui a sollicité la résolution du (]asde conscience : « Je lui ai témoigné (ti mon pénitent) que ces ecclésiastiques le soup- ^;onnaienl d'avoir de mauvais sentiments à l'égard desCinij pi'oposilions condamnées par Innocent X et Alexandre VII ; il m'a protesté qu'il les condamne et qu'il les a toujours condamnées purement et sans restriction dans tous les sens que l'Eglise les a condamnées, et même dans le sens de Jansénius, en la manière que notre saint Père le Pape

LE CAS DE CONSCIENCE. 2o5

qui les ont déterminés à la résolution qu'ils ont donnée, se sont contentés d'avoir recours à nous comme étant le juge de la doctrine des mœurs aussi bien que de la foi dans notre diocèse, nous suppliant de leur prescrire des règles pour la conduite des dmes, très disposés, disent-ils, à sy conformer et à soumettre, comme ils font, leur avis particulier à notre jugement, de quoi ils nous ont demandé acte ; et en même temps se sont remis à nous pour leur faire, sur les accusations dont on les a si cruellement déchirés, telle justice que nous trouverons convenable pour le bien de la paix, qu'ils souhaitent de tout leur cœur*.

Quelques autres d'entre ces docteurs et de ceux qui se sont le plus distingués par leur doctrine et par leur piété, ont joint à cette soumission générale à nos sentiments une explication du Cas de conscience qui augmente notre joie et notre consolation, parce qu'elle semble ôter toutes les difficultés qui pouvaient faire de la peine sur la résolution qu'ils ont donnée^.

Nous donc, après avoir vu et reçu ces différentes requêtes, nous nous sommes sentis obligés à donner distinctement aux

Innocent XII les a expliquées dans son bref aux évêques des Pays- Bas. Il a signé le formulaire en cette manière quand on l'a exigé de lui, et il en a montré un certificat du grand vicaire de M. l'évèque de N... Quant au fait de Jansénius, comme il faut être ignorant ou malicieux, selon une ordonnance de M. de Péréfixe, pour prétendre que l'Eglise exige la même créance de ce fait que du droit, il dit qu'il n'a pas la même créance pour cette décision que pour la décision du droit dans la condamnation des propositions ; mais il croit qu'il lui suffit d'avoir une soumission de respect et de silence à ce que l'Eglise a décidé sur ce fait, et que tant qu'on ne le pourra convaincre juridiquement d'avoir soutenu aucune des propositions condamnées, on ne doit point l'inquiéter ni tenir sa foi pour suspecte, puisque le feu pape Innocent XII le défend par un bref que le clergé de France vient d'autoriser dans la dernière assemblée » (Dans Ellies du Pin, Histoire ecclésiastique du XVII'' siècle, t. IV, p. ^07 ; cf. Histoire du Cas de conscience, t. I, p. 28).

4. Ceci est extrait de la requête des vingt-quatre docteurs (Dans Ellies du Pin, p. 33o et 33i, et dans l'Histoire du Cas de conscience, t. I, p. 127 et suiv.). Les docteurs se plaignent d'être accusés de jansénisme.

5. Dans l'Histoire du Cas de conscience, t. 1, p. i3i; cf. Ellies du Pin, p. 4^5.

2o6 APPENDICE III.

uns et aux autres notre décision claire et précise, selon les dispositions et les sentiments qu'ils nous ont fait paraître, et, afin d'y procéder par des principes certains, nous remarquerons avant toutes choses quelques circonstances de l'exposé du Cas, lesquelles, considérées sans prévention, donneront lieu à une détermination capable de mettre en repos tous les esprits qui ne seront pas contentieux.

La première circonstance, c'est que l'exposant s'est cru obligé à la souscription du formulaire d'Alexandre VII, et qu'en effet ill'a signé quand on l'a exigé de lui, dont il montre un certificat de M. l'évêque de N...

La seconde circonstance, c'est qu'il a souscrit purement et simplement, ce qu'il énonce en ces termes : gu'à Végard des cinq propositions condamnées par Innocent X et A lexandre VII, il proteste qa il les condamne et les a toujours condamnées purement et sans restriction, et même dans le sens de Jansénius, en la manière que N. S. Père le Pape Innocent XII les a exprimées dans son bref aux évéques des Pays-Bas.

La troisième circonstance, très remarquable en cette occasion, c'est que ; Quant au fait de Jansénius, comme il faut être ignorant ou malicieux, selon Vordonnance de M. de Peréfîxe, pour prétendre que VEglise exige la même créance de ce fait que du droit, il dit qu'il n'a pas la même créance pour cette décision du droit dans la condamnation des propositions ; mais il croit qail lui sujjît d'avoir une soumission de respect et de silence à ce que l'Eglise a décidé sur ce fait.

Après avoir observé ces trois circonstances de l'exposé du Cas, nous disons que l'ecclésiastique pour qui l'on consulte, en se réduisant, comme il le déclare, à une simple soumission de respect et de silence à l'extérieur, comme ses paroles le montrent, agit manifestement contre ses principes et ne peut être en bonne conscience, puisque cette soumission ne s'accorde pas à la souscription pure et simple, qui enferme un témoignage public de consentement et d'approbation aux actes qu'il a souscrits, et a souscrits, comme il l'avoue, sans restriction. Car premièrement il a souscrit à la bulle d'Innocent X du 3i mai i653, où il range expressément les cinq

propositions condamnées et déférées à son jugement par plusieurs évoques de France parmi les opinions de Cornélius Jansénius dans son livre intitulé Augustinas : ce que le Pape inculque souvent pour n'en laisser aucun doute.

Secondement il a pareillement souscrit sans restriction la bulle d'Alexandre VII, du 16 oct. i656, où l'on voit deux choses essentielles à cette cause : la première, que l'affaire de Jansénius ayant été examinée sous le Pape Innocent X, son prédécesseur, avec toute l'exactitude et la diligence possible, il a été défini que ces cinq propositions ont été tirées du livre de Jansénius et condamnées dans son sens : de quoi il se donne luimême pour témoin, comme celui qui ^ a assisté à toutes les conférences par l'ordre même du Pape.

La seconde, que du même Alexandre VII est une pareille déclaration et définition.

Il a souscrit en troisième lieu purement et simplement à la bulle du même Alexandre VII du 25 de février i665, où est contenu le formulaire qu'il a semblablement souscrit sans restriction et avec serment. Par ce moyen, il a souscrit à ces paroles précises du même formulaire : Je condamne sincèrement les cinq propositions du Jansénisme dans le propre sens du même auteur, sensu ab auctore intento, comme le siège apostolique les a condamnées, et ainsi je le jure, etc.

Si cette souscription est aussi sincère qu'elle est précise et absolue, l'exposant se trouve engagé à un consentement exprès aux paroles du formulaire: 1° Le nom de Dieu appelé en témoignage augmente la simplicité de la souscription, et le moindre déguisement dans un acte de cette sorte est un parjure. Il n'a donc qu'à considérer si ces mots : je condamne au sens de Jansénius ne veulent dire autre chose sinon : je n'en dirai mot et je garderai le silence, et si la condamnation de quelque proposition au sens d'un auteur, qui emporte un sentiment du dedans, peut être réduite à un silence gardé au dehors, sans une inexcusable restriction

6. Comme celui qui, attendu que, vu que. Cf. le latin : ut qui, ut~ pote qui.

2o8 APPENDICE 111.

mentale: c'est faire un mensonge appuyé d'un serment ''. Pour Innocent XII, quand il a sensu obvio, pour les propositions et pour le formulaire dans le second bref, et dans le premier, pour le formulaire, sensu quem verba exhibent *, ce n'est pas pour faire dire ces mots sensus obvius et quem verba exhibent, mais pour faire entendre que le sens de Jansénius n'est pas une chose obscure, éloignée et difficile à trouver dans cet auteur, mais qu'au contraire, il est aisé à trouver et se présente d'abord à tous ceux qui le cherchent de bonne foi et avec une lecture attentive de ce livre. D'où s'ensuit que le Pape a cru et déclare que ceux qui sont capables de chercher ce sens reconnaîtront qu'il se présente de lui-même à ceux qui sont capables d'attention, et, pour les autres, ils n'ont qu'à s'en rapporter au Pape et à l'Église, qui est attentive pour eux,

S» L'Abbé de Saint-André à IT**.

Meaux, ce lA février 1740.

Vous m'avez mandé. Monsieur, que le Révérend Père de Linières ' souhaite fort de savoir de moi ce que feu M. Bos-

7. Au sujet de l'ordonnance de Noailles, Bossuet « est convenu qu'on y a employé ses mémoires : on y pose l'état de la question tel que M. de Meaux a fait par les propres paroles du Cas : qu'après avoir signé sans restriction, on croit ensuite n'être obligé qu'à une soumission de respect; ce que M. de Meaux a toujours dit être insoutenable et faux, et contenir une restriction grossière et un parjure manifeste, qui sont aussi les qualifications qu'on y a jointes dans l'ordonnance... » (Ledieu, t. II, p. 3t)ii ; cf. p. 3Ga).

8. Il est question ici des deux brefs aux éveques des Pays-Bas, du 6 février 1694 et du a^ novembre i6g6. Voir t. XIII, p. 487.

3" Lettre en partie autographe et signée. Communiquée par M. Pearson, de Londres. Inédite.

I. Claude Bertrand Tasciiercau de Linières, né <i Tours le 34 février i658, était entré dès le la octobre 1678 dans la Compagnie de Jésus. Après avoir été appliqué h l'enseignement et h la prédication, il avait été nommé procureur des missions de la Chine, puis confesseur de la princesse palatine, mère du Bégeut. Il succéda h l'historien Claude l'ieury dans la charge de confesseur du Boi, qu'il remplit de 1723 à l']f^ô, aprèsavoir reyu de Borne les pouvoirs nécessaires que lui refusait l'archevé(|ue. Il mourut h la maison professe de

suet (que je ne nomme jamais sans un sentiment de regret) a fait au sujet de la matière de la grâce. Je puis l'assurer que personne ne peut lui en rendre un compte plus exact que moi 2. 11 faut que je rapporte l'occasion qui a donné lieu à ce traité. Le ministre Basnage ^ avait fait une histoire de l'Église à sa manière, dans laquelle il prétend répondre au livre des Variations, en disant qu'il lui suffit de faire voir que l'Église catholique romaine a varié sur un article de foi, ce qu'il prétend prouver par trois auteurs catholiques*, savoir de Launoy, Simon et un autre dont je ne me souviens pas du nom, que saint Augustin avait fait un nouveau système de la grâce,

Paris le 3i mai 1746. Le P. de Linières, qui était, selon Saint-Simon, « bon homme, vieux et rien de plus », passe pour avoir fourni des renseignements au P. Patouillet pour son Supplément des Nouvelles ecclésiastiques, et il fut quelque peu mêlé aux querelles religieuses du temps. Son nom a été défiguré dans les Mélanges publiés parla Société des Bibliophiles français (t. VI, année 1826), où sont insérées quatre lettres adressées par lui au cardinal de Fleury sur Gresset. On trouve d'autres lettres de lui, relatives aux affaires de Chine, à la Bibliothèque Nationale, Pièces originales, au mot Taschkreau. Elles sont signées: de Linyères S. J. Le P. de Linières était l'oncle de Gabriel Taschereau de Baudry, lieutenant particulier au bailliage de Tours, lieutenant général de police dans la même ville, puis secrétaire et intendant de la duchesse d'Orléans, et enfin maître des requêtes de l'hôtel. Celui-ci était frère de l'abbé Taschereau de Baudry, chanoine de Saint-Martin de Tours, dont Bossuet présida en Sorbonne la mineure ordinaire le 28 juillet 1701, et d'un autre abbé qui fut aussi chanoine de Tours (Voir C. Sommervogel, Bibliothèque ; Saint-Simon, édition Chéruel, t. XIII, p. 112; t. XVIII, p. 433 et 443 ; Correspondance de Madame, 2« édit. Jaeglé, t. II, p. 86-88, i3i ; t. III, p. 10, i4; Buvat, Journal de la Régence, édit. Campardon, t. II, p. 366 à Sôg ; 373 et 374; Barbier, Journal, 1. 1, p. i39eti4o; d'Argenson, Journai. t. II. p. 127 ; Voltaire, Œuvres, édit. Garnier, t. IX, p. 67 et 319 ; les Nouvelles ecclésiastiques, années 1732, 1733 et 1740 ; Ledieu, t. II, p. 192; Archives Nationales, X'B 8884, 9 août 1698; 8885, 19 décembre 1699 ; 8894, 10 et i5 juillet 171 1)

2. L'évèque de Troyes, neveu de Bossuet, devait en être un témoin aussi autorisé.

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