‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 166 sur 224 · Des docteurs de Paris · texte numérisé non relu

Des docteurs de Paris

nov. 1698] DE BOSSUET. 32 1

vigoureux, dans lequel je lui parlai avec sincérité et avec respect : jamais homme n'a été si embarrassé ; je ne sais ce que •cela produira.

On dit que Louvain a refusé net M. de Cambrai; qu'il avait néanmoins arraché de quelques docteurs de Flandres inconnus, quelque chose d'ambigu".

On sait ici Ekard, dominicain, et l'on en a fait bon usage.

On insinuera tout ce qu'il faut pour prévenir tout, s'il y a moyen.

M. Madot, pour qui vous voulez bien vous intéresser, n'est pas aimé de M. le cardinal de Bouillon, à cause qu'il parait être de mes amis ; mais il s'en moque.

M. de Villeroy1* est extrêmement plaint ici de tous ceux •qui le connaissent, de moi en particulier, qu'il a toujours honoré d'une bienveillance particulière ; je vous supplie de lui vouloir faire un peu ma cour.

La Réponse aux écrits latins n'est pas encore arrivée ; mais on la promet incessamment : elle viendra tard.

On ne peut trop à la Cour presser l'ambassadeur de venir : tout est sens dessus dessous.

Sur l'article de l'écrit de la confession, vous avez pour témoins que cela est faux M. de Paris et M. Tronson. Qu'y a-t-il à dire à cela ?

Pour le trente-quatrième article ajouté15, c'est une baga-

i3. Plielipeaux, p. 177. Sur l'opinion de Steyaert, voir plus loin, p. 35 7.

ii. Plus haut, p. .'.ôg.

i5. Allusion à un trait de la Réponse aux Remarques sur la Réponse à la Relation sur le quiélisme (dans les OEuvres de Fénelon, t. VII, p. 61 et O2). Ayant revendiqué sa part dans la rédaction des articles d'Issv, Fénelon fut contredit par Bossuet (Relation, section III, n. 12 et i3, Lâchât, t. XX, p. 108 et 109), qui assura que les trente-quatre articles furent présentés tout dressés à son adversaire. Celui-ci répliqua qu'il pouvait montrer par le texte qui lui avait été remis, que tout d'abord le projet contenait seulement trente articles et que quatre autres furent ajoutés sur sa demande et pour le satisfaire (Réponse à la Relation, dans les Œuvres, t. VI, p. 433 ; cf. Responsio ad epistolam D. Parisiensis, ibid., t. V, p. 5^9)- Là-dessus, Bossuet

322 CORRESPONDANCE [nov. 1698

telle en soi ; mais il me semble que M. de Paris convient dans ses apostilles qu'il fut ajouté: tout dépend des circonstances. Ses apostilles n'ont été montrées à personne16.

écrit : « Quelque copie qu'il puisse produire des articles qu'on peut copier à sa fantaisie, je suis assuré qu'il n'en paraîtra jamais aucune qui lui ait été donnée de notre part, où le 12e, le i3e, le 33e et le 34e ne se trouvent pas, comme il l'assure » (Remarques sur la Réponse, § VIII, Lâchât, t. XX, p. a3g). Mais ce démenti formel est contredit par le journal de M. Bourbon et par une copie préparatoire remise à Fénelon, conservée aujourd'hui à Saint-Sulpice, et d'où les articles 12, i3, 33 et 34 sont absents {Revue Bossuet, 25 juin 1906, p. 189). Fénelon fit alors l'instance dont parle ici l'abbé : « Que direz-vous donc si je prouve par mon original signé de vous, qu'on y ajouta après coup de la main de M. l'archevêque de Paris le 34e article. Vous en avez un original : produisez-le. Pour moi, je suis prêt à produire le mien. On y verra clairement que c'est un article qui n'avait point été d'abord mis avec les autres. Il fut dressé sur-lechamp entre nous dans la chambre de M. Tronson à Issy, et ajouté dans le moment même où l'on allait signer... En voilà pourtant un tout entier que vous ne pouvez nier qui n'ait été dressé avec moi » (Réponse aux Remarques, IX). En fait, ce 34e article, seul de la main de Noailles, se trouve sur l'exemplaire officiel conservé à Saint- Sulpice, où la signature de Fénelon se lit avec celle des trois commissaires d'Issy, sous la formule et la date : Délibéré à Issy, le 10e mars i6g5. Mais ce XXXIVe article, écrit par M. de Noailles dans ]e moment où on allait signer, a-t-il été proposé par l'archevêque de Cambrai comme chose qu'il désirât et ajouté à sa demande, Bossuet le nie (Dernier éclaircissement à M. de Cambrai, art. 11, édit. Lâchât,

t. XX, p. 469).

En présence du démenti opposé à son adversaire par Bossuet au sujet de l'addition de quatre articles au projet primitif, M. Crouslé n'a pas hésité (t. II, p. 67) à déclarer dépourvue d'authenticité la copie en trente articles alléguée par l'archevêque de Cambrai, et à insinuer (ibid., p. 434 et 435) que ce prélat est pris en flagrant délit de falsification: on voit ce qu'il faut penser de cette imputation (Sur cette question de la participation de Fénelon aux articles d'Issy, voir l'Histoire de Fénelon par M. de Bausset, dans l'édition de M. Gosselin, Paris, i85o, 4 vol. in-8, t. I; Crouslé, Fénelon et Bossuet, t. II; E. Levesque, article de la Revue Bossuet du 25 juin 1906; II. Bremond, Apologie pour Fénelon, p. 3i8 et suiv.).

16. Ces apostilles étaient les remarques de Noailles sur la réponse de Fénelon à la Relation de Bossuet. Celui-ci, on l'a vu, avait loué son neveu de les avoir supprimées, parce qu'elles accordaient à

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Pour les intentions personnelles de Mme Guvon, cela peut bien donner lieu à ne les pas condamner formellement, mais non pas à les excuser précisément contre la teneur du texte et le sens propre unique qui règne partout. En un mot, on peut bien supposer, quand une personne est docile, et ignorante surtout, qu'elle n'est pas hérétique formellement, mais non pas qu'elle n'ait pas cru les erreurs qu'elle a expressément enseignées et imprimées.

Au reste, il me semble vous avoir ouï dire que cette femme avait eu l'insolence d'ajouter quelque chose à ce que vous lui aviez donné, et de falsifier ainsi l'acte17. Ne serait-ce pas cela sur quoi M. de Cambrai voudrait excuser l'acte faux qu'il avait avancé? Je n'ai parlé à personne de ce que je vous dis là, et n'en ai qu'une idée très confuse.

Le Pape, tous les cardinaux, tout Rome est témoin de ce que M. l'abbé de Chantérac a assuré ici publiquement, que M. de Cambrai n'avait vu Mme Guyon que trois fois en sa vie. Cet abbé a avoué depuis qu'il avait été trompé par M. de Cambrai ; le fait est notoire ici, vous pouvez l'avancer hardiment. S. S. et tous les cardinaux me l'ont dit ainsi, et cent personnes, et M. de La Trémouille, Mme des Ursins, enfin tout le monde.

Pour les écrits18, ils ne sont que trop certains : on trouverait ici, si l'on voulait, plusieurs témoins qui les ont vu écrire chez M. de Chantérac. Les jésuites les distribuaient et M. de Chantérac les a donnés à tous les examinateurs et à bien d'autres.

Je suis persuadé que MM. les cardinaux auront fini vers

M. de Cambrai ce qu'il demandait. Cf. plus haut, p. 252 et 293. — Tout d'abord, Noailles avait cru (Réponse aux quatre lettres, dans les Œuvres de Fénelon, t. V, p. 38g) que l'archevêque de Cambrai soutenait que tes articles d'Issy étaient son ouvrage comme celui des commissaires; mais Fénelon avait précisé sa pensée dans sa Responsio ad D. Parisiensern (ibid.. p. 45g)-

17. Mme Guyon n'a rien ajouté. Voir le fac-similé dans notre tome VII. p. 5 1 3.

18. Les trois écrits distribués en faveur de Fénelon. Cf. p. ag5.

324 CORRESPONDANCE [déc. 1698

Noël la qualification des propositions; après cela, on fera la bulle. Je suis encore persuadé qu'on ne veut plus perdre de temps.

C'est le P. Gharonier qui fait le vœu de M. le cardinal de Bouillon ; jugez ce que ce peut être.

Ma santé est bonne, Dieu merci.

l8l 5. Mme DE M0RNAY-M0NCIIEVREUIL A BoSSUET.

Monseigneur, vous avez les paroles de la vie éternelle1; c'est à vous à qui je m'adresse. Je sais aussi qu'une des principales obligations de Votre Grandeur, c'est de contribuer de tous vos soins à nous élever à cette perfection à laquelle Dieu nous a destinées par notre état et prévenir tout ce qui pourrait faire le moindre obstacle à l'accomplissement des desseins qu'il a sur nous. Il faut avouer la vérité, Monseigneur, c'est une chose que l'on aura de la peine à croire, que, dans le temps que toute l'Église gémit pour demander à Dieu l'ef-

Lettre 1815. — Publiée d'après le recueil de N. Payen, par M. Gasté (Deux lettres, p. 3g). Cette lettre est sans date; mais sa place dans le manuscrit, entre un document du 17 octobre 1698 et un billet de janvier 1699, prouve qu'elle a été écrite dans les derniers mois de l'année 1698. Elle est précédée, dans le manuscrit, de ces mots : A M. VÉvêque de Meaux au sujet de la réforme de quelques prières au couvent de Notre-Dame de Meaux. Sa conclusion indique que Nicolas Payen ne parle pas ici en son propre nom, mais qu'il a prêté sa plume à la supérieure du couvent. Cette abbesse, depuis 1694, était Mme Marie-Madeleine de Mornay-Monchevreuil. Elle donna sa démission en 1700 et se retira à l'abbaye de Saint-Antoine, à Paris, où elle mourut le 7 août 1716. Elle était fille de Henri de Mornay- Monchevreuil, gouverneur de Saint-Germain-en-Laye, et de Marguerite Boucher d'Orsay, gouvernante des Filles d'honneur de la Dauphine. Elle avait d'abord lait partie du prieuré de W ariville (paroisse de Litz, canton de Clermont, Oise). Cf. le document publié par Mgr Douais dans la Revue Bossuet du a5 juin 1906, p. 162 ; Gallia christiana, t. VIII, col. 1724.

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