Cf. Phelipeaux, Relation, t. II, p
320 CORRESPONDANCE [nov. 1698
vous vous ménagiez beaucoup là-dessus : néanmoins il est bon, auprès du Roi et de Mme de Maintenon, de leur faire connaître la nécessité d'avoir un pape de mérite, qui aime l'Église, qui soit savant, et qui puisse abattre les jésuites, qui perdront tout un jour. Ce qui fait apercevoir plus clairement à tout le monde que les affaires du livre vont mal, c'est la rage de tous les partisans, et ce qu'ils disent qu'on ne peut résister au Roi. Oui, assurément, l'on ne peut résister au Roi, quand il a la vérité pour lui; et c'est la plus grande gloire qu'il puisse jamais avoir, et le plus beau fleuron de sa couronne, d'être le défenseur de la religion et le protecteur des bons évêques.
Venons à la censure12. La manière dont l'affaire a été conduite ici de notre part a remédié ici à toutes les impressions mauvaises qu'on a voulu donner d'abord. Il est vrai que, dans les circonstances présentes, et surtout depuis un mois ou deux, cette pièce n'était pas nécessaire, vous l'auriez vu par mes précédentes lettres ; mais elle ne laisse pas d'avoir son effet, de confirmer, et de les faire marcher ici avec plus de confiance. Nous avons affecté ici de publier que l'on ne regardait cette pièce que comme une justification de docteurs particuliers, qui ne pouvaient souffrir l'idée que M. de Cambrai avait voulu donner de leur sentiment, mais que rien n'était nécessaire, et que nous ne doutions pas que le Saint Siège ne frappât encore plus fortement.
Je vous l'ai toujours bien dit, qu'il fallait les laisser commencer, et que, quand une fois ils seraient échauffés, ils n'épargneraient pas M. de Cambrai. Il était question de les laisser insanguinarsi, et vous verrez que la lin sera plus forte qu'ils ne l'ont cru eux-mêmes. C'est à quoi il faut avoir l'oeil.
Le Pape voit à présent que tout le mal vient d'avoir ajouté ses évêques. M. de Chieti avait comme témoigné vouloir se rétracter ; mais les amis de M. de Cambrai l'en ont empêché, à ce qu'on prétend. J'eus hier un entretien avec lui assez