‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 87 sur 211 · Archives Nationales, X'B8888. Inidii · texte numérisé non relu

Archives Nationales, X'B8888. Inidii

pour l'exécution des ordres dudit Seigneur en la généralité de Paris, sera payée, si fait n'a été, sur ses ordonnances, à Pierre Le Maire, charpentier adjudicataire, par Pierre Chalmot sur la somme de vingt-six mille huit cent cinquante livres de principal déposée en ses mains, provenant de la vente et adjudication faite le 24 octobre 1698 des arbres qui se sont trouvés dans l'alignement des routes des bois dépendants de l'évêché deMeaux, nonobstant la destination et l'emploi ordonné être fait desd. deniers en rentes sur l'hôtel de ville de Paris au profit dud. évêché, par les lettres patentes du 27 mai 1700, auxquelles led. Seigneur a dérogé par les présentes lettres dud. jour 3o octobre 1708, pour ce regard seulement, ce sans préjudice de l'exécution desd. lettres pour le surplus, moyennant lequel payement, led. Chalmot demeurera bien et valablement quitte et déchargé de lad. somme de huit mille cinq cents livres, ainsi que plus au long le contiennent lesd. lettres à la Cour adressantes; Arrêt du 20 décembre 1708, par lequel la Cour, avant procéder à l'enregistrement desd. lettres, a ordonné que par devant le lieutenant général au bailliage et siège présidial de Meaux, en présence du substitut du procureur général du Roi aud. siège, les ouvrages qui ont été faits pour conserver le marchepied de la rivière de Marne seront vus et visités par experts qui seront nommés d'office par led. juge, pour connaître à quelle somme ils ont pu monter, pour, ce fait, rapporté et communiqué au Procureur général du Roi, être ordonné ce que de raison ; Le procès-verbal de visite et estimation desd. ouvrages faite le 7 janvier et jours suivants 1704 en exécution dud. arrêt; Requête présentée par l'impétrant à fin d'enregistrement desd. lettres ; Conclusions du Procureur général du Roi ; ouï le rapport de M" François Robert, conseiller; tout considéré.

La Cour ordonne que lesd. lettres seront enregistrées au greffe d'icelle, pour jouir par l'impétrant de l'effet et contenu en icelles, et être exécutées selon leur forme et teneur.

Fait en Parlement, le quatorz' mars mil sept cent quatre.

De Harlay. F. Robert.

23o APPENDICE IV.

7° Bossuet légataire du curé de Lumigny.

Nous soussigné, évêque de Meaux, confessons avoir reçu de M. Lorey *, procureur du Collège de Reims de Paris, la somme de cent quarante-cinq livres dix-sept sols sept deniers faisant jjartie de celle de cent soixante-six livres treize sols quatre deniers de rente à nous due à cause de notre qualité d'évêque par ledit collège ; ladite rente nous ayant été laissée par le S"^ Deslieaumes^, curé de Lumigny, diocèse de Meaux ; les vingtcinq livres quinze sols neuf deniers restant ayant été reçus par Dalnay^, exécuteur testamentaire dudit feu S' Desheaumes, comme il nous est apparu par sa quittance du iS" février

7» — Pièce originale avec signature aiitogrnphe, Archives nationales, II-* 2896. Publiée pour la première fois par M. Henri Lac;iille, dans son Étude sur le Collège de Reims, à Paris, Reims, 1899, in-8, p. 157.

1. Claude Lorey, maître es arts de la Faeullé de Paris depuis le 36 juillet 1681, tétait originairedu diocèse de Cliàlons. Il était professeur émérite de rhétorique au collège de Beauvais lorsqu'il fut pourvu, le 28 septembre 1700, par Charles Maurice Le Tellier, de la charge de procureur du collège de Reims vacante par le décès de Pierre Lorey, son frère. Il n'était alors que sous-diacre, mais il reçut peu de temps après la prêtrise. Le aS août 1708, il obtint l'une des trois chapeilenies fondées au Châlelet, à la collation du recteur de l'Université. Il mourut vers le mois de janvier 1728, après avoir, r» deux reprises, pendant les années scolaires i7o3-o4 et 1709-10, rempli les fonctions de recteur de l'L'niversité de Paris. Il avait institué pour légataire universelle sa nièce, Marie François, fille majeure (Bibliothèque Nationale, Pièces originales et fonds lalingiôô, f" a3; (]offin, OEiwres, Paris, 1755, a vol. in-i3, t. I, p. a6^, et t. II, p. i4o ; Cil. Jourdain, Histoire de l'Unioersité de Paris, p. :!87, et pièces justificatives, p. 2.S7 ; le P. Chapotin, le CoUcgc de Dorinans- Beauvnis. Paris, 1870, in-8, p. 3ai, 3a2 et 388; H. Lacaille, op. cit., p. i54 et 182 ; Arcliives Nationales, IP 2880 '"i*, et M 187).

2. La rente légni-e par l-'ranrois de Heaume h son évêque était destinée h faire un nouvel établissement (!!■' 2880^). Le curé était mort à soixante-sept ans et avait été iiiliuiné i\ Lumigny le 4 octobre 1701 ( hitat civil de l^umigny).

3. f>liar!es Dainay (al. Dalney) était chirurgien h 'l'ouquin-cn-Bric (Archives Nationales, II' ao8o').

DOCUMENTS DH ERS. 23l

1702, laquelle année est échue le dix-neuf août mil sept cent deux ; dont nous quittons ledit sieur audit nom, sans préjudice de l'année échue le dix-neuf août mil sept cent trois, et de l'année courante.

Fait à Paris le vingt-et-unième janvier mil sept cent quatre.

J. Bénigne, é. de Meaux.

8" Jean Phelipeaux à Roger de Gaignières.

A Meaux, ce 12 mai 1704-

Monsieur, je n'ai reçu que votre dernière lettre, datée du dixième de ce mois. Je suis très sensible à l'honneur de votre souvenir, et c'est pour moi une grande consolation dans la conjoncture présente. J'ai été plus touché que je ne l'aurais cru, prévoyant depuis longtemps ce malheur. La perte qu'a lait l'Eglise d'un grand défenseur de la foi est l'endroit qui m'a le plus affligé.

Je suis bien aise qu'un homme aussi sage et aussi expérimenté que vous approuve le parti que j'ai pris de n'accepter aucun emploi, quoique le Chapitre m'ait marqué

8» — L. a. s. Bibliothèque Nationale, fr. a/j 991, f" lid. Inédite. - François Roger de Gaignières naquit, vers i64-i, d'Aimé de Gaignières, secrétaire du duc de Bellegarde, et de Jacquette de Blancliel'ort. Il fut écuyer du duc de Guise, puis de Mlle de Guise, princesse de Joiuville. Il porta quelque temps le titre de gouverneur du château et de la principauté de Joinville. Il demeura à l'hôtel de Guise jusqu'en 1701. A cette époque, il alla se fixer rue de Sèvres, en face de l'hôpital des Incurables : c'est là qu'il mourut le 37 mars 1715. Il était lié avec l'abbesse de Fontevrault comme avec un grand nombre de savants et de gens de lettres. Il recueillit une foule de documents relatifs à l'histoire, médailles, inscriptions, généalogies, etc. Ses collections, données par lui en 1716 au Roi, sont en grande partie conservées à la Bibliothèque Nationale (L. Delisle, le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1868-1881, 3 vol. in-fol., 1. 1 et III ; articles de M. G. Duplessis dans la Gazette des Beaux-arts, mai 1870, et dans les Nouvelles archives de l'art français, années 1874 et 1875 ; P. Clément, Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, Paris, 1869, in-8 ; le Bulletin du Bibliophile, années 1870-71, 1 888 et 1892).

en cette occasion toute la bonté et toute lestime possible, car, m'avant d'abord nommé officiai et grand vicaire, il ne se contenta pas de la déclaration publique que je fis de ne vouloir accepter aucun emploi pour des raisons particulières, il députa des chanoines pour me prier d'accepter ces deux emplois et, sur mon relus, ils voulurent absolument que mon nom fût inséré dans les provisions de grand vicaire qu'il donna, alléguant que j'en fairais les fonctions autant qu'il me plairait. J'ai cru qu'après plus de dix-huit ans de travail et d'assujettissement, je devais me procurer le repos et la liberté el attendre la nomination du nouvel évoque, pour voir s'il me conviendrait. J'ai l'avantage que, pendant ce tempslà, feu M. de Meaux n'a eu aucune plainte de ma conduite privée et publique. Jamais on n'a été obligé de réformer ce que j'ai lait. Je ne lui ai jamais demandé aucune grâce, ni pour moi, ni pour les miens. J'ai fait toutes les affaires du diocèse aux dépens du revenu de mes bénéfices, sans avoir reçu, ni pendant la vie ni à la mort, la moindre gratilication. Je suis néanmoins content de mon sort, quoi qu'il arrive, et je ne manquerai jamais de zèle pour servir lÉglise. Je ne connais point particulièrement M. de Bissy, que le Uoi a nommé. Je ne le préviendrai point, je laisserai agir la Providence. Je ne suis plus d'humeur à aimer les gens à crédit ; il y a longtemps que j'aurais dû m'être défait de l'amour cambrésien '. J'avoue que ma conduite n'a pas été sur cela con-

I. h'amour cambrésien ou di^sinlt'ressé, le pur amour, à propos de quoi Fénelon s'était engagé dans la querelle du quiétisme. On a déjà vu (t. XII, p. 78) que l'Iielipeaux se plaifjnait de n'avoir pas été récompensé des services qu'il avait rendus. Ce trait de son caractère inspire à Ledieu, qui l'estimait sans beaucoup l'aimer, les relierions suivante» : « Tout le monde dit qu'il est mort de chagrin ; c'était son lempi'ramenl. Je l'ai vu toute sa vie plaintif el mécontent de sa mauvaise Fortune ; il se croyait un grand mcritc et il voulait avoir de ^r;indes récompenses, surtout des bénéfices simples, pour vivre en repos et en liberlcà l'aris. La ()remière cause de son chagrin a été de n'avoir pu obtenir de feu .M. iJossuet, cvéqiic de Meaux, quol(|iic gros prieuré, qu'il disait <jue ce prélat lui avait promis; c'est pourquoi, après sa mort, il s'éloigna même de M. l'abbc liossuet. Chacun a blâmé sa

forme à mes principes ; j'aurai encore de la peine à m'en corriger. Le désintéressement a toujours été 1 esprit de ma famille^.

Oserais-je vous demander la continuation de votre amitié, qui m'est très précieuse, et vous assurer que je serai toute ma vie avec un profond respect votre très humble et très obéissant serviteur ?

Phelipeaux.

Me voilà libre comme l'abbé Bertet '.

Suscription : A Monsieur, Monsieur de G aiguières, vis-àvis les Incurables, à Paris.

conduite, de s'être ainsi séparé de ses bienfaiteurs, et encore plus de s'être livré à M. de Bissy, évêque de Meaux d'aujourd'hui, en haine de son prédécesseur et de ses héritiers, et enfin de s'être encore attiré la colère et l'indignation de ce nouvel évêque pour les raisons qu'on a vues. Une conduite si irréjjulière, blâmée généralement de tout le monde, l'a jeté dans une profonde mélancolie qui lui a corrompu la masse du sang et l'a conduit au tombeau » (Ledieu, t. IV, p. i84j-

2. Phelipeaux laissa une sœur, demeurée en Anjou, et un frère, procureur au Parlement de Paris (Ledieu, t. IV, p. i85).

3. L'abbé Bertet congédié par le cardinal de Bouillon. Cf. t. IX, p. 130.

Documents relatifs a la mort de Bossuet

1° Acte de décès de Bossuet.

Du treizième avril 170^.

Messire Jacques Bénigne Bossuet, cvèque de Meaux, conseiller d'État ordinaire, précepteur de Monseigneur le Dauphin, premier aumônier de Madame la Duchesse de Bourgogne, conservateur des privilèges apostoliques de l'Université de Paris, supérieur du collège royal de Navarre, âgé de soizante et seize ans, six mois et quinze jours, et décédé hier, rue Neuve-Sainte-Anne, en cette paroisse, a été apporté en cette église en clergé, et sera transporté, par permission de S. E. Mgr. le cardinal de Noailles, en sa cathédrale de Meaux, après demain, pour y être inhumé.

Présens Messire Louis Bossuet, chevalier, conseiller du Roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaire de son hôtel, Jacques Bénigne Bossuet, abbé de Savigny, tous deux neveux dudit deffunt, demeurants susdites rue et paroisse.

BossuKT. L'abbé BossuiiT. Gaucher'.

2° L'Abbé Bossael au curé de Claye.

A Paris, ce i4 avril 170^.

Le corps de Monseigneur l'évêijue de Meaux sera porté à

l» — (îrav(^ sur uni; plaque commi^inoralive dans l'r{jlise Saiiit-Rocli, en 18.5G, d'après iinregistre des actes de décès <le celte paroisse, conservie alors aux Archives de l'Hôtel de Ville, aujoui'd'liiii dctriiit^s.

I. Vicaire de Sainl-Hoch, qui adininisira les derniers sacrements à Bossnel et conduisit son corps h Meaux. Voir l^edieu, I. III, Q-'J-loS.

2" — liillel de la main de Ledieu avec susrription de l'abbi'- Bossuet. Culleclionde M. II.de Uollisciiild. l'nblit^ dans \' Amaletir (iaulogrnphes, du i(i mari 18(17, p. lia.

Claye mercredi procliain i6, et déposé dans l'église de la paroisse depuis neuf heures jusqu'à midi. Monsievir le Prieur ' prendra la peine, s'il lui plaît, de faire tenir son église propre et de se trouver à la porte pour recevoir le corps avec au moins deux prêtres du voisinage, dont deux diront chacun la messe basse, mais non la messe haute. On tiendra prêts six chandeliers pour mettre autour du corps, et d'ici on portera six cierges.

Je salue M. le Prieur de tout mon cœur et suis son très humble et obéissant serviteur.

J.-B. BossuET, vicaire général^.

3° L'Abbé Bossuet à Clément XI.

Très saint Père,

Je croirais manquer au devoir le plus indispensable auquel je puisse être engagé si, après les bontés dont Votre Sainteté a toujours honoré M. l'Évêque de Meaux, mon oncle, pendant sa vie, et les grâces dont elle l'a toujours comblé aussi bien que moi, j'attendais plus longtemps à me prosterner aux sacrés pieds de V. S. pour lui faire part de la mort de ce savant et pieux évêque, et si je tardais davantage à lui demander par sa sainte et paternelle bénédiction la seule consolation que je sois capable de recevoir dans une occasion si funeste.

C'était autrefois dans la plupart des Églises une coutume

I, Le prieur-curé de (jlaye était, depuis le mois de novembre 1702, Claude Gailhirdoii, chanoine ré^julier. Son souvenir est conservé par une inscription ancienne placée à l'entrée de son ég-lise : Il est « mort le ig mars 1709, âg-é de quatre-vingt-cinq ans et neuf mois, après avoir gouverné sa paroisse cinquante-six ans et quatre mois, bienfaiteur de cette église, ayant employé tous ses biens pour l'ornement et la décoration. Il a vécu pauvrement et est mort de même. »

3. La lettre est de la main de Ledieu ; seules la dernière phrase et la signature sont de l'abbé Botsuet.

$0 — Inédite. Archives vaticanes, Particolari 92, f°^ 174-187 ; la minute, h la Bibliothèque de Reims, collection Tarbé.

aussi sainte qu inviolable, après la mort de leurs saints évêques, que ceux qui les avaient le plus connus, qui avaient été témoins de leurs actions, de leurs vertus, et les plus attachés à eux pendant leur vie, rendissent compte, à leur mort, aux autres Églises, par une relation fidèle et succincte, et principalement à l'Église romaine, la mère et la maîtresse de toutes, des principales actions de ces grands hommes, et leur fissent part de leur sainte mort.

Dans quel siècle peut-on avec plus de justice renouveler dans l'Église une coutume si honorable, si glorieuse pour la mémoire des morts et en même temps si pleine d'instructions et de consolation pour les vivants, qu'à l'occasion d'un évoque si illustre par sa piété, par son excellente doctrine, qui a combattu pour la foi contre toute sorte d'erreurs jusqu'au dernier soupir, qui est mort pour ainsi dire sur la brèche et les armes à la main ; et surtout s'adressant à un pape qui renouvelle à nos yeux les premiers et les plus beaux jours de l'Église naissante, et en la personne de qui on voit avec admiration revivre les saintes vertus des plus grands papes, l'humilité sincère, le zèle apostolique, la lérmelé inébranlable, la charité sans bornes des Léons et des Grégoires ?

C'est donc avec une confiance entière qu'après avoir retracé on peu de mots aux yeux de V. S. quelques principales actions d'un évoque admirateur des qualités apostoliques de V. S., je lui rendrai compte d'une mort aussi précieuse devant Dieu qu'elle est afiligeante pour l'Église de France, dont cet évoque avait été le modèle et l'ornement pendant le cours de sa vie.

Cet homme illustre dont nous pleurons aujourd'hui la perte, dédié dès sa plus tendre enfance au service des autels et élevé dans l'amour de la piété et de la vertu, donna dès les premières années de sa vie des marques publiques dosa piété et de la grandeur de son génie. L'Université do Paris le reçut à bras ouverts, la Faculté de Théologie l'honora de tous les titres les plus distingués, et ce fut dans le moment qu'il reçut le doctorat aux pieds des autels par un serment solennel, qu'il se dévoua tout entier à la vérité, dont depuis, pendant

tout le cours de sa vie, il a été le défenseur et le soutien et enfin, comme il l'avait toujours souhaité, le martyr.

Dès ce moment, il n'eut plus d'autres pensées, d'autres vues que d'employer, que de consacrer les talents dont le Ciel l'avait doué et les lumières dont il l'avait rempli au service de la vérité. Aussi éloquent prédicateur que docteur sublime et éclairé, il joignit l'éloquence la plus mâle et la plus vigoureuse aux charmes d'une insinuation qui, en lui gagnant tous les cœurs, les gagnait en même temps à la piété et à la vérité. Prêchant d'exemple encore plus que de paroles, il fut l'admiration et l'édification des peuples et des rois. Éloigné de tout esprit de flatterie dans la chaire de vérité, il n'épargna pas, quand il le crut nécessaire pour leur salut, les têtes les plus superbes et les plus élevées ; il remplit pleinement les obligations d'un prédicateur apostolique. Dieu lui inspira sur cela un courage au-dessus de tout et dont la Cour retentit encore à sa louange.

Archidiacre, puis doven de l'Eglise de Metz, ville où l'hérésie avait jeté de profondes racines et dominait depuis longtemps, il se rendit terrible aux ennemis de la foi, il y désarma l'hérésie, il y convertit plusieurs ministres et sut rendre même à ceux qui demeurèrent obstinés dans leur erreur la foi catholique moins odieuse. Mais ce n'était là, pour ainsi dire, que le prélude de ce qu'il devait faire dans la suite pour la défense de la foi catholique, l'avancement de la religion et l'extirpation des erreurs.

Élevé enfin en 1669 à la dignité épiscopale, qu'il n'avait jamais demandée ni désirée, il fut choisi peu de temps après par le Roi pour l'éducation du Dauphin, son fils unique et le plus précieux gage de la tendresse et de l'amour des Français. Il quitta sans hésiter l'évêché de Condom, où il ne pouvait résider, pour s'adonner tout entier à un si important ouvrage d'où devait dépendre le bonheur et le repos du fils, du roi 5on père et de toute la France.

Le S. Pape Innocent XI d'heureuse mémoire ne fut pas plus tôt élevé sur la chaire de saint Pierre que, connaissant de quelle importance était cette- éducation pour l'honneur du Saint Siège et pour l'avancement de la religion catholi-

238 APPEJJDICE V.

que, il vouhit être informé pleinement par l'évèque de Condom du progrès de cette éducation : ce qu'il ne manqua pas de faire, et les lettres de ce saint pape à ce savant évêque et de cet évêque au Pape, aussi bien que le Discours sur rhisloire universelle, que l'Évèque de Gondom composa pour l'instruction du Dauphin, seront des monuments éternels de l'amour vraiment paternel du saint Pontife à l'égard du Roi cl de la France, de son estime pour cet évêque efc des soins infatigables de notre digne précepteur.

Les occupations d'une éducation si illustre et de si grande conséquence pour le bonheur de la Prancc et le bien de la religion ne lui firent pas oublier les devoirs de l'évèque, auxquels son sacre l'avait engagé. Toujours attentif aux besoins de l'Eglise et aux progrès de la religion catholique, il convertit à la foi le grand Turenne, et par là déconcerta tout le parti huguenot en France. Cette conversion fut l'elTel du précieux livre de Y Exposition de la foi^, dans lequel l'évèque de Gondom, en démasquant l'hérésie, fait voir par une exposition aussi simple qu'exacte et fidèle l'innocence et la pureté de la doctrine de l'Église catholique que les novateurs des derniers temps, à l'exemple des hérétiques des premiers siècles, n'avaient pu rendre odieuse qu'en la défigurant par les plus noires couleurs, ouvrage qui ne demandait pas moins, pour être misa sa perfection, que la plus sage, la plus sûre et la plus habile main du siècle, ouvrage enfin qu'on peut dire avec vérité avoir converti depuis tous ceux qui se sont véritablement convertis en France et dans les cours étrangères, où il a été traduit en toutes langues,

I. Cf. Ledieii, l. I, p. io5. Cette conversion a été aussi attribuée, soit h la Perpéluilé de la foi d'AmauIcI et Nicole (16(19), soit à La présence de Jésns-Chrisl dans le siiinl Sacreineat du P. Nouet S. J. (1666). Quoi qu'il en soit, le cardinal de Bouillou nie que son oncle ait été converti par Hossuet et soutient que l'Exposition de la foi Fut composée, non pas pour Turenne, mais par ses conseils (Lettre du i I sept. 170,^ à l'ahbé de Glioisy, Dossiers llochebilièrc, n. a. fr. :î'J i ï/j, P* lio. Cf. E. Jovy, /*' Médecin Antoine Menjot, Vitry, lyii'i, in-S^ p. a8, 3o et luy, et Ifevue Dossuet. i<joa, p. 7).

surtout depuis que le pape Innocent XI et le Saint Siège en a autorisé et comme consacré la doctrine, l'avouant pour la doctrine de l'Eglise romaine.

Les personnes les plus qualifiées du parti huguenot suivirent bientôt l'exemple du grand maréchal deTurenne, surtout après que le ministre le plus fameux du parti - eut été contraint par notre évèqua, dans une conférence publique, de tomber dans des contradictions manifestes : suite Inévitable de l'esprit d'erreur et chute ordinaire de ceux qui ont secoué le joug de l'autorité de l'Lglise.

. L'éducation du Dauphin finit avec tout le succès qu'on en pouvait espérer. Le Dauphin sortit des mains de son précepteur avec une parfaite connaissance de la religion et tellement rempli de ses devoirs de fils et des obligations de roi, qu'il a toujours fait depuis et fait encore le bonheur du roi son père aussi bien que l'attente et les délices des peuples. Notre évêque fut attaché bientôt après à l'Église de Meaux, qu'il a éclairée, instruite, édifiée et gouvernée l'espace de vingt-trois années, et où il a été autant aimé et chéri par sa douceur, sa bonté envers ceux qui lui étaient soumis, sa libéralité sans bornes pour les pauvres, sa charité immense pour toutes les personnes faibles et infirmes qui avaient besoin de ses conseils et de son secours, qu'il y a été admiré et respecté par une vie sainte, pure et irréprochable, par un zèle pour la foi et pour la vérité audessus de tout, par ses prédications évangéliques, ses instructions continuelles dans les villes et les bourgades dans toute l'étendue de son diocèse, rompant incessamment le pain aux forts et distribuant le lait aux enfants.

Malgré tant de différents devoirs à quoi l'engageait la charge de son cher troupeau, qu il remplissail tous si dignement, il demeurait toujours également attentif sur les nécessités de l'Eglise. Il combattait sans relâche au dedans et au dehors, dans son Histoire des variations, dans son traité de la Communion sous les deux espèces, dans son Explication sur V Apocalypse, dans ses Avertissements au ministi-e Jurieu contre l'hérésie luthérienne

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