‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 88 sur 211 · Allusion à la conférence avec le ministre Claude · texte numérisé non relu

Allusion à la conférence avec le ministre Claude

24o APPENDICE V.

et calvinienne, et contre les séditieux écrits des ministres français réfugiés chez nos ennemis et remplis de rage contre l'Église, contre le Roi et contre la chaire de saint Pierre, dont il a su défendre la légitime et suprême autorité d'une manière invincible, [si bien] que les protestants équitables ont avoué et écrit publiquement que Jurieu, l'adversaire de l'évèque de Meaux, avait été confondu et obligé de garder un éternel silence.

Mais son amour invincible et inaltérable pour la vérité et pour la saine et orthodoxe doctrine de l'Église n'a jamais paru avec plus d'éclat que dans les dernières disputes du qulétisme. Il a fait taire dans son cœur tout ce que l'amitié la plus intime et la plus tendre lui inspirait de complaisance pour un ami qu'il a tâché par de vains efforts de retirer du précipice, mais enfin qu'il a été contraint malgré lui de dénoncer à l'Église et au Saint Siège comme renouvelant les pernicieux dogmes de Molinos.

Il serait inutile de retracer aux veux de V. S. tout ce que l'évêque de Meaux a fait et écrit dans cette célèbre dispute : V. S. a une connaissance intime et particulière de tout ce qui s'est passé à cet égard.

Elle a suivi elle-même avant que d'être élevée sur la chaire de saint Pierre cette grande affaire avec une application infinie, digne d'éternelle louange, et c'est principalement par les soins de V. S., dont j'ai été le témoin lidèle, et par le secours de sa plume que l'Église romaine a décidé cette importante question et a proscrit de la manière la plus authentique les erreurs que l'Evêque de Meaux avait découvertes et n'avait pu s'empêcher de relever ^.

Ce fut le travail immense et forcé que l'Évêque de Meaux fut obligé de faire alors et la peine que son cœur avait soufferte plus que son esprit dans cette occasion, qui ont commencé à altérer une santé qui jusque-là avait été à l'épreuve de tout,

.'5. Cet éloge du cardinnl Albani devenu pape contraste sinjyulièremcnt avec les appréciations du rôle de ce personnaj^e contenues dans les leltres adressées par l'ahl)é Hossuet à son oncle durant la querelle du quiétisme. Voir, par exemple, t. X, p. Ii5 et i6i ; t. XI, p. 6, Gi, I20, ij(j, 1.39, 208, 328 et suiv., etc. CF. t. XII, p. 875.

DOCUMENTS RELATIFS A LA MORT DE BOSSUET. a^i

même des langueurs et des incommodités ordinaires d'un âge déjà assez avancé.

Ses infirmités toutefois ne diminuèrent rien de son application ordinaire aux atl'aires de son diocèse et aux affaire générales de l'Église. Consulté de tous côtés par les évêques ses confrères et de tous les pays étrangers, il répondait à tout avec une force et une prudence également admirable. Il a pris la liberté d'envoyer à V. S. un projet* d'où V. S. peut juger quelle était l'étendue de ce rare génie et de quelle ardeur il brûlait pour l'extension de la religion catbolique et la réunion de tous ses membres sous le môme chef de l'Église, le successeur de saint Pierre.

Les actes de l'Assemblée du Clergé de France de 1700 feront éternellement foi du travail immense que cet évêque était encore capable de faire, animé du désir de conserver la pureté de la doctrine de l'Église dans la foi et dans la morale. Il semblait même qu'il reprenait de nouvelles forces au moindre péril dont l'Église éluit menacée. Témoin les deux derniers ouvrages qu'il a faits l'année dernière contre un dangereux traducteur et commentateur du Nouveau Testament, dans lesquels il a rétabli la vérité et l'authenticité de plusieurs textes de l'Écriture sainte sur la divinité du Fils de Dieu et sur plusieurs autres articles importants de la religion, qu'une pernicieuse critique tâchait d'altérer et d'affaiblir, ce qui renouvelait dans les ouvrages d'un prêtre qui est dans la communion de l'Église les erreurs des sociniens d'autant plus dangereuses que, sous le spécieux prétexte de ne rien dire que de clair, d'évident et de conforme aux lumières de la raison, elles affaiblissent et anéantissent insensiblement la tradition la plus constante, l'autorité des saints Pères et la soumission qu'on doit au jugement de l'Église. C'est ce dangereux et imperceptible venin que notre évêque a toujours appréhendé avec fondement qu'il ne se glissât parmi

4. Un mémoire latin envoyé au Pape, par la voie du nonce et du consentement de Louis XIV, h la fin de 1701, pour préparer la réunion du doc de Cobourg-Gollia. (Ledieu, t. I, p. 309 ; t. II, p. 3^7 à 355).

XIV — lO

les théologiens et les critiques, qui n'y sont malheureusement que trop enclins dans ce siècle ; c'est aussi ce poison caché qu'il découvre dans les ouvrages de ce nouveau critique et qu'il combat d'une manière invincible et qui a été sans réplique. Pour l'Évêque de Meaux, théologien sûr et éclairé autant que sublime, toujours ennemi de tout excès, de toute nouveauté et de tout esprit de cabale, il a su dans tous ses écrits, dont le public n'a encore qu'une partie, tenir un si juste milieu qu'il a eu le bonheur de ne s'être jamais écarté de la droite voie, parce que, disait-il à tout moment, il s'était tenu inviolablement attaché, soit dans les interprétations des textes sacrés, soit dans l'exposition et la défense dos dogmes, à la tradition constante des saints Pères et aux décisions de l'Église et du Saint Siège apostolique.

A peine avait-il fini ce dernier ouvrage contre Simon et les sociniens, que, vers la fin de l'été de l'année dernière, il sentit les premières attaques de la longue et cruelle maladie dont il vient de mourir. Dans les intervalles que lui laissaient les cuisantes douleurs de la pierre, qu'il soulTrait avec une fermeté inébranlable et une résignation entière à la volonté de Dieu, son esprit reprenait son assiette ordinaire, il s'occupait continuellement à la méditation des saintes Écritures, qui avaient l'ait les délices de toute sa vie, dont il avait une connaissance pleine et ealière, et d'où il recevait toute sa consolation, comme V. S. aura la bonté d'en juger par elle-même dans la lecture du dernier de ses livres, fruit des derniers moments de sa vie'', que je prends la liberté de mettre en même temps que cette lettre aux pieds de V. S. et qui n'a été rendu public que peu de jours avant sa mort.

Quelle consolation ne lui a pas donnée, la dernière année de sa vie, le bref de V. S. contre le fameux Cas de conscience, et le zèle apostolique qu'elle a témoigné en cette occasion ! Mais surtout quel transport de joie n'a pas senti cet évêque admirateur de saint Augustin et qui faisait profession

5. L'Explication de la prophétie d'Isaiesur l'enfantement delà sainte Vierge, 1704.

publique d'être son disciple, à la lecture du dernier bref de V. S. contre les ennemis de ce grand saint! Ce pieux évêque voulait qu'on nommât ce bref le bref de saint Augustin*, après lequel, disait-il, il mourait content, puisqu'il voyait la doctrine du grand saint Augustin, son maître, l'invincible défenseur de la grâce, aussi respectée par l'Eglise romaine et le saint pape d'aujourd'hui qu'elle l'était par saint Hormisdas et saint Célestin et par tous ses illustres prédécesseurs. C'est dans ces sentiments pleins de soumission pour l'Eglise romaine comme de respect, de vénération et d'admiration pour la personne de V. S. qu'il est arrivé au dernier moment de sa vie.

Les douleurs le reprirent huit jours avant sa mort avec tant de violence qu'il ne douta plus que son heure ne fût venue. Loin d'être troublé d'aucune crainte, jamais son esprit n'a paru moins agité et dans une assiette plus tranquille; toujours les yeux et le cœur attaché au ciel, il ne respirait qu'après le moment heureux que son âme devait être réunie à son Dieu. Muni des sacrements de l'Eglise, de la sainte extrême onction et du saint viatique, dont il avait fait pendant sa vie sa nourriture journalière, il tâchait d'essuyer nos larmes en nous disant : « Y a-t-il de quoi pleurer ? je vais voir mon Dieu. » Il n'eut plus d'autre prière dans sa bouche que l'Oraison dominicale, qu'il disait être la vraie prière des chrétiens " et qu'il nous faisait répéter à tout moment. Il méditait principalement ces paroles: Noire Père. « Oui, dit-il, c'est notre père ; nous sommes ses enfants, dont il a

6. Le bref du 28 janvier 170^, dirigé contre la Véritable tradition de l'Église sur la prédestination et la grâce par M. de Launoy, Lièg^e, 1702 ; ce bref se trouve dans le BuUaire, t. X, p. 58. Cf. Ledieu, t. î, p. 82.

7. Ce goût pour l'Oraison dominicale fit dire aux protestants que, sur la fin de sa vie, Bossuel ne croyait plus à l'utilité de l'invocation des saints. Des certificats du P. de Riberolles, de l'abbé de Saint- André et de l'abbé Gaucher établissent le contraire (Voir le P. Boudet, Vie de M. Rossiilion de Bernex, Paris, 1701, in-12, a* partie, p. 49 à 46 j la Revue Bossuet, du a5 décembre igoS, p. i5i à i53).

ail APPENDICE V.

promis d'avoir soin, il ne nous abandonnera pas: allons à lui avec confiance. » 11 s'arrêtait encore à ces paroles : Que votre volonté soit faite et que votre règne advienne, adveniat regmun tuuin ; il répétait sans cesse ces paroles : Que votre règne advienne. Enfin jamais sa foi n'a été plus ferme, son espérance plus vive, ni sa charité plus ardente; il trouvait dans cos paroles de l'Oraisoti dominicale les avant-goûts des joies élernelles ; delà, la paix, la tranquillité, la fermeté, la confiance avec lesquelles Dieu l'a retiré à lui par sa miséricorde pour le récompenser de ses grands travaux et de ses longues souffrances, et il rendit enfin l'âme à son Dieu sans agonie et sans presque [que] l'on s'en aperçût, le la* du mois d'avril dans sa soixante-dix-septième année ^.

C'est par une si pieuse mort que cet illustre évêque a terminé une si belle vie. Toute l'Église de France l'aimait et le respectait et le pleurera éternellement. Étant né pour le bien de l'Église, il a employé tous les moments de sa vie à sa défense et à détruire par une doctrine pure, saine et exempte de tout reproche tous les raisonnements humains et toute la hautesse qui s'est élevée de son temps contre la science de Dieu '.

S'il y a jamais eu d'évèque attaché d'esprit et de cœur à l'Église, au Saint Siège et en particulier à la personne de V. S., c'est celui que le Ciel vient de nous enlever : c'est la qualité dont il a le plus fait gloire durant tout le cours de sa vie, et le Saint Siège perd par sa mort son plus zélé défenseur contre toutes les opinions nouvelles qui se sont élevées, même de nos jours, contre cette puissance suprême et légitime que J.-C. a donnée à saint Pierre et en sa personne à tous ses successeurs, qui, selon l'évêque de Meaux, est le lien le plus fort, le fondement le plus inébranlable de l'unité catholique et qui doit durer dans l'Église romaine et les successeurs de

8. L'abbé de Saint-André a aussi écrit une relation de la dernière maladie et de la mort de l'évAqiie de Meaux. l/ablié CJneltt'c l'a insérée à la fin du tome I" de son édition de Ledieu ; on en peut voir une autre version dans la Hernie liosxuet du 25 juillet l'jor, p. i8o et suiv-

fj. Allusion h II Cor., x, 5.

saint Pierre aussi longtemps que doit durer l'Eglise catholique elle-même, contre laquelle se briseront à jamais toutes les têtes audacieuses et superbes qui lui seront opposées, et à qui Jésus-Christ a promis d'être toujours avec elle jusqu'à la consommation des siècles et contre laquelle les portes d'enfer ne pourront jamais prévaloir.

Je serais trop heureux, Très saint Père, si je pouvais me flatter de n'avoir pas déplu à V. S. par la hardiesse que j'ai prise et par la longueur de ma lettre ; je la supplie très humblement de pardonner au neveu en faveur de l'oncle aussi bien qu'en mémoire de l'estime et de l'amitié dont elle a toujours honoré M. l'Evèque de Meaux pendant sa vie, que j'espère que V. S. voudra bien me conserver après sa mort.

Si je n'ai osé hasarder d'écrire à V. S. dans une autre langue que ma langue naturelle, dont je sais qu'EUe a une parfaite connaissance, c'est franchement que je crains de ne pouvoir faire répondre assez dignement mes expressions à mes sentiments, surtout devant le Gicéron chrétien de notre siècle, et je supplie encore votre V. S. de recevoir mes très humbles excuses'".

Je crois aussi avoir lieu d'espérer que, quoique j'aie eu dans cette relation à parler d'un oncle dont la mémoire m'est si chère et si respectable, le témoignage d'un neveu qui ne l'a jamais perdu de vue ne pourra être suspect à personne, et qu'on ne soupçonnera pas que la chair et le sang puisse avoir aucune part aux termes de louanges que j'ai été obligé de lui donner, puisque je n'ai rien dit qui ne soit certain et attesté par des monuments publics, connu de toute la France, et, j'ose dire avec confiance, qui ne soit encore au-dessous de sa réputation.

11 ne me reste plus qu'à conjurer le maître tout-puissant du

lO. Cet alinéa manque à la minute. — Il faut se rappeler que le cardinal Albani, qualiBé ici de Cicéron chrétien, avait, en vertu de sa charge de secrétaire des brefs, rédigé le décret condamnant Fénelon, que les adversaires de ce prélat y trouvaient trop ménagé. Dans ce temps-là, l'abbé Bossuet écrivait à son oncle: « Le cardinal Albani me craint comme le feu » (Cf. t. XI, p. 182, 20a, 211, 280, 289, etc.).

ciel et de la terre d'exaucer les vœux de toute son Église et les miens plus ardents qu'aucuns pour la conservation de la sacrée personne de V. S. si nécessaire pour le bien de la religion, l'honneur du Saint Siège et la réunion des princes chrétiens, et, après avoir imploré l'honneur de la protection toute-puissante de V. S., je me prosterne à ses sacrés pieds pour recevoir sa sainte et paternelle bénédiction, étant avec le dévouement et le respect le plus profond jusqu'au dernier soupir de ma vie'*, Très saint Père,

De Votre Sainteté Le très humble, très obéissant, très soumis serviteur et fils '2.

L'Abbé BossuET '•*.

A Paris, ce 5* mai l'joix.

11. On peut voir aussi dans la Revue Bossuet d\i 25 décembre 1907, p. 129 et i3o, une lettre latine, du l3 juillet 170/I, par laquelle l'abbé Bossuet remercie le cardinal secrétaire d'Etat, qui lui a répondu au nom du Pape.

12. Voici en quels termes Ledieu (l. III, p. iia) parie de cette lettre de l'abbé Bossuet : « Notre abbé m'a fait lecture de sa lettre au Pape j elle est écrite du lundi 5"^ de mai et n'a été envoyée que le mardi 0. Il y a joint le dernier livre de M. de Meaux, pour le Pape, pour le cardinal secrétaire d'Etat et pour le cardinal daiaire ; et il en envoie copie au Grand duc avec le livre de M. de Meaux. Il a donc tardé à écrire sa lettre qu'il eût vu mes Mémoires : il avoue qu'il en a pris le sens de la harangue de la doctorerie, et c'est tout ; mais j'y retrouve tous les caractères de mes Mémoires et les caractères particuliers sur lesquels j'ai le plus insisté : la piété et l'amour de l'Ecriture sainte dès la jeunesse et pendant toute la vie, ses prédications, même aux relijjienses, petite circonstance dont il ne se serait pas avisé s'il ne l'avait trouvé dans mon niénmire ; son attachement h la doctrine de saint Aujjuslin, dont il se disait le disciple, et le dernier brel'du Pape contre le Cas, qu'il a nommé le brej de saint Augustin, choses qu'il aurait oubliées apparemment, puisqu'il en a oublié bien d'autres, que je n'ai marquées que di-piiis dans la suite de mes Mémoires : sa vie exemplaire à la cour, le concile, les notes sur la sainte Ecriture, celles sur les Psaumes et Salomon déjà données, choses dont il n'a dit mot, non plus que dti soin des pauvres de son diocèse, ni de ses curés, prêtres et séminaristes, pas un mot, et autr-es points que je n'oublierai pas assurément. »

i3. .M. E. (ivheWf (llossurt abbé de Sainl-Lucien, p. 116) a publié la lettre du 16 juin 170^, par laquelle l'abbé Bossuet remercie Sa Sainteté

4° Mandement de l'Evèque de Châlons sur la mort de Bossuet.

Gaston Jean-Baptiste Louis, par la permission divine évêque comte de Châlons, pair de France, Au clergé séculier et régulier de notre diocèse. Salut et bénédiction en Notro- Seigneur Jésus-Christ. La perte que l'Eglise de Meaux vient de faire de Messire Jacques Bénigne Bossuet, son évêque, ne lui est pas particutière ; elle retombe sur l'Eglise répandue dans toute la terre, et il est impossible d'avoir pour elle un amour sincère sans être touché d'une véritable douleur de la perte qu'elle a fait par cette mort. On peut dire avec vérité que ce grand homme en était un des principaux ornements. Il avait reçu de Dieu des lumières supérieures et un zèle qui ne lui permettait pas de se renfermer dans les bornes d'un petit diocèse : toujours attentif aux intérêts du Seigneur et à la défense de la vérité, il s'est opposé avec un travail infatigable aux nouveautés que les ennemis de la vérité ont voulu introduire dans la doctrine ou dans la morale que N.-S. J.-C. nous a enseignée par ses apôtres. Disciple fidèle de la Tradition, il s'y est attaché inviolablement; il a consacré ses veilles, ses travaux et sa plume pour la défendre. Il n'y a qu'à lire ses écrits pour connaître que c'étaient là ses sentiments et l'esprit qui l'animait. Il y paraît également versé dans la science des saintes Écritures, éclairé pour pénétrer le véritable sens des prophéties et pour découvrir les vérités les plus sublimes de la religion. Il en fait sentir d'une manière claire le divin enchaînement. Il fait voir à ceux que le malheur de leur naissance a engagés dans le schisme commencé dans les derniers siècles l'illusion de leur prétendue réforme, la vanité inconstante des erreurs qu'on leur a enseignées et le malheur de leur séparation, et il les rappelle à l'unité par des raisons aussi capables de convaincre les esprits que de gagner les

■de lui avoir accordi^ la remise de la moitié de l'annate de l'abbaye de Saint-Lucien, dont il était devenu titulaire à la mort de son oncle.

4° — Archives Nationales, O'6o3, p. 384 à 887. Publié par M. Jovy, Mémoires de ta société des sciences et arts de V itry-le-François, t. XXIV.

a48 APPENDICE V.

cœurs. Enfin il a su, comme le grand Apôtre, instruire les parfaiLs de la sagesse de Dieu, il a su expliquer selon les règles d'une sainte théologie les manières inellables dont l'onction de 1 Esprit divin enseigne les' ànies sublimes, et leur découvrir les pièges, ou, pour parler avec le disciple bicn-aimé-, les profondeurs des ruses dont Satan se sert pour les faire tomber dans l'illu.-ion, et par ce ino)en rendre sûres des expériences et des sentiments qui, sans cela, seraient sujets à illusion. On ne doit pas s'étonner si tant de grandes qualités ont acquis à feu Mgr l'évéque de Meaux une estime si générale que les ennemis mêmes de l'Eglise le consultaient avec plaisir ; ils respectaient ses décisions, et beaucoup de ceux dont il a plu à Dieu d'ouvrir le cœur à la foi s'adressaient à lui avec confiance, persuadés qu'ils ne pouvaient trouver un meilleur guide dans la voie de la vérité et du salut. Ce sont là de grands motifs pour nous de remercier Dieu de ce qu'il a suscité de nos jours dans son Eglise un si zélé défenseur de la saine doctrine et un docteur si éclairé de la vérité. C'est en même temps un juste sujet de regretter la perte que nous en venons de faire. Joignons donc nos regrets et notre douleur à celle dont l'Église de Meaux en particulier est vivement pénétrée; unissons nos prières aux siennes, et demandons tous d'une commune voix au Prince des pasteurs, au Père des lumières, qu il donne à celte Eglise un évêque selon son cœur pour la gouverner, et qu'il suscite dans l'Eglise universelle des docteurs qui, joignant la lumière à l'autorité, puissent remplir la place de celui que nous pleurons. Nous avons une Icrme espérance qu'il n abandonnera pas son Eglise, et que, jusqu'à la consommation des siècles, il lui envolera des gens capables de l'éclairer et de la défendre ; mais il nous commande de les lui demander. Que le zèle de ceux que nous admirons dans les siècles passés nous anime à travailler pour nous rendre puissants en œuvres et en paroles ^, et nous mel-

I Ms. : SOS.

a. Apoc, II, 2^.

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