‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 80 sur 211 · Etienne Fouquet, figure dans notre tome VI, p · texte numérisé non relu

Etienne Fouquet, figure dans notre tome VI, p

2i4 APPENDICE IV.

la parole, aurions représenté que, depuis dix-neufans que nous avons l'honneur d'être oflicier, ayant toujours vu M. l'évêque de Meaux ofTicier en personne le jour de saint Etienne, nous nous étions exactement présenté à l'olTrande dont il s'agit, suivant l'usage ci-devant observé par les procureurs du Roi, nos prédécesseurs, et par les procureurs de MM. les vicomte et vidame de Meaux ; mais que l'absence de M. l'évêque apportait cette année du changement à cet usage. Remontrant à cet effet aud. S' Richer :

Que si les sieurs du chapitre prétendaient, comme quelquesuns le disent, que cette offrande fût une espèce d'hommage que les comtes de Champagne, fondateurs de l'église de Meaux, rendaient anciennement à l'évêque, le jour du patron de leur église, à cause de quelques fiefs dépendant des provinces de Champagne et de Brie, mouvant de l'évêché de Meaux, ils devaient savoir que le Roi, ne connaissant point de puissance sur la terre au-dessus de la sienne, a cet avantage sur les autres souverains, qu'il affranchit, par une prééminence spécialement attachée à la couronne, les provinces et fiefs de tous les devoirs, hommages et servitudes dont ils étaient chargés, dès le moment qu'ils ont été réunis à la couronne; de manière que, si les provinces de Champagne et de Brie étaient autrefois tenues de quehjues devoirs envers l'évêque de Meaux, elles en ont été de plein droit déchargées à l'instant de leur réunion à la couronne de France.

Que s'ils regardaient cetlc offrande comme une dévotion particulière que les comtes de Champagne et los vicomte et vidame de Meaux rendaient à Dieu en présence de l'évêque (comme d'autres le prétendent), cette offrande étant volontaire, elle n'ol)ligeail pas indispcnsablcmont leurs successeurs à s'en acquitter ; qu'à la rigueur, elle ne se faisait qu'en la présence de l'évêque, et ne pouvait s'étendre à d'autres personnes; que si, nonobstant ces raisons, le chapitre prétendait avoir le même droit que M. l'évêque de Meaux, nous le sommions de nous représenter les titres qui justifiaient cette prétention.

DOCUMENTS DIVERS. 2l5

A quoi ledit S"" Richer, doyen, nous aurait fait réponse qu'il ne pouvait nous dire précisément si le chapitre avait des titres pour justifier sa prétention, qu'à la vérité il n'en avait encore vu aucun dans les archives qui fît mention de cette cérémonie ; mais que, supposé qu'ils n'eussent aucun titre pour établir leur droit, la possession en laquelle ils étaient de faire l'offrande en question au défaut de l'évêque suppléait au défaut de titres ;

Que plusieurs anciens chanoines nous certifiaient avoir vu, pendant la maladie du feu M. de Ligny^, prédécesseur de M. Bossuet, à présent évêque, un des avocats du Roi aller à l'offrande, le S'' Delacroix '*•, lors doyen de leur église, officiant ledit jour de saint Etienne, pour l'absence de l'évêque;

Qu'ils ne regardaient pas cette offrande comme un hommage dû à l'évêque ou à l'église de Meaux, mais comme une dévotion particulière dont les comtes de Champagne et les vicomtes et vidâmes de Meaux s'acquittaient anciennement le jour de saint Etienne, patron de leur église ;

Que si nous refusions de nous présentera cette offrande, le chapitre prendrait les mesures nécessaires pour nous obliger de continuer une cérémonie, laquelle a toujours été depuis un fort long temps observée en leur église.

Ce qui nous aurait obligé de répondre aud. S' doyen que nous avions peine à croire ce qu'il nous avançait de leur prétendue possession ; que plusieurs anciens officiers €t habitants de cette ville nous avaient certifié le contraire, et même nous avaient assuré n'avoir jamais vu les avocats

9. Dominique de Lig^ny, fils de Jean de Lig^ny, maître des requêtes, et, par Charlotte Séjjuier, sa mère, neveu de Dominique Séguier, frère du Chancelier et évêque de Meaux. A la prière de ce prélat, il avait été élu doyen du chapitre le 1 1 août 1657. Depuis (3 mars lôôg), il reçut le titre d'évêque de Philadelphie et fut coadjuteur de son oncle, à qui il succéda le 16 mai de la même année. Il mourut lui-même le 37 avril 1681. Cf. t. V, p. a6i.

10. Pierre de La Croix, parent des évêques Séguier et de Ligny, fut reçu doyen le 6 octobre 1666. Il mourut le 3o juin iBgS, ayant résigné en 1694 sa dignité à Richer. Voir aussi t. IV, p. 57.

Ql6 APPENDICE IV.

ou le procureur du Roi rendre cette offrande aux sieurs du chapitre en l'absence de l'évêque, ni pendant la vacance du siège.

Que néanmoins, dans cette incertitude, et pour éviter les contestations qui pouvaient naître entre le chapitre et nous, au sujet de cette cérémonie, pour savoir si nous ne sommes tenus d'y assister que quand M. l'évêque de Meaux officie, ou si le chapitre, en son absence et pendant la vacance du siège, est en droit de la faire, ledit S' Richer nous aurait proposé de nous présenter cette année à l'offrande en la manière accoutumée, jusques à ce que nous eussions su les intentions de Mgr le Procureur général ; aux protestations toutefois par nous faites aud. S' Richer, en présence des S" Fordrain, Fouquet, Morin et Léger, chanoines, des sacristains et autres personnes qui étaient dans la sacristie, que l'offrande à laquelle nous voulions bien nous présenter cette année ne pouvait nuire, préjudicier, ni être tirée à conséquence à l'avenir contre nous ni nos successeurs, et qu'ils ne pouvaient prendre comme une possession paisible et constante une action volontaire que nous ne faisions qu'à leur prière et réquisition.

Ce que ledit S' Richer nous ayant expressément promis, tant au nom du chapitre que pour lui, en présence des chanoines et autres personnes ci-devant nommées, nous aurions été nous placer avec lesdits S" Bridou et Hébert dans le chœur en la manière accoutumée, aux trois premières chaises dans les hautes stalles du côté droit, tirant vers l'autel. Et peu de temps après, ledit S' Richer, doyen, étant arrivé accompagné de plusieurs chanoines, revêtus de leurs habits sacerdotaux, aurait commencé la messe ; à l'offertoire, ledit sieur doyen, tenant en ses mains la patène, serait descendu sur la dernière marche de l'autel, ayant à ses côtés les diacre et sous-diacre, et l'un des vergers ayant pris un cierge allumé du poids d'environ une livre, sur lequel étaient attachés deux écussons aux armes de France, aurait par trois fois et à haute voix dit ces paroles ; Nostre sire le Boy, et après la troisième et dernière

fois, nous, procureur du Roi, étant en robe et bonnet, serions descendu de notre place, et marcbant vers l'autel, ledit verger nous aurait présenté le cierge qu'il tenait ; après avoir fait une profonde révérence au saint Sacrement, nous nous serions approché dudit sieur doyen, lequel, étant debout, nous aurait donné à baiser la patène, à la différence de M. l'évèque, qui est assis dans un fauteuil et nous étant à genoux sur une des marches de l'autel, nous donne son anneau à baiser. Après quoi, nous aurions rendu le cierge au verger et serions retourné à notre place, où étant, le même verger prenant un autre cierge, sur lequel sont pareillement attachés deux écussons aux armes du vicomte de Meaux, aurait aussi appelé par trois fois : Monseigneur le vicomte de Meaux, et à la troisième et dernière fois ledit S"' Bridou, procureur de Mme la vicomtesse de Meaux, étant aussi en robe et bonnet, se serait approché de l'autel, où le sieur doyen lui aurait pareillement donné à baiser la patène. La même cérémonie ayant été faite pour M. le vidame, le S'' Hébert, procureur de Mme la vidame de Meaux, étant aussi en robe et bonnet, se serait présenté à l'autel et y aurait baisé la patène de la même manière que nous, procureur du Roi, et ledit sieur Bridou. Et, après que la messe a été dite, nous nous sommes retirés et avons dressé le présent procès-verbal pour le faire valoir en temps et lieu, ainsi qu'il appartiendra, et le présenter à Mgr le Procureur général, afin de recevoir par son ministère les ordres de la Cour au sujet de la présente cérémonie, en ce qu'elle peut regarder les droits et les intérêts de Sa Majesté*', et l'avons signé lesdits jour et an, avec lesdits sieurs Bridoii et Hébert.

De Vernon. Bridou. P. Hébert,

II. Nous ignorons quelle suite fut donnée à cette affaire. Le a6 décembre 1708, Bossuet était éloigné de Meaux par les soins qu'exigeait sa santé ; mais, en 170^, Bissy, son successeur, assista à l'office le jour de saint Etienne et reçut l'offrande accoutumée.

2i8 APPENDICE IV.

2" Lettre de Valincoar à Ledieu.

A bord du Foudroyant*, le 1 1 octobre 1708.

J'ai reçu, Monsieur, la réponse de M. l'cvêque de Meaux '. Je me donne l'iionneur de l'en remercier par cet ordinaire; mais je vous dois aussi un remerciement de me l'avoir procurée et de l'attention que vous avez bien voulu avoir à lui parler de ma question pour l'engager à y répondre. On ne peut être plus sensible que je suis à la bonté avec laquelle il le fait, ni plus pénétré des lumières avec lesquelles il a bien voulu m'instruire. Si, par hasard, dans les promenades des Tuileries ou les autres qu'il fera cet automne, la conversation retombait encore sur la même question, et que vous pussiez lui pouvoir faire une nouvelle difficulté', sans crainte d'altérer sa santé, à laquelle rien n'est plus contraire que le trop d'application, je vous prierais de vouloir bien lui dire que le fond de l'objection consiste à dire que la prophétie d'isaïe dont il s'agit, non seulement n'éclaircit point les Juifs et ne leur montre point que Jésus-Glirisl était le Messie, et c'est à quoi notre admirable et respectable prélat a divinement répondu, mais que cette même prophétie les aveugle et leur fournit un argument auquel il leur était impossible de trouver la réponse, et c'est sur quoi je désirerais qu'il eût la bonté de m'instruire. Car, Isnie disant positivement que le Messie doit naître d'une vierge, et Jésus-Christ paraissant aux yeux de tout le monde être né d'une femme mariée, il s'ensuivrait qu'ils pouvaient conclure que Jésus-Christ n'était pas le Messie, et qu'ils ne

2° — I-. s. Belle copie de la iniiin d'un secrt^taire, (jrand séminaire de Meaux. l'iihlit-e d'abord par M. Laclint, Olùivres inédites de Biissuet, Paris, i8(J2, p. IÔ3. (îelle lettre est celle dont il a été parlé h la date du af) (a8?) octobre, p. 11 3.

I. Le Foudroyant /-tait un vaisseau de premier ran|f, percé de cent quatre canons, achevé à Brest en i(')9^ (•''''') ('lossairc natiti(jue).

a. Celle du i*' octobre, p. loij.

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